CXXXVIII
La vieillesse qui termine une vie obscure n'inspire que de la pitié; celle qui couronne une vie utile, vertueuse, illustre, commande la vénération.
Le vieillard frivole et vicieux est celui qui ressemble le plus à l'enfant: mais c'est un enfant disgracieux ; son babil bégaie, sa légèreté radote, son souriiv
(45) grimace ; ne pouvant refaire les folies et les étourderies de sa jeunesse, il les remâche et les raconte pesamment. Sur ses rides on devrait voir avec respect les leçons de l'expérience gravées , on ne reconnaît que la sottise et le vice qui ont pris leur pli; ses cheveux blancs promettaient la sagesse, ses paroles et ses actions ne montrent que la folie.
Beaucoup d'hommes sont de vieux enfants.
Les vieillards chagrins sont ceux que leur mémoire tourmente, et qui regrettent une vie mal dépensée.
Lorsque vous voyez vm vieillard aimable , doux , égal , content et même joyeux, soyez certain qu'il a été dans
sa jeunesse juste, bon , généreux st tolérant; sa fin ne lui donne ni regret du passé ni crainte de l'avenir, et son couchant est le soir d'un beau jour.
Par la force on ne fait que vaincre ; c'est par la générosité qu'on soumet.
Le génie seul peut triompher de toutes les erreurs, mais non de l'envie; en l'éclairant, il l'enflamme.
Il existe deux genres de gaîté : l'une est vive, légère, étourdie , bruyante, emportée, c'est celle de la jeunesse; elle fatigue par ses éclats, et, comme un feu d'artifice, elle laisse après elle dans l'âme quelque chose de silencieux et de triste.
(47) 1 .'autre est plus calme, plus douce, pïue constante ; c'est une illumination qui chasse les ombres de la nuit , et qui nous réjouit en nous éclairant. Cette gaîté est un charme particulier aux vieillards bons, aimables, instruits, vertueux, indulgents : on croit voir en elle le sourire d'une bienveillante expérience et d'une conscience satisfaite.
La justice est si nécessaire aux hommes qu'ils se croient obligés d'emprunter son voile révéré pour couvrir leurs actions les plus injustes; et les gouvernements prennent tous son langage dans leurs manifestes au moment même où l'ambition seule dirige leurs entreprises.
Ia grand défaut, qui paraît inhérent
(48) à la nature humaine, c'est d'aimer ce qui est tranchant, de donner dans les extrêmes, de se plaire dans les excès, et de fuir cette modération et ce juste milieu où se trouvent cependant la vérité, la justice et la sagesse.
c XL VII.
Aucun éloge ne doit paraître mieux mérité que celui qui sort de la bouche d'un ennemi.
ex L VI II.
Sans les mœurs les institutions ne sont rien; les plus libérales ne font, dans un temps de corruption, que légaliser la tyrannie.
On pourrait . en se servant adroitement de nos craintes et de notre vanité, nous
(49) gouverner par les mœurs plus facilement que par les lois.
Les coutumes survivent long-temps à la chute des États et à la destruction des «ouvernements.
Les coutumes les plus absurdes sont celles qui résistent le plus long-temps à la raison.
La mode est une souveraine dont les ordres les plus gênants n'éprouvent jamais d'opposition; nul ne re'clame contre ses décrets. Ses fantaisies sont des lois révérées, ses caprices sont des oracles; elle change à son gré les mœurs; elle se moque des convenances, et fait ployer la sévère raison sous la marotte de la
folie. Elle règle le bien et le mal, fait et défait les réputations, donne de la beauté aux laides, de l'esprit aux sots, de la science aux charlatans, et résiste impunément aux remontrances de la justice, aux conseils de la sagesse, et aux préceptes mêmes de la religion.
Son unique but est de plaire; son essence est le changement; elle récompense par des applaudissements et punit par le ridicule : voilà son unique force et ses seules armes.
On ne peut résister à la mode : c'est un torrent qui entraîne tout; il faut le laisser courir et s '«'puiser. Opposer la raison à la mode, c'est folie.
Cl.lv.
C<- «jui parait le plu= choquer l'orgueil,
(5i) »j'est l'égalité: c'est précisément ce qui le rend à-la-fois si ridicule et si haïssable; il révolte, par ses superbes et injustes dédains, les vanités de tous les hommes, et soulève d'innombrables légions d'ennemis contre lui.
Le redoutable poison de l'orgueil est toujours caché dans la coupe de la gloire.
Rien ne s'abaisse si bas que l'orgueil qui veut s'élever.
La vanité, toujours imprévoyante dans le repos, présomptueus : lans la prospérité, est toujours faible dans le péril.
La modestie est la qualité que nous aimons le mieux dans notre prochain; nous la lui abandonnons avec plaisir, et nous la louons franchement. •Xous l'admirons sans l'imiter; et, bien que nous l'aimions généralement, peu de gens se soucient de prendre ce moyen pour se faire aimer.