CHAPITRE XXVII
Motifs de conversion, tirés de lu passion du Saw: veur. À. Ce qu'il a souffert en son ame.
Ir a fallu, dit saint Paul, que Jésus-Christ souffrit ; il l’a fallu pour nous apprendre ce que c'est que Dieu, ce que c’est que l’homme, ce que c’est que le.péché. Non, sans les souffrances de Jésus-Christ nousn’aurioñs jamais pu connaître quelle est la grandeur etla saintete de Dieu, quelle est la dignité et en mémeétemps la misère de l’homme, quelle est la noirceur et Ja malicé du péché. Il a donc fallu qu'il souffrit : Chrishen oportuit pati.
Mais qu'a-t-il souffert ? I] a souffert.tout ce qu'il a
u souffrir en son ame et en son corps. Dans-son.ame il a ressenti l’horreur la plus insupportable, à douleur la plus profonde , la frayeur la plus excessive, la confusion la plus humiliante, et tout cela au-dessusde ce que l’esprit humain peut comprendre.
I. L'horreur. S'étant offert à Dieu son Père pour être notre caution, il se voyait chargé de nos dettes, comme investi et revêtu de nos péchés. Quels seraient les sentimens d’un jeune prince qu’on revétiraitd’habits sales, remplis d’ordures et d'infection , siontl’obligeait à Les porter toute sa vie, et à être enfermé dans un
dis DE LA RELIGION. 63 liéù où 1 ne verrait que des monstres et des objets hideux? Quelle horreur n’aurait-il pas de se voir en ce Le Fils de Dieu a eu infiniment plus d'horreur
se voir charge des péchés de l’univers; il était comme ét noyé dans les ordures et dans.les iniquités 4 us Jés.] omines , qui sans cesse se présentaient à
ce on ésf it, sans que la vue de ces affreux objets Pait 1 . Infixus. sum in limo pro-
té un seul moment :
ui, dit-il par son prophète... Tempestas demersit ot à Lü douleur. Tous nos péches réunis dans sa sonne selon. l'expression du Prophète, Je pénéent d’une douleur si vive, que la vue d’un seul éché et d’une ame perdue était capable dé lui causer à mort. Oh! quelle fut donc son afiliction ; quelles furent ses larmes à la vue de la multitude immense des péchés de tous les hommes et de tous les siècles, à Ja vue de Ja perte de tant d’ames, qui par leur malice devaient abuser de son sang ! Que utilitas. in sanguine meo ? Ps. 29. Il en fut accablé d’une tristesse si grande, qu'il tomba dans l’agonie et en sua le sang. Sa douleur fut si profonde que, si elle avait été partagée entretous les hommes, aucun n'aurait pu la soutenir; tous en seraient morts.
ML: La frayeur. Jésus-Christ avait continuellement résent à son esprit la justice et la sainteté de son ère oflensé, les châtimens que méritaient nos offénses,
et les tourmens horribles qu'il devait souffrir pour les expier. Ces pensées affligeantes accablaient intériéurement son ame pendant tout le cours de sa vie; mais awjardin des Oliviers, il permit que tous ces objets fissent une impression si vive dans son imagination, que son humanité sainte en succomba, qu’il en trembla lui-même : Cæœpit pavere et tædere. Sans miracle, l’accablement et la frayeur l’auraient fait expirer dans le moment.
IV. Maïs ce qui est le plus incompréhensible dans cet Homme-Dieu , c’est la confusion qu'il a ressentie : Operuit confusio faciem meum. 1. Du côté de Dieu
Père, dont:la sainteté l’accablait tellement de conee. en se voyant chargé des iniquités du monde,
qu’il se considérait devant son Père aussi criminel que s’il eût commis. tous les péchés des hommes, se re- | Jp comme un objet d’anathème et de malédiction,
it saint Paul : Factus pro nobis maledictum. Gal. 3.
2. Confusion du côté de lui-même. Un homme qui serait couvert d’une lèpre hideuse serait saisi d’une telle honte, qu’il n’oserait même s’exposer aux yeux du public. Q combien grande fut la confusion intérieure du Fils de Dieu, se voyant couvert de nos souillures , et absorbé dans la masse de nos crimes ! objets mille fois plus humilians que la lèpre la plus honteuse. Saint Paul avait donc bien raison de dire que Jesus-Christ n’avait aucune complaisance en lui-même, parce que les crimes et les outrages des hommes étaient tombés sur lui : Christus non sibi placuit , sed, sicut scri tum est : Improperia improperantium tibi ceciderunt super me. Rom. 16.
3. Enfin, du côté des hommes, quelle fut sa confusion de voir sa sainteté et sa divinité méprisées, et sa personne innocente et adorable accusée de crimes , devenue le jouet d’une populace effrénée; de se voir baffoué, insulté, moqué, traîné par les rues, lié comme un criminel qu’on conduit au gibet; abandonné de ses amis ; traité comme un malfaiteur et un scélérat ; foulé aux pieds comme un ver de terre; crucifié comme un infime, comme l’opprobre des humains ! Æ£go aulem sum vermis, et non homo, opprobrium hominum , et abjectio plebis. Ps. 21.
O hommes, que pensez-vous à la vue d’un Dicu affligé et traité avec tant d’ignominie ? voilà l’état où il est réduit pour expier vos péchés, et pour vous en faire comprendre l’enormité; pouvez-vous, après cela, compter le péché pour rien ?
RÉSOLUTIONS
3. Je méditerai de temps en temps sur les sentimens d’horreur, de douleur, de frayeur et de confusion, dont l'ame du Sauveur fut si tourmentée dans sa passion, à cause de mes péchés,
2. Etje relirai ce chapitre chaque fois que je voudrai’aller à confesse, pour m’approprier ces mêmes sentimens,
O Jésus! faites-moi partager d’une manière salutaire les douleurs P
que vous ressentites dans la carrière de vos pénibles souffrances, lorsque vous vous considérâtes comme chargé du fardeau hideux de toutes mes iniquités. :
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