CHAPITRE LXXXIX
Illusions au sujet de la bonne Mort.
Cnacun désire bien mourir ; mais les uns ne savent ce que c’est qu’une bonne mort, et les autres se mettent peu en peine de s’y préparer. Illusion dans les uns et dans les autres.
I. Tous ceux qui meurent avec des signes de repentir, avec les sacremens, les larmes aux eux, le crucifix en main, n’ont pas toujours le bonheur de mourir de Ja mort des justes. Ces marques, sont équivoques, et le cœur n’a peut-être point de part à toute cette piété apparente.
Faire une bonne mort, c'est mourir sans péché mortel, dans l'amour de Dieu et dans sa grâces voilà ce que vous devez désirer. Quand vous mourriez de la mort la plus déplorable aux yeux des hommes, pourvu que vous mouriez dans la grâce de Dieu, votre salut est assuré : au Contraire, quand vous auriez donne toutes les marques de pénitence, et recu tous les Sacremens si vous mouriez dans l'affection volontäiré à un seul péché mortel, et sans amour pour Dieu, il nÿ aurait point de salut pour vous. Les sacremens soht plus utiles et plus nécessaires à la mort ; mais ils sont in ructueux, et ne procurent pas une sainte mort, si le éœur n’est pas converti. Erreur de penser autrement.
D. C’est encore une bot qui n’est pas moins fu= neste, de s'attendre à une sainte mort, sans faire pen-
dant la vie ce qu’il faut pour bien mourir. Vous vou-
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dricz mourir saintement ; vivez donc comme vous voulez mourir. La mort est l'écho de la vie; une vie
sante est-suivie d’une sainte mort, comme la mauvaise mort est Ja suite ordinaire d’une mauvaise vie.
Mevous trompez pas, dit saint Paul, on ne se Moquepas de Dieu en vain. L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé. Après avoir semé de livraie,
“wouswne devez pas attendre de bon grain ; vous devez donc attendre une fin malheureuse, si vous vivez mal: OurE énin Séminaverit homo, hœc et meiet. Gal.6.
C’est une témérité, en vivant dans le crime , dé-s’attendre à une mort sainte. On ne trouve dans l'Ecriture, dit saint Bernard, qu’un homme qui soit mort saintement après avoir mal vécu (c’est le bon larron). Il s’en trouve #», pour ôter tout sujet de désespoir au pécheur ; mais il ne s’en trouve qu’un seul, pour lui ôter tout sujet de présomption : Unus , ne desperes ; unicus, ne presumas.
La conduite ordinaire de la Providence, c’est de laisservaller les choses selon l’ordre qu’elle a établi. Dieu laisse agir le feu selon son activité ; il laisse couler Mes fleuves selon leur pente : de même il laisse mourir en impénitens ceux qui ont vécu dans Pimpénitence. Quand il arrive autrement, c’est un miracle; Dieu fait quelquefois ce miracle pour des raisons que nous devons adorer; mais c'est une présomption de s’y attendre en vivant mal.
Oh ! si vous compreniez les horreurs d’une mauvaise mort, quelles précautions ne prendriez-vous pas pour vous en préserver ! Mourir dans le péché ! mourir en- Imemide Dieu! mourir en réprouvé ! Quelle mort ! Oh! qu'on est aveugle si on ne travaille pas à éviter un si ‘grand malheur | "Si vous coïnpreniez , au contraire , les douceurs d’une ‘bonne mort, vous comprendriez qu’un moment de ces Consolations vous dédommagerait de toutes les peines
"que Vous auriez au service de Dieu. Qu'il est doux de dire alôrs Comme David : Dans les ombres de la mort ‘Hjen’airien à craindre, parce que jai mon Dieu avee moi : Tirmedio wnñbræ mortis non timebo mala , quoniam “rimecum es Ps. 22, Teis furent les sentimens d’un
pieux personnage qui, ayant reçu le sacré viatique, sentit dans son ame tant de délices, qu’il s’écria : Je ne m'attendais pas à mourir avec tant de douceur et de joie : Non putabam tam jucundè mori.
RÉSOLUTIONS