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DES CHAMPS

Les poissons doivent être , comme les oiseaux de proie, fins et bornés.

Les poissons, qui sont sans voix, s'entendent sans doute et communiquent entre eux par les mouvemeiil? et les configurations qu'ils donnent au fluide dont ils sont environnés. L'eau remuée frappe leur ouïe. xLvni.

Les animaux carnassiers aiment non-seulement la proie, mais la chasse. Elle est leur jeu, leur passetemps, leur plaisir. Tous, en effet, chassent gaiement, et en riant, pour ainsi dire.

Le plaisir de la chasse est le plaisir d'atteindre.

Il serait utile de rechercher si les formes que donne à son nid un oiseau, qui n'a jamais vu de nid, n'ont pas quelque analogie avec sa constitution intérieure. L'instinct, dans tous les cas, n'est-il pas l'effet des impressions nécessaires que produisent certaines sensations? N'est-il pas un pur mécanisme? La rapidité même avec laquelle nous agissons , par ce qu'on nomme instinct, ne nous permet pas de nous observer dans ce moment. C'est peut-être pour cela que plus un animal est pourvu d'instinct, moins il est pourvu de raison.

TITRE XÎV.

La politique est l'art de connaître et de mener la multitude ou la pluralité; sa gloire est de la mener, non pas où elle veut, mais où elle doit aller.

Le plus grand besoin d'un peuple est d'être gouverné; son plus grand bonheur, d'être bien gouverné.

La multitude aime la multitude, ou la pluralité dans le gouvernement; les sages y aiment l'unité. Mais, pour plaire aux sages et pour avoir sa perfection, il faut que l'unité ait pour limites celles de sa juste étendue, et que ses limites viennent d'elle; ils la veulent éminente et pleine, semblable à un disque, et non pas semblable à un point.

Ceux qui veulent gouverner aiment la république; ceux qui veulent être bien gouvernés n'aimeiii que la monarchie.

Placer la puissance où la force n'est pas, et lui don-

ner des contre-poids, c'est le secret du monde politique. Plus il y a, dans un état, de puissance ou de force morale, en opposition avec la force réelle ou pliysitjue, plus cet état est habilement constitué. Il n'y a point d'art, point d'équilibre et de beauté politique, chez un peuple où la force et la puissance se trouvent dans les mêmes mains , c'est-à-dire dans celles du grand nombre. Aussi l'histoire des démocraties n'at-elle d'éclat et d'intérêt que lorsque la force se déplace réellement, par l'effet de l'ascendant de quelque homme vertueux sur les mouvements de la multitude, qui seule est forte par elle-même et sans fiction. De la fiction! il en faut partout. La politique elle-même est une espèce de poésie.

La multitude n'a pas besoin de tenir des lois et des conventions une puissance qu'elle tient de sa force. C'est la puissance qui ne vient que du consentement, qui a besoin d'être déclarée. Il est nécessaire, dans le mécanisme politique, que la multitude oublie ses droits, et que le chef oublie sa faiblesse.

Dans les gouvernements qui obéissent à la supériorité du nombre, c'est une dignité de statique ou d'arithmélique, une prépondérance grossière ou de quantité, qui juge des choses humaines.

Quoi qu'on fasse, le pouvoir est un partout, nécessairement, inévitablement, indispensablement un, et homme. C'est bien la peine de se tant tourmenter, pour donner à cette unité une apparence multiple et trompeuse 1

La souveraineté appartient à Dieu, et à Dieu seul. Tl la pose, il la maintient, il la retire, il la suspend et la promène à son gré.

Ne dégoûtez pas les rois de leur rôle, car c'est un rôle nécessaire.

C'est parce que les maîtres préposés sont les égaux de leurs subordonnés, qu'il est besoin de les environner de pompe. En toutes choses, il faut embellir les rois, pour leur bonheur et pour le nôtre.

Un roi doit toujours être un législateur armé, et ne se mettre en tutelle, comme disait Henri IV, que l'épée au côté.

Les princes sont plus sensibles aux offenses qui ten,. dent à leur ôter l'autorité ç^'aux services qui la leur donnent.

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