CCCLXXXII
Le peuple est toujours épris de la gloire, même quand elle pèse sur lui.
CCCLXXXII i.
Le peuple est servile dans les temps de
(n8) prospérité, et séditieux dans les jours de revers.
c ce l xx x IV.
Les peuples, eoinmeles hommes, conservent souvent leur vanité' après avoir perdu leur fortune, leur puissance, leur roura^e et leur fierté.
c ce lx x x v.
La caducité des peuples ressemble à leur enfance; leur faiblesse s'appuie sur des fables et des prestiges.
Ce n'est que par la connaissance approfondie d'un peuple qu'on trouve le secret de le vaincre, de le soumettre, et de le gouverner.
c c c l x x XVII.
Rien n'est si difficile ni si dangereux
que de changer les habitudes d'un peuple; il y tient presque autant qu'à la vie.
CCCLXXXVIII.
Lorsqu'en suivant le torrent de leurs passions , les peuples se laissent tomber de l'ordre dans l'anarchie, de l'activité dans la mollesse, de la liberté dans la servitude, du patriotisme dans l'égoïsme, de la pureté' des mœurs dans la corruption, les gouvernements s'épuisent en efforts constants, coûteux, pénibles, et trop souvent impuissants, pour leur faire gravir de nouveau cette hauteur morale, d'où l'on descend avec tant de célérité, et qu'il est si difficile et si rare de remonter.
CCCLXXXIX.
Les peuples ont presque toujours été coupables des maux qu'ils souffrent ; et.
comme les sauvages , ils divinisent es qu'ils craignent ; ils dédaignent la vertu pacifique qui ferait leur bonheur, et ils encensent le luxe qui les ruine, la puissance qui les e'crase , et le génie guerrier qui les détruit.
Le sujet le plus général de mécontentement des peuples , c'est que presque dans tous les états la cour est tout, la nation n'est rien.
Tout peuple peut se gouverner avec un fil, si vous y attachez un peu d'espoir de gloire pour les guerriers , de fortune pour les courtisans, de pain pour l'agriculteur, de protection pour le commerce, de considération pour leslettres et pour les arts, de respectpourla croyanct -
et de liberté pour les philosophes. Ainsi faites une petite provision de feuilles de chêne, de laurier, d'olivier, d'épis, d'éeus et de cordons, en y joignant le bandeau de la tolérance, et vousaurez trouvé le secret de gouverner les hommes sans dangers, sans obstacles, et sans efforts.
ecc xc 1 1.
La différence des lois, des langages et des mœurs sépare les peuples; l'ambition les divise; le commerce travaille constamment à les rapprocher et à les unir.
CCCXCIII.
Un peuple, dans son enfance, peut se laisser juger arbitrairement ; sa morale supplée au défaut de législation :
mais, dès qu'il s'éclaire sur ses droits, tout pouvoir arbitraire lui devient insupportable; il veut dépendre des lois 1 1
et non des hommes ; il exige la justice, et réclame une part clans son administration.
La longue patience des peuples trompe les gouvernements injustes : le silence cache le danger; mais quand la fermentation est mûre, une étincelle fait explosion.
Ce n'est point assez pour un peuple fier et libre d'être bien gouverné, s il n'a point de part au gouvernement.
cccxc v i.
Ce n'est que lorsque les peuples se montrent sérieux et tristes qu'ils sont à craindre.
CCCXCVII.
Dans les pays soumis au despotisme, on voit presque toujours le trône renversé ou usurpé par la force destinée à le défendre.
ce ex c VIII.
Quand un trône est fondé sur des crimes , on peut en tomber, on n'ose pas en descendre.
Dès qu'on touche à la couronne , il faut la porter ou perdre la tête.
L'épée est un mauvais sceptre; elle blesse tôt ou tard le prince qui s'appuie sur elle.