MOLIERE ET LES FINANCIERS
, C'est une chose remarquable que Molière, qui n'épargnait rien, n a pas lancé un seul trait contre les gens de finance. On dit que Molière et les auteurs comiques du temps eurent là-dessus des ordres de Colbert.
l'abbé DE MOLIÈRE ET SON VOLEUR.
L'abbé de Molière était un homme simple et pauvre, étranger à tout, hors à ses travaux sur le système de Descartes: il n'avait point de valet, et travaillait dans son lit, faute de bois, sa culotte sur sa tète par-dessus son bonnet, les deux côtés pendant à droite et à gauche. Un matin, il entend frapper à sa porte : « Qui va là? — Ouvrez... » Il tire un cordon et la porte s'ouvre. L'abbé de Molière, ne regardant point : « Qui ètes-vous? — Donnez-moi de l'argent. — De l'argent? — Oui, de l'argent. — Ah ! j'entends, vous êtes un voleur? — Voleur ou non, il me faut de l'argent. — Vraiment, oui, il vous en faut? Eh bien! cherchez là-dedans... » 11 tend le cou, et présente un des côtés de la culotte: le voleur fouille. « Eh bien! il n'y a point d'argent. — Vraiment, non; mais il y a ma clef. — Eh bien! cette clef...? — Cette clef, prenez-la. — Je la tiens. — Allez-vous-en à ce secrétaire; ouvrez... » Le voleur met la clef à un tiroir. « Pas celui-là, dit l'abbé, ce sont mes papiers... Ventrebleu ! finirez -vous? ce sont mes papiers! A l'autre tiroir, vous trouverez de l'argent. — Le voilà. — Eh bien! prenez... Fermez donc le tiroir... » Le voleur s'enfuit. « Monsieur le voleur, fermez donc la porte. Morbleu! il laisse la porte ouverte !... Quel chien de voleur! il faut que je me lève par le froid qu'il fait!
maudit voleur! » L'abbé saute en pied, va fermer la porte, et revient se remettre à son travail.