XX VIE DE BLAISE PASCAL
n'avions pensé : car environ minuit, il lui prit une convulsion si violente, que, quaniJ elle fut passée, nous crûmes qu'il était mort, et nous avions cet extrême déplaisir, avec tous les autres, de le voir mourir sans le saint sacrement, après l'avoir demandé si souvent avec tant d'instance. Mais Dieu, qui voulait récompenser un désir si fervent et si juste, suspendit comme par miracle cette convulsion , et lui rendit son jugement entier, comme dans sa parfaite santé ; en sorte que monsieur le curé entrant dans sa chambre avec le saint sacrement, lui cria : « Voici celui que vous avez tant désiré.» Ces paroles achevèrent de le réveiller ; et comme monsieur le curé approcha pour lui donner la communion , il fit un effort, et il se leva seul à moitié, pour le recevoir avec plus de respect; et monsieur le curé l'ayant interrogé, suivant la coutume, sur les principaux mystères de la foi , il répondit distinctement : « Oui , monsieur, je crois tout cela de tout mon cœur.» Ensuite il reçut le saint viatique et l'extrême-onction avec des sentiments si tendres, qu'il en versait des larmes. Il répondit à tout, remercia monsieur le curé; et lorsqu'il le bénit avec le saint ciboire, il dit: «Que Dieu ne m'abandonne jamais 1 » Ce qui fut comme ses dernières paroles; car, après avoir fait son action de grâces, un moment après ses convulsions le reprirent, qui ne le quittèrent plus, et qui ne lui laissèrent pas un instant de liberté d'esprit : elles durèrent jusqu'à sa mort, qui fut vingt-quatre heures après, le dix-neuvième d'août mil six cent soixantedeux , à une heure du matin , âgé de trente-neuf ans deux mois.