‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 37 sur 186 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Le respect humain est ordinairement la marque d’un esprit faible.

C’est une grande faiblesse d’être esclave du respect humainswparce que les discours du monde et ses jugemens sont, pour l’ordinaire , impuissans, inévitables, inconstans et trompeurs.

1 Ts sont impuissans. Ce sont des paroles que le vent emporte, qui ne peuvent pas plus vous nuire que le vent qui court aux Indes. Ce qu’on dit de vous vous laissetoujours tel que vous êtes, pauvre ou riche , bon ou méchant; il ne peut vous rendre ni meilleur, ni plus mauvais. Vous êtes ce que vous ‘êtes devant Dieu, et riende plus. Ce n’est pas le monde, mais votre çonsscience que vous devez écouter en ce 2:

74 PENSÉES SUR ÉES VÉRITÉS ù Les discours du monde ne peuvént vous afiliger qu'autant que vous le voulez. Qu'on vous critique ets | sb vous raillé, vous pouvez souffrir et vous taire.* n ne pourra jamais en dire de vous autant que vous. pouvez en souffrir. David, tréssaillant d’allégresse dé vant l'arche, se mettait pen en peine dés discours du“ peu ie , ét souffrait les ralleries de sa fermme. Laissez” parler; eñ faisant votre devoir, vous serézen paix. Si le monde attaque votre honneur, confiez-vous én" Dieu; il sait le degré dé réputation qui Kôtis Convient" pour sa gloire; si vous lui êtes fidèle, il Len ape me | vous; il prendra votre défense, comme il prit celle de! Magdeleine contre le pharisien. Pourvu qu’il vous dise comme à cette courageuse pénitente, vos péchés sont remis , vous devez être tranquille. Conservez votre ré-w ghior ar une vie sainte ; c’est lé moyen, dit saint iérre, défaire taire l’imprudence des hommes igno= rans. L. Petr.2. Si vous craignez les discours du monde, « dit le Sage , vous succomberez : Quitimet ne , citd corruel. Prov. 29. Mais si vous craignez Dieu , : rien ne sera capable de vous ébranler + Qui timet Dominum, nihil trepidabit. Beck. 34,

IL. Les jugemens et les discours du monde sont iñévitables. Quoi que vous fassiez, vous serez désapprouvé de quelques-uns, et peut-être du grand nombre. Fussiez-vous le plus irréprochable , le plus saint des hommes , vous ur contradicteurs. Plus vous ferez votre devoir, plus la malignité s’élèverà contre ous; loin de vous émouvoir, vous devez vous y attendre. On a parlé contre Jesus-Chmst; oma raillé sa conduite sainte 3 vous n’êtes pas meilleur que votre maître : Mon est discipulus super magistrum. kue:6, Vous devez donc vous soucier peu des jugemens di monde, C’est une grande faiblesse ; dit saint Martun de Brague, de craindre ce qu'on ne peut éviter et ce qui ne peut mire.

HI. Les jagemens du monde sont. inconstans. Les hommes changent presque à tout moment ; ils vous ap-

rouvenñt aujourd'hui, demainils vousdésapprouveront. eur amitié et leur aversion, leur estime et leur. indifférence ; ont leur alternative. La mémebouche

le chaudet le froid. Celui qui vous flatte aujourd’hui, demain vous flétrira. C’est donc une faiblesse de vous metire en peine de ce qu’on dit de vous.

IV. Enfin les jugemens des hommes sont souvent trompeurs et mal fondés. Combien de personnes vertucuses qu’on décrie, qui passent dans l'esprit d’un certain monde pour des gens méprisables, tandis que des scélérats sont hongrés ! Combien d'hommes savans et zélés passent chez quelques-uns pour des imprudens et de petits génies ! Combien d’étourdis, de babillards on mn vassent chez les autres pour de beaux esprits £

ombien de femmes appliquées à sanctifier leurs familles, qu'on blâme et qu’on censure , tandis que des coquettes et des mondaines sont applaudies et préconisées ! Jugez de là du peu d'estime qu’on doit faire des discours du monde, et combien il y a de faiblesse à les craindre.

Faites donc peu de cas du mépris des hommes et de leur approbation, et vous jouirez d’une paix inaltérable. Laissez-les penser, raisonner, murmurer. Si votre conscience est pure , que vous peuvent-ils ? Pew m'importe , disait saint Paul, ce que vous pensiez de mOi ; ma conscience ne me reproche rien, c’est Dieu seul qui doit me juger : Mihi autem pro minimo est ut à vobis judicer… Nihil miki conscius sum... Qui autem judieat me, Dominus.est. 1. Cor. 4.

Concluons que le respect du monde ne doit pas être le mobile de nos actions, mais Dieu seul. Edifions le

ublic, ne scandalisons personne, craignons Dieu , et Pr à dire. Nous n’aurons jamais ni repos ni sainteté, si nous nous arrêtons à ce que le monde dira de nous, et si nous voulons régler notre conduite sur ses maximes et sur ses sentimens.

RÉSOLUTIONS

1. Je profiterai des jugemens des hommes à mon égard, quand ils reprendront en moi un mal réel; alors je travaillerai à me cor-

riger de ce défaut, de ce vice.

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