‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 129 sur 226 · MONTAIGNE, III · texte numérisé non relu

MONTAIGNE, III

Jesus-Christ veut que son tenioigjnage ne soit rien l. La qualite de temoins fait qu'il faut qu'ils soient toujours ct partout, et, miserable, il est seal.

(Jon/re AlahoweL — L5 Alcoran n'esl pas plus dc 457 Mahomet, qae Ffivangile, de saint Matthieu, car il est cite de plusieurs auteurs de siecle en siecle, les ennemis mSmes,, Celse et Porphyre, ne Font jamais desavoue2.

I /Alcoran dit que saint fvfatthieu etait homme de bien. Done, il etait faux prophete, ou en appelant gens de bien des mediants, ou en ne demeurant pas d'accord dc cc qu'ils ont dit dc Jesus-Christ.

Ce n'est pas par cc qu'il y a d'obscur dans Mahomet, 465 et qu'on peut fairc passer pour un sens mysterieux, que je veux qu'on en juge, mais par ce qu'il y a de clair, par son paradis et par le reste; c'est en cela qu?il est ridicule. Et c'est pourquoi il n'est pas juste dc prendrc scs obscuritcs pour dcs myst^res, vu que scs clartds sont ridicules.

II n'en est pas de mSme dc rficriturc* Je veux qu'il y ait des obscuritds qui soient aussi bizarres que celles dc Mahomet; mais il y a des clart^s adrairables, et des proph&ies manifestes accomplics. La parric n'est done pas dgale. II ne faut pas confondte ct <£galer les oioscs qui ne sc ressemblent que par

i, JOAN., V, 31 :«St c'cst moi-mSmc qui tends temoigtoagc dc moi, mon temoignage n*a point de veritfi. »

2* C£ GROTIUS De nr, JB^%.? II, 5 qui cite Celse ct iPorphyre d'apris Otigine et Eus^be; et VI> 3 qui cite Topituon du Goran sur les Apdtres ea giniral. Pour toutes ces pens^es sur Mahomet cf. aussi CHAB.KON Les Trots Vtrithn^ n et R. MAKTiNf, Pugiofidei, 2* p., ch* vir, § tj.

Tobscurite et non pas par la clarte, qui merite qu'on revere les obscurites.

4 5 7 Difference entn Jesus-Christ et Mahomt. — Mahomet non predit; Jesus-Christ, predit.

Mahomet, en tuant; Jesus-Christ, en faisant tuer les siens,

Mahomet, en defendant de lire; les apotrcs, en ordonnant de lire.

Enfin, cela est si contraire, que, si Mahomet a pris la voie de reussir humainement, Jesus-Christ a pris celle de perir humainement; et qu'au lieu de conclure que, puisque Mahomet a reussi, Jesus- Christ a bien pu reussir, il faut dire que, puisque Mahomet a reussi, Jesus-Christ dcvait pcrir.

*57 Tout homme peut faire ce qu'a fait Mahomet; car il n'a point fait de miracles, il n'a point etc predit; nul ne peut faire ce qu'a fait Jesus-Christ.

**55 La religion paienne est sans fondement [aujourd'huL On dit qu'autrefois elle en a eu par Ics oracles qui ont parld Mais quels sont les livrcs qui nous en assutent ? Sont-ils si dignes de foi par la vcrtu de leurs auteurs ? Sont-ils conserves avcc tant de soin qu'on puisse - s'assurer quails ne sont point corronipus ?]

La religion mahom&ane a pour fondcrncnt TAlcoran et Mahomet. Mais ce prophctc, qui devait ^tre la dernifere attente du mondc, a-t-il 6t6 pr6dit ? Quelle marque a-t-il que n'ait aussi tout nomtnc qui se voudra dire proph^te ? Quels miracles dit-il lui-meme avoir faits ? Quels mystites a-t-il ensci-

gnes, selon sa tradition meme? Quelle morale et quelle fclicite?

