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Page du maauscrit, Cf. Introduction, p. XXffl, note i

2. Cf. De Fespnt giomttnque : « Cette admiiable science ne s'attachant qu'aux closes les plus simples,... le manque de ddfinition est plutdt une perfection qu un defaut, parce qu'il ne vient pas de leur obscurite, mais au contraire de leur extreme Evidence. »

128 PENS£ES / SECTION i

bien nette pour voir tous les principes, et ensuite Fesprit juste pour ne pas raisonner faussement sur des principes connus.

Tous les geometres seraient done fins s'ils avaient la vue bonne, car ils ne raisonnent pas faux sur les principes qu'ils connaissent; etles esprits fins seraient geometres s'ils pouvaient plier leur vue vers les principes inaccoutumes de geometric.

406 Ce qui fait done que de certains esprits fins ne sont pas geom£tres, c'est qu'ils ne peuvent du tout se tourner vers les principes de geom&rie; mais ce qui fait que des geometres ne sont pas fins, c'est qu'ils ne voient pas ce qui est devant eux, et qu'etant accoutumes aux principes nets et grossiers de geometrie et a ne raisonner qu'apres avok bien vu et manie leurs principes, ils se perdent dans les choses de finesse, ou les principes ne se laissent pas ainsi manier. On les voit a peine, on les sent plutot qu'on ne les voit; on a des peines infinies a les fake sentk a ceux qui ne les sentent pas d'eux-memes : ce sont choses tellement delicates et si nombreuses, qu'il faut un sens bien delicat et bien net pour les sentir, et juger droit et juste selon ce sentiment, sans pouvoir le plus souvent le demontrer par ordre comme en geometrie, parce qu'on n'en possede pas ainsi les principes, et que ce serait une chose infinie de Fentreprendre. II faut tout d'un coup voir la chose d'un seul regard, et non pas par progres de raisonnement, au moins jusqu'a un certain degr6. Et ainsi il est rare que les g6om£tres soient fins et que les fins soient g6om£tres, a cause que les geometres veulent traiter g6om6triquement ces choses fines, et se rendent ridicules, voulant commencer |>ar les definitions et ensuite par les principes, ce qui n'est ias la majafere d?agir en cette sorte de raisonnement. n'est pas que r esprit ne le fasse; mais il le fait

tacitement, naturellement et sans aft, car 1'expression en passe tous les hommes, et le sentiment n'en appartient qu'a peu d'hommes.

Et les esprits fins, au contraire, ayant ainsi accoutume a juger d'une seule vue, sont si etonnes — quand on leur presente des propositions ou ils ne comprennent rien, et ou pour entrer il faut passer par des definitions et des principes si steriles, qu'ils n'ont point accoutume de voir ainsi en detail, — qu'ils s'en rebutent et s'en degoutent

Mais les esprits faux ne sont jamais ni fins ni geometres.

Les geometres qui ne sont que geometres ont done 1'esprit droit, mais pourvu gu^on leur explique bien toutes choses par definitions et principes; auttement ils sont faux et insupportables, car ils ne sont droits que sur les principes bien eclaircis.

Et les fins qui ne sont que fins ne peuvent avoir la patience de descendre jusque dans les premiers principes des choses speculatives et d'imaginalion, qu'ils n'ont jamais vues dans le monde, et tout a fait hors d'usage1.

Diverses sortes de sens droit; les uns dans un certain ordre de choses, et non dans les autres ordr^s, ou ils extravaguent.

i. Cf. M#R£ (Dtscours des agrtmnts, 1 1, p. 194) distinguant deux sortes de juste <sse ; Pune « depend de Tesp±it et de rintelligence », Fautre « vient principalement du goiit et du sentiment )). Dans une lettre, il reproche a Pascal de trop priser le « raisonnement krtificiel » qui ne fait « pas connaitte ce que les choses sont », et Y oppose aux <c connaissances plus hautes qui ne trompent jamais » et avantagent dans le monde ceux qui ont cc Tespnt vif et les yeux fins. »

Les uns tirent bien les consequences de peu de principes, et c'est une droiture de sens.

Les autres tirent bien les consequences des choses ou il y a beaucoup de principes.

Par exemple, les uns comprennent bien les effets de 1'eau, en quoi il y a peu de principes; mais les consequences en sont si fines, qu'il n'y a qu'une extreme droiture qui y puisse aller.

Et ceux-la ne seraient peut-etre pas pour cela grands geometres, parce que la geometric comprend un grand nombre de principes, et qu'une nature d'esprit peut etre telle qu'elle puisse men penetrer peu de principes jusqu'au fond, et qu'elle ne puisse penetrer le moins du monde les choses ou il y a beaucoup de principes.

II y a done deux sortes d'esprits : Tune, de penetrer vivement et profondement les consequences des principes, et c'est la Fesprit de justesse; 1'autre de comprendre un grand nombre de principes sans les confbndre, et c'est la 1'esprit de geometric. I/un est force I et droiture d'esprit, 1'autre est amplitude d'esprit. Or Tun peut bien etre sans 1'autre, resprit pouvant etre fort et etroit, et pouvant etre aussi ample et faible2.

2. Cette pensee doit toe soigneusement distinguee de la prec^dente, avec laquelle on a cherche a 1'identifier : ici en effet 1'esprit g^ometnque consiste a embrasser un grand nombre de principes, tandis que tout a Theure c'6tait Tesprit de finesse qui avait le privilege d'dtre ample et large. Peut-etre ces deux pens6es ne sont-elles pas de la mtoe epoque; peut«6tre ne faut-il voir ia qu'une seconde division grefiee sur la premiere distinction : Tesprit de g^omdtne devient le sens droit> et il y en a diverses sortes, rune qui deduit rigoureusement les consequences d?un seul pnncipe, comme on fait en physique, ou encore en algebre, et 1'autre qui est avant tout un esprit de synthese, qui construit dans 1'espace des figures tres com-

Ceux qui sont accoutumes a juger par le sentiment 229 ne comprennent rien aux choses de raisonnement, car ils veulent d'abord penetrer d'une vue et ne sont point accoutumes a chercher les principes, Et les autres, au contraire, qui sont accoutumes a raisonner pa± principes, ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des principes et ne pouvant voir d'une vue1.

Geomtrie, finesse. — La vraie eloquence se moque 169 de 1' eloquence, la vraie morale se moque de la morale; c'est a-dire que la morale du jugement se moque de la morale de Tesprit — qui2 est sans regies.

Car le jugement est celui a qui appartient le sentiment, comme les sciences appartiennent a Tesprit. La finesse est la part du jugement, la geomettie est celle de Fesprh.

phquees, sans en confondre les lignes : a cette derm^re Pascal rdserverait maintenant la denomination d'espnt de g£om6trie. Ajoutons que Pascal, ayant perfectionne la g6om6tne des indivisibles qui avait pour principe la consideration des infiniment petits, avait le droit d'opposer la complexite de la g6ometne a k simplicit6 relative de la physique en son temps (B.).

1. Cette connaissance par sentiment s'oppose, non a 1'intelligence, mais aux exces de k logiq[ue discursive, et peut ^tre rapprochde de I'mtuition cart^sienne. Cf. Fenste 182 et J. LAPORTE. Le coeur etJa raison selon Pascal, Revue philosophique, 1027, I.

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