I.XXIU
Les dettes abrègent la vie.
N'aimer plus que les belles femmes , et supporter les méchants livres : signes de décadence.
Il faut accepter de bonne grâce les difformités que le ciel envoie ou que le temps amène.
Le meilleur des expédients , pour s'épargner beaucoup de peine dans la vie, c'est de penser très-peu h son intérêt propre.
On est heureux quand on sort de la santé pour entrer dans la sagesse.
Qui n'a pas l'esprit de son âge , De son âge a tout le malheur,
dit Voltaire; et non-seulement il faut avoir l'esprit de son âge, mais aussi l'esprit de sa fortune et de sa santé.
Les valétudinaires n'ont pas, comme les au-
■2V> (it's lioiiiriK's, imc vicillrssr (|iii ;i((;il>lr k'iir ('s|)ril i»ar la ruine subit*' de luules leurs forces. Ils gardent jusqu'à ta (iu les mêmes lani^iieurs ; mais ils gardent aussi le même feu et la même vivacité. Accoutumés à se passer de ((H'ps, ils conservent, pour la plupail, un es- (iiit sain dans un corps malade. Le temps les ( liange peu; il ne nuit (ju'à leur durée.
Des forces toujours en travail , une activité sans lepos, du mouvement sans intervalles, des agitations sans calme , des passions sans mélancolie, des plaisirs sans traïKpiillité! c'est bannir le sommeil de la vie , marchei' sans jamais s'asseoir, vieillir debout, et mourir sims avoir dormi.
Vivre médicinalenient , ce n'est piis toujours vivre malheureux, quoi (pi'en dise le proverbe, si , pendant ce temps, on vit en soi, ou avec soi. Vivre en soi, c'est n'avoii' de mouvement «[ue ceux qui nous viennent de nous , ou d<' notre consentement; et vivre avec soi, c'est ne rien éprouver' qui ne nous soit ronnu ; c'est être le t«''moiji, \v (onlidonl, l'arbitre de toiU
ce qu'on l'ail , de loul ce qu'on dil et de tout ce qu'on pense; c'est se servir de compagnon, d'ami et de régulateur: c'est à la fois mener et contempler la vie.
L'air d'innocence qu'on remarque sur le visage des convalescents, vient de ce que les passions se sont reposées et n'ont pas encore repris leur empire.
Naître obscur et mourir illustre, ce sont les <leux termes de l'humaine félicité.
Il faut mourii' aimable, si on le peut.
La patience et le mal, le courage et la moit, la résignation et la nécessité arrivent ordinairement ensemble. L'indifférence pour la vie naît avec l'impossibilité de la ( onserve»'.
Cette vie n'est que le berceau de l'autre. ()u'importenl donc la mala<lie . le temps , la
vi«'ilU'sst' , la iikuI, degrés divers d'une iiiélaiijoiphose (lui n'a sans doute ici-bas (|ue ses < onimencenients ?
Lorsque la nioil s'apinoche , la j»ensée se joue encore du (erveiui, comme une vapeinléiçère prête à se dissoudre. Elle ne s'y fait plus «(u'en tournoyant , semblable h la bulle de savon qui va se résoudre en goutte d'eau.
Lxxxvm.
La poésie à laquelle Socrate tlisail que les dieux l'avaient averti de s'appliquer , avant de mourir, c'est la poésie de Platon , et non pas celle d'Homère , la poésie inmiatérielle et céleste, dont l'àme est ravie, et (]ui tient les sens assoupis. Elle doit èlre cultivée dans la captivité, dans les inlirmités, dans la vieillesse. C'est celle-là qui est les délices des mourants.
Quand on a trouvé ce qu'on cherchait , on \\A pas le temps de le dire : il faut mourir !
TITRK VIII.
D£ LA bAMlLLE ET DE LA MAISON,