La religion juive doit etre regardee differemment dans la tradition des Livres Saints et dans la tradition du peuple. La morale et la felicite en est ridicule dans la tradition du peuple; mais die est admirable dans celle [des Livres] Saints. (Et toute religion est de meme : car la chretienne est bien differente dans les Livres Saints et dans les casuistes). Le fondement en est admirable, c'est le plus ancien livre du monde et le plus authentiquc; et, au lieu que Mahomet, pour faire subsister le sien, a defendu de le lire, Moise, pour faire subsister le sien, a ordonne a tout le monde de le lire.

Notre religion est si divine, qu'une autre religion divine n'en a que le fondement,

Qrdre. — Voir ce qu'il y a cle clair clans tout Fctat 27 des Juifs, et d'incontcstable.

La scule science contre le sens commun et la 7 nature des hommcs, est la sculc qui ait toujouts subsist^ parmi les hommes.

La sculc religion contre k nature, contre le sens 265 commun, contre nos pkisirs, est la sculc qui ait toujours &£.

Nullc religion que la ndtrc n'a cnscign(S que 8

i. Brunschvicg avait d^abord in$&£ SOUR le n«> 6o'3 unc reflexion de Sedition dc P. R. rdsujmnt k Pensfa 757*

1'homme nait en peche, nolle secte de philosophes ne Pa dit : nulle n'a done dit vrai.

Nulle secte ni religion n'a toujours ete sur la terre, que la religion chretienne.

151 Qui jugera de la religion des Juifs par les grossiers la connaltra mal. Elle est visible dans les Saints Livres et dans la tradition des prophetes, qui ont assez fait entendre qu'ils n'entendaient pas la loi a la lettre. Ainsi notre religion est divine dans Tfiyangile, les apotres et la tradition; mais elle est ridicule dans ceux qui la traitent mal.

Le Messie, selon les Juifs charnels, doit £tre un grand prince temporel. J6sus-Christs selon les Chretiens charnels, est venu nous dispenser d'aimer Dieu, et nous donner des sacrements qui operent tout sans nous. Ni Tan ni Fautre n?est la religion chretienne, ni juive.

Les vrais Juifs et les vrais Chretiens ont toujours attendu un Messie qui les ferait aimer Dieu, et, par cet amour, triompher de leurs ennemis.

2}5 Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les Chr&iens et les paiens. Les pa'iens ne connaissent point Dieu, et n'aiment que la terre. Les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n'aiment que la terre, Les Chretiens connaissent le vrai Dieu, et n*aimcnt point la terre. Les Juifs et les pai'ens aiment les mfemes biens. Les Juifs et les Chretiens connaissent Je meme Dieu.

Les Juifs ftaieat de deux sortes : les uns n'avaient que les affections paiennes, les autres avaient les affections chretiennes.

PKNSEES / SECTION IX 409

Deux sortes d'hommes en cbaqw religion : parmi les 277 paiens, des adorateurs des betes, et les autres, adorateurs d'un seul Dieu dans la religion naturelle; parmi les Juifs, les chamels, et les spirituels qui etaient les Chretiens de la loi ancienne; parmi les Chretiens, les grossiers qui sont les Juifs de la loi nouvelle. Les Juifs charnels attendaient un Messie charnel; les Chretiens grossiers croient c{ue le Messie les a dispenses d'aimer Dicu; les vrais Juifs et les vrais Chretiens adorent un Messie qui les fait aimer Dieu*

6xo

Pour monlrtr qw les vrais Jttifs ef ks VMS Chretiens 239 ifont qtfnm mtmt religion. — La religion des Juifs semblait consister essentiellement en k paternite d? Abraham, en la circoncision, aux sacrifices^ aux c6reraonies, en Tarche, au temple, en Hierusalem, et enfin en la loi et en Talliance de Moise.

Je dis :

Qu'elle ne consistait en aucune de ces choses mais seulement en Tamour de Dieu, el que Dieu reprouvait toutes les autres choses,

Que Dieu n'acceptait point la posteritc d* Abraham,

Que Jes Juifs seront punis de Dieu comme les Strangers, s'ils Toffensent Deut^ vin, 19 : « Si vous oubliez Dieu, et que vous suiviex des dieux Strangers, je vous pr6dis que vous p6ritez de la m£me mani^re que les nations que Dieu a exterminees devant vous.»

