MARMONTEL ET BOINDIN AU CAFÉ PROCOPE
Marmontel dans sa jeunesse recherchait beaucoup le vieux Boindin, célèbre par son esprit et son incrédulité. Le vieillard lui dit : « Trouvez-vous au café Procope. — Mais nous ne pourrons pas parler de matières philosophiques. — Si fait, en convenant d'une langue particulière, d'un argot. » Alors , ils firent leur dictionnaire. L'âme s'appelait Margot; la religion, Javotte; la liberté, Jeanneton:
et le Père Éternel, M. de VÊtre. Les voilà disputant et sentendant très-bien. Un homme en habit noir, avec une mauvaise mine, se mêlant à la conversation, dit à Boindin : « Monsieur, oserai-je vous demander ce que c'était que ce M. de l'Être qui s'est si souvent mal conduit et dont vous êtes si mécontent? — Monsieur, reprit Boindin, c'était un espion de police. » On peut juger de l'éclat de rire, cet homme étant lui-même du métier.