LIT
Quelque erreur s'attache toujours aux grandes vérités qui courent le monde, et quelque fable aux grands événements qui ont fortement occupé l'attention de la multitude. Comme il y a toujours quelque chimère dans quel<itie esprit, il se rencontre toujours quelque esprit qui attache sa chimère à ce qui passe par lui. Ainsi point de réalité qui n'ait son merveilleux, si elle a circulé ep tout lieu et passé de bouche en bouche. LUI.
On répète encore longtemps, par habitude, ce que
l'on ne croit plus ; car les mauvais bruits survivent aux
opinions, et le mensonge, plus vivace que l'erreur, la
^me, même après l'avoir perdue.
DE l'krufar. H7
Une des plus utiles sciences est de savoir qu'on s'est trompé, et une des plus délicieuses découvertes, de découvrir son erreur. « Capable de se détromper : » belle louange et belle qualité !
On peut tomber dans la contradiction par Terreur. Il est beau d'y tomber par la vérité, et alors il faut s'y jeter à corps perdu.
Dieu fit du repentir la sagesse autant que la vertu des mortels. La rétractation est à nos erreurs ce que la confession est à nos fautes, un devoir, un remède, une expiation. L'esprit du sage a, comme sa conscience, ses examens, ses afflictions, sa honte et ses fermes propos.
Ceux qui ne se rétractent jamais s'aiment plus que la vérité.
Malheur à qui se trompe tard ! il ne se détrompera pas.
« Douter, » dit M. de Servan, « c'est sortir d'une « erreur. » Il aurait dû ajouter que c'était aussi souvent sortir d'une vérité.
Quand l'esprit est rentré dans une vérité dont il était sorti, il ne la quitte plus.
Il y a des choses que l'homme ne peut connaître que vaguement : les grands esprits se contentent d'en avoir des notions vagues; mais cela ne suffit point aux esprits vulgaires. Accablés d'ignorances par la nature et la
nécessité, ils ne veulent, dans leur dépit puéril, en supporter aucune. Il faut, pour leur repos, qu'ils se forgent ou qu'on leur offre des idées fixes et déterminées sur les objets même où toute précision est erreur. Ces esprits communs n'ont point d'ailes ; ils ne peuvent se soutenir dans rien de ce qui n'est que de l'espace; il leur faut des points d'appui, des fables, des mensonges, des idoles. Mentez-leur donc, et ne les trompez pas.
On ne peut sortir de certaines erreurs que par le haut, c'est-à-dire en élevant son esprit au-dessus des choses humaines.
Expliquer toujours le monde moral par le monde physique n'est pas sûr, car nous prenons souvent, dans celui-ci, les apparences pour des réalités, et nos conjecturci» pour des faits. Nous risquons ainsi d'avoir deux erreurs au lieu d'une, en appliquant à un monde les fausses dimensions que nous donnons à l'autre.
L'abus de l'expérience est de conclure de quelques unités à la multitude, ou de la multitude à l'universalité.
Il ne faut pas chercher aux événements humains des causes invisibles, quand il y en a de palpables, ni des causes douteuses, quand il y en a de certaines, à moins de recourir aux causes supérieures, par un de ces élans de notre esprit qui va se reposer dans le ciel, quand il s'est fatigué sur la terre
Ce n'est pas du vrai et du faux qu'il faut s'occuper
DE l'erreur. 149
avant toutes choses, mais du mal et du bien; car c'est moins l'erreur qu'il faut craindre que le mal.
Il est encore plus facile de se tromper sur le vrai que .^ur le beau.
Il y a des esprits qui vont à l'erreur par toutes les vérités ; il en est de plus heureux qui vont aux grandes vérités par toutes les erreurs.
Les esprits simples et sincères ne se trompent jamais qu'à demi.
Presque toutes les erreurs des bons esprits ne sont qu'un déplacement, une mauvaise application de quelque vérité. C'est par méprise qu'ils se trompent.
En se bandant l'esprit trop fortement, il n'est guère d'erreurs que l'homme ne puisse se donner de bonne foi ; mais, dans ces cas même, on peut souvent admirer l'arc et sa force, tout ea méprisant le trait.
Il y a souvent plus d'esprit et de perspicacité dans une erreur que dans une découverte.
L'erreur agite; la vérité repose.
Dï t MÉTAPHTSTQUE, DES ABSTRACTIONS, DE LA LOGIQUE, DES SYSTÈMES
Je, d'où, ou, pour, comment? c'est toute la philosophie : l'existence, l'origine, le lieu, la iin ei les moyens.
II à
Les deux phiîosophies, celle qui s'occupe des corps et celle qui s'occupe des esprits , sont toutes les deux bonnes , utiles , nécessaires. Il faut étudier la matière avec les sens et l'expérience de la matière, comme il faut étudier l'esprit avec la vue interne et l'expérience de soi-même. Le raisonnement et i imagination, la patience et l'enthousiasme, la réflexion et lo sentiment, sont des instruments dont l'usage est également indispensable dans nos recherches. L'âme n'a pas trop de son tact et de sa sagacité, de son goût et de sa mémoire, de ses pieds et de ses ailes, pour atteindre à la vérité.