Que les Strangers seront rejus de Dieu comme les Jtiifs, s'ils 1'aiment. IsM Lvr, 3 : « Que 1'^tratiger ne disc pas : « Le Seigneui: ne me recevra pas ». Les Strangers qui s'attachent i Dieu seront pour le servir et Taimer : je les m^ncrai en ma sainte motitagtie,

et recevrai d'eux des sacrifices, car ma maison est la maison d'oraison. »

Que les vrais Juifs ne consideraient leur m6rite que de Dieu, et non dy Abraham. Is., LXIII, 16 : « Vous etes veritablement notre p£re, et Abraham ne nous a pas connus, et Israel n'a pas eu de connaissance de nous; mais c'est vous qui etes notre pere et notre redempteur. »

Moise meme leur a dit que Dieu n'accepterait pas les personnes, Dent., x, 17 : Dieu, dit-il,« n'accepte pas les personnes, ni les sacrifices ».

Le sabbat n'etait qu'un signe, Ex., xxxi, 13; et en memoire de la sortie d'Egypte, Deut., v, 19. Done il n'est plus necessaire, puisqu'il faut oublier 1'figypte.

La circoncision n^tait qu?un signe, Gen^ xvi^ n. Et de la vient qu'etant dans le desert ils ne furent point circoncis, parce qu'ils ne pouvaient sc confondre avec les autres peuples ; et qu'apres que J6sus- Christ est venu, elle n'est plus necessaire,

Que la circoncision du coeur est ordonnde. Dent., x, 16; Jerem., iv, 4 :« Soyez circoncis de coeur; retranchefc les superfluites de votre coeur, et ne vous endurcissez plus; car votre Dieu est un Dieu grand, puissant et terrible, <jui n'accepte pas les personnes.»

Que Dieu dit qu'il le ferait un jour. Deut^ xxx> 6 : « Dieu te circoncira le coeur et a tes enfants, afib que tu Tatmes de tout ton coeur. »

Que les incirconcis de coeur serpnt jug^s, ]£r^ ix, 26 : car Dieu jugera les< peuples incirconcis et tout le peuple dlsrael, parce qu'il est « incirconcis de coeur ».

Que Text^rieur ne sert rien sans Fiat^tieur, JoeL, n, 13 : Scindite cor da vestra1* etc. Is.* LVIII* ^, 4, etc*

i. « Dfabire^ vos coeurs, et no0 vos vdtetuents. »

L'amour de Dieu est recommande en tout le Deuteronome. Deut., xxx, 19 :« Je prends a temoin le del et la terre que j'ai mis devant vous la mort et la vie, afin que vous choisissiez la vie, et que vous aimiez Dieu et que vous lui obeissiez, car c'est Dieu qui est votre vie. »

Que les Juifs, manque de cet amour, seraient reprouves pour leurs crimes, et les paiens elus en leur place. Us., i, 10; Dettf., xxxii, 20 :« Je me cacherai d'eux, dans la vue de leurs derniets crimes; car c'est une nation mechante et infidele. Us m'ont provoque a courroux par les choses qui ne sont point des dieux, et je les provoquerai a jalousie par un peuple qui n'est pas nion peuple, et par une nation sans science et sans intelligence. » IT., LXV, i.

Que les biens temporels sont faux, et que le vrai bien est d'etre uni a Dieu. PJ-. CXLIII, 15.

Que leurs fStes deplaiscnt a Dieu, Awos9 v, 21.

Que les sacrifices des Juifs deplaisent & Dieu1. IT., LXVI, 1-3; i, ii. Jer., vi, 20. David, Miserere*. — Memc dc la part des bons, Ilxspectavi. Ps., XLIXS 8, 9, 10, ii, 12, 13 ct 14.

Qu'il ne les a etablis que pour leur durete, Micbee> admirablement vi3. I. li, 4, xv, 22; 0^, vi, 6.

1. Les tcxtes dc cc paragtaphe sont citds par saint Paul dans son iSpitre aux Remains (IX et X).

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