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DE LA MORALE

elles dirigent, elles sauvent aveuglément. C'est le fil dans le labyrinthe, la boussole pendant la nuit

C'est toujours par l'oubli ou l'inobservation de quelque maxime triviale que tout périclite ou périt.

Il ne faut Jamais offrir à l'attention et faire entrer dans la mémoire des hommes de mauvaises maximes bien exprimées.

Souvent on a le sentiment d'une vérité dont on n'a pas l'opinion, et alors il est possible qu'on dirige sa conduite d'après ce qu'on sent, et non d'après ce qu'on pense. Il est même de très-graves matières et des questions fort importantes où les idées décisives doivent venir des sentiments; si elles viennent d'ailleurs, tout se perdra.

Les idées claires servent à parler; mais c'est presque toujours par quelques idées confuses que nous agissons, ce sont elles qui mènent la vie.

Il est U!i grand nombre de décisions où le jugement n'intervient pas. On décide sans évidence, de lassitude, avec précipitation, pour terminer un examen qui ennuie, ou pour faire cesser en- soi une incertitude qui tourmente; on décide enfin par volonté, et non par intelligence.

La raison peut nous avertir de ce qu'il faut éviter; le cœur seul dit ce qu'il faut faire. Dieu est dans r.otre conscience, mais non dans nos tâtonnements. 'Juand nous raisonnons, nous mavchons seuls et sans lui.

Lî.

La raison est dans l'homme le supplément universel de l'impuissance de la nature.

LU

Penser ce que l'on no sent pas, c'est mentir à soimême. Tout ce qu'on pense, il faut le penser avec son être tout entier, âme et corps.

LUI

Faire les plus petites choses par les plus grands motifs, et voir dans les plus petits objets les plus grands rapports, voilà le grand moyen de perfectionner en soi l'homme sensible et l'homme intellectuel.

La règle doit être droite comme un fd, et non pas comme une barre de fer. Le cordeau indique la ligne, même lorsqu'il fléchit; l'inflexion ne le fausse pas. Toute règle bien faite est souple et droite; les esprits durs la font de fer.

Toute règle a sa raison, qui en est l'esprit, et quand, en observant la règle, on doit s'écarter de sa raison, c'est à celle-ci qu'il faut se conformer. En toutes choses donc, suis la règle, ou mieux encore la raison de la règle, si tu la connais.

Opposer la nature à la loi, sa raison à l'usage et sa conscience à l'opinion, ce n'est qu'opposer l'incertain au certain, l'inconnu au connu, le singulier à l'uni yersel.

LVIT.

Le but n'est pas toujours placé pour être atteint, mais pour servir de point de mire. Tel le précepte de l'amour des ennemis.

DE I.V RÈGLE. <2o

On ne doit placer la règle suprême ni en soi ni autour do soi. mais au-dessus de soi.

Il laut, quand on agit, se conformer aux règles, et quand on juge, avoir égard aux exceptions.

Qui vit sans but et, comme on dit, à l'aventure, vit 'ristement. Dans la vie morale, pour avoir du plaisir, il faut se proposer un but et l'atteindre; or, tout ce qui est but est limite. Non-seulement il n'y a pas de vertu où il n'y a pas de règle et de loi, mais il n'y a pas même déplaisir. Les jeux des enfants eux-mêmes ont des lois, et n'existeraient pas sans elles; ces règles sont toujours gênantes, et cependant, plus on les observe strictement, plus on s'amuse.

11 y a dans la règle un repos qui attache, à toute autorité qui établit l'ordre, la reconnaissance de ceux qu'elle y soumet. L'homme aime naturellement son guide, celui qui l'instruit, lui commande et le dresse.

Gardons-nous bien de faire une proposition de ce qui est un précepte, une règle, un commandement.

Dans les temps où l'on n'a pas de règles, les gens de bien même valent moins. La vie alors est un pont sans parapets, d'où les emportés se précipitent dans le vice quand ils le veulent, et les gens ivres sans le vouloir. 3n est, dans les bons temps, meilleur que soi-même, et pire dans les temps mauvais.

Il faut que chaque homme ait en soi une force qui

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fasse plier ses actions, même les plus secrètes, à la règle, et qu'il dirige sur lui-même sa pensée et son action, les regards de son intelligence et la main de sa volonté. Chacun doit être le magistrat, le roi, le juge de soimême.

Notre goût juge de ce que nous aimons, et notre jugement décide de ce qui convient : voilà leurs fonctions respectives, et ils doivent s'y tenir. Il faut qu'il y ait entre eux la même différence qu'entre l'inclination et la raison.

Nos qualités ne sont qu'un ordre sans lumière, une régularité sans règle, une droiture sans cordeau, un équilibre sans aplomb, une harmonie dont rien ne nous bat la mesure, un instinct de ce qu'il tiaut être et non pas de ce qu'il faut faire. Sans le devoir et son idée, point de solidité dans la vertu.

Si les sensations sont la règle des jugements, un coup de vent, un nuage, une vapeur, changent la règle.

Notre nature se compose de sa faiblesse et de ses forces, de son étendue et de ses limites. Il nous faut des doctrines convenables à notre faiblesse, sinon nous ne pouvons les supporter, les retenir, les conserver; convenables à notre force, sinon nous ne pouvons les admettre ou nous en contenter.

Le devoir! à l'égard de nous-mêmes, c'est l'indépendance des sens, et, à l'égard d'autrui, c'est l'assiduité à l'aide, au support; aide au bien-être, au bien-faire, au bien-vouloir, au bien-souhaiter; aide par le concours

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