‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 48 sur 186 · CHAPITRE XXXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIIL

Ilest dangereux pour le salut d'étre riche.

Nous allons montrer les dangers des richesses, et l'usage qu'on doit faire des richesses et de la pauvreté. Re FOR

I. OL! quil est difficile à ceux qui aiment l’argent d'entrer dans le ciel! dit Jésus-Christs 20 ést plus facile de fire pusser uñ chameaupar le trou d'une aiguille, qu'un riclie par la porte du ciel. Pourquoi ? parce qu’il est diflicile d’être riche sans aimer les richesses. Gr, dès qu’on les aiméet qu'on s'y attache, elles font oublier ce qu’on doit à Dieu , ce qu'on doit à soi-même, ce qu’on doit aux autres: 1.0 Ce qu'on doit à Dieu. Est-on riche, dit le prophète Osce, on a trouvé son idole et son Dieu: Dives effectus sum, invent idolum mil. Os 12: Il y a cette différence entre l'idolâtre et le riche, que Pidolâtre adore l’or en statue, et que le riche l'adore en monnaie et en fonds. En effet, loin de sacrifier à Dicu son temps, il le sacrifie à tous ses biens; ne pense” qu’à ses revenus et à ses pertes. Oubliant que Dieu est l’auteur de tout bien, il n’a point de confiance en sa providence, et craint toujours de manquer. De là les emportemens quand il perd ou qu'on li fait! tort, les murmures et les chagrins quand les saisons sont fâcheuses.

Saint Paul dit que la cupidité , l'amour des richesses

a fait perdre la foi à plusieurs : £rraverunt à fide. C’est en vain qu'un pasteur annonce au riche les vérités de la foi et Pobligation de donner de bons exemples. Lé son d'un écu ; dit saint Ambroïse, fait bien plus d'impression sur son cœur que le son de la parole de Dieu: Pourquoi les Pharisiens se moquaient-ils de la doétrine de Jésus-Christ ? C’est parce qu’ils étaient avarés ; attachés aux richesses. !

On se croit dispensé d’obéir aux lois de Dieu et de PEglise aussitôt qu’on a du bien. La Religion n’a point ordmairement de plus grands ennemis que certains riches. Tout ce qu’on donne pour le culte de Dicu, pour l’entrétien des prêtres du Seigneur, pour la décoration du lieu saint, pour les établissemens de picté, ur l'instruction des ames Leur semble perdu. Ut quid perditio hæc P disait l’avare Judas. Il n’est donc rien D ses inique que d'aimer l'argent, dit le Sage : Nihil est iniquius quäm amare pecuniam. Eccle-

siast. 10.

2.0 Un homme attaché à un objet oublie tout le reste. Un riche attaché à ses biens oublie tout, jusw’à oublier ce qu’il doit à lui-même et à sa famille. es revenus ; ses fonds, ses animaux , lui tiennent bien plus à cœur que son salut, que l'éducation de ses enfans, de ses domestiques. S'il donne quelque attention à sa famille, il a bien plus d'empressement à l’enrichir qu’à Ja sanctifiér: Deux grands abus se trouvent ordinairement dans les richesses : c’est l’acquisition des biens, et l'emploi qu’on en fait. Les chemins qu’on prend pour arriver à la fortune sont comme ces chemins écartés où l’on met un signal pour avertir les passans : Zei un homme a été volé , là un autre «à été blessé , un autre assassiné : prenez garde à vous.

Si ceux qui veulent acquérir du bien écoutaient le signal de leur conscience, elle leur dirait: Prends “garde à toi: La route que tu tiens en a fait damner

plusieurs; les uns par la rapine, par l’usurpation des “fonds, lanticipation sur les voisins, la degradation “des forêts; les autres par les procès, par la chicane “et ja mauvaise foi ; d’autres par l'usure, par les con-

ar : PENSÉES SUR LES VÉRITÉS

cussions ; par l’exaction de certains droits, ete. Mais on veut être riche, la cupidité étouffe la voix de la conscience. |

Ce n’est pas tout : quel usage fait-on des grandes richesses ? N’en voit-on pas qui craignent même d’y toucher, qui refusent à leur Le le nécessaire , -à leurs enfans l’établissement, aux domestiques lesalaire, à eux-mêmes la subsistance, etserendentunobjet d’exccration à leur famille et à leurs voisins ? ‘

Il y a des riches et des hommes puissans qui emploient saintement leurs richesses et leur crédit, parce qu’ils ont la crainte de Dieu; mais ceux qui n’ont pas celte crainte du Seigneur semblent n'être riches que pour réunir en eux tous les vices. 1. La vanité; par des dépenses fastueuses en luxe, en jeux, en repas somptueux; grand train, grand nombre de do mestiques vicieux et fainéans. 2. L’ambition; jamais contens de leur état, ils se servent des moyens les plus odieux ; et de leur crédit, pour supplanter , pour s’élever. 3. La volupté ; leur corps, nourri dans fa mollesse “ est un cloaque d’impuretés. Combien de personnes du sexe séduites par l'argent, par les présens , par la vio-

lence ! Leur maison , sans règle, est peut-être lasource

et la pépinière des désordres d’une paroisse et du voi-

sinage. 4. L'impicté; par les discours qu'ils tiennent contre Ja Religion, par le mépris qu’ils font des sacremens et des mystères de Dieu ; par Îles livres pernicieux u’ils se procurent et qu’ils répandent; par les scan- 4 qu'ils souffrent et qu’ils autorisent, etc. Ils se persuadent que tout leur est permis, parce qu’on les flatte et qu’on n'ose les contredire; ils se. croient

sans reproche, parce que personne, pas. même Jess

pasteurs de l'Eglise, n’osent les reprendre. Oh ! dans quels abîmes les richesses n’entraînent-elles pas ceux qui n’en usent pas selon Dieu |

3. Si les richesses font oublier ce qu’on doit à soimême et à sa conscience, elles font encore plus oublier ce qu’on doit à autrui. Un riche puissant, qui n’a pas la crainte de Dieu , ne pense qu’à dominer ; il se persuade que les autres ne sont que pour lui, Plein d’orgucil , il veut s'égaler à ceux qui lui sont

res

Br. DELARELIGION à VE Æupérieurs en naissance : c’est un insensé à qui la fortune a tourné la tête, qui ne se souvient plus de ce qu’ilest. Rempli de lui-même, il n’a que del’indifférence our ses égaux , et du mépris pour ceux qu’il croit aussous de lui ; il ne prend pas garde qu’il méprise des gens qui; quoique moins riches , valent mieux que lui. On dirait qu’il n’est riche que pour se rendre lui-même plus méprisable et se faire haïr.

Le pauvre et le créancier lui sont un objet d’horreurz iln’a pour le misérable et le débiteur que des entrailles de fer. Par qui les pauvres sont-ils rebutés et surchar= ges ? n'est-ce pas ordinairement par les riches ? Qu’est. ce qui fait la sd de certains riches ? l’usurpation des biens du pauvre. De quoi sont bâties leurs maisons superbes ? de quoi sont-elles meublées ? des sueurs et du sang des pauvres, dit Jérémie : In atrüs tuis inventus est sanguis animarum pauperum. Jér. 2. Doit-on s'étonner si Jésus-Christ a donné sa malédiction aux riches , et si l’Ecriture parle si hautement des malheurs qui les attendent à leur dernière heure ? Le riche mourut, dit l'Evangile, et ilfut enseveli dans l'enfer. Voilà le panégyrique que le Saint-Esprit fait d’un riche après sa mort. k

IL: Dieu ne condamne cependant pas les richesses, mais le cœur qui s’y attache, dit saint Augustin : Von divitius damnat , sed cor appositum damnat. Sa- Jomon à été riche , et pour cela il n’était pas coupable. Abraham , Job, saint Louis ont été riches, mais ils se sont sanctifiés dans leurs richesses.

Un riche qui veut se sauver doit , selon l’avis de l’apôtre saint Jacques , regarder ses richesses comme des Sujets de larmes, et pousser des gémissemens sur leg malheurs dontil est menacé : Agite nunc, divites; plorate, ululantes in miseriis vestris quæ advenient vobis. Il devrait rougir d’avoir si peu de conformité avec Jésus-Christ, qui, quoique maître du monde, n'avait pas même où reposer sa tête.

Tout ce qui peut consoler un riche, c’est qu'il peut protéger le pauvre, l’assister, le secourir , et racheter ses péchés par d’abondantes aumônes. Pour en venir à la pratique, contentez-vous des richesses ” le Sei-

98 PENSÉÉS SUR LES VÉRITÉS gheur vous envoie pär là succession de vos pères or par un travail légitime; possédez-lés S4ns âttachié ; sérvez-vous eh avec modération ; pa ävec libéralité; perdez-les ävec générosité et sans chagrin ; & ue danger de daïtiitation vous eh ferez tn moÿen de salut. + ie

HIT. La pauvreté n’a pas le danger des richesses elle est un moyen de salüt quand on la souffre avec pà tictice et qu’on met sa confiance en Dieu. Me Crais gnez rien ; oh fils , disait Tobie , nous sommes pa vres } nüis hous Aurons loujours aÿéez de biens clri8us serons toujours coûtens $t ñicuà Gvons l@ érainté de Dieu.

La pauvreté ne laisse pas d’avoir 8es écueils; elle devient un danger de dammation à celui qüi n’a profite pas. Les pauvres ordinairenient ne $’6ecüipent et ne parlent que de leurs nécessités; Ieürs Confession ne sont souvent qu’ün récit enhuyeux et affecté de leurs. misères ; ils soht béaucoüp plus en peirie des maux du” corps que de ceux de l’ame , et penseñt bien plus à se tirer de l'indigerice qu’à se tirer de l’enfér: Impatiens, avides, murMurateurs, ingrats, ervieux, voleurs, fourbes, traîtres, menteurs , paresseux, ivrogtiés : VOilA, les désordres dans lesquels la pauvrèté entraine à homme sans vertu. O pauvres ! que vots êtes aveugles de perdre la confiance en Dieu qui voit vos peinies ! Ques vous êtes irisensés, d'un moyen de salüt, d'en fre un datigér de dämuation !

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a. Si j'ai du bien, je donnerai môn siperflti aux pauvres.

2. Si je suis pauvre, je supporterai cétté positiôf dVeé patierieé,. résignation, sans envie et sans murmure. ‘

3. Je regarderai les richesses comme un moyen de faire le bienÿ. et comme pleines de dangers pour Je salut. D __ Mon Dieu, aidez-moi à faire un saint usage dé la sitüätion où, votre providence m’a placé par rapport aux biens passagers de ce monde.

DE LA RELIGION, 93 minimum CHAPITRE XXXIX.

Cômbien l'injustice est commune.

Les riches et les puissans du siècle disent tous qu’ils ne font tort à personne. Le peuple et les pauvres allèguent des excuses. Ceux-là Fe que, parmi le euple ; la plupart sont des voleurs ; et ceux-ci prétendent que les plus grands voleurs sont parmi les püissans et les riches : e’est à chacun de sonder sa conscience. Comme la vérité ne fait acception de peronne ; nous allons examiner l’un et l’autre.

I. Combien de gens vont la tête levée et se croïent innocens parce qu'on me sait pas leur fourberie ou qu’on n’ose les reprendre ! Tel aujourd’hui passé pour un honnête homme, qui devant Dieu est un grand larron. Pour couvrir sa mauvaise foi , il crie lui-même le premier à l'injustice et accuse les autres de friponnerie. Dès qu’un homme puissant aime l’intérêt, il se croit tout permis ; s’il ne prend pas de vive force le bien et. les droits d’autrui , 1l sait par la chicane et par la surprise en venir à bout. On ne fait pas toujours mourir le pauvre Naboth, mais on n’en prend pas moins sa vigne.

. On n’o$e souvent ni se plaindre ni demander justice. Un seigneur doit être le père et le protecteur de ses sujets ; mais ce qu’il exige d’eux est-il toujours légitime P Se-sert-il de son crédit et de ses biens pour les soutenir et les aïder ? Les grands se servent-ils de leur autorité pour secourir le pauvre peuple ? Riches, grands ‘du monde, puissans de la terre, que vous serez sévèrement jugés sur l'acquisition de vos biens , sur l’exaction de vos droits , sur l’usage que vous faites de votre autorité ! Judicium durissimrem his qui præsunt fiet. Sap. 6.

n La justice est ouverte à tous; mais comment en sortent ceux qui sont sans appui ? Sa balance ne penchet-elle jamais du côté de l'argent ou d- la faveur ? La chicane n’a-t-elle point d’accès au barreau ? L’ignorance et la prévention ne montent - elles jamæs sur

> ne | 2.

Ven V7

100 PENSÉESISUR LES VÉRITÉS les tribunaux ? Jugemens de Dieu, .que vous dévoiles| reaun jour de mystères ! |

Les puissans qui oppriment les autres , destriches:q profitent de tout pour amasser , sont desfléaux de Dieus Îls sont comme des verges dont le Tout-Puissant”s sert pour pumix les peuples et éprouver sestélus; mais! ces verges seront jetces au feu après avoiriservi aux ve geances divines,

IL. Le peuple et les pauvres exeusentleurs larci et leurs friponneries sur la nécessité. Ne vaudrait-ilpa mieux lesimputer à leur fainéantise et à leurs débauches ? Sans prévoyance, sans économie , ils dépensent quels quefois dans une semaine ce qui les nourrirait penda un mois. Paresseux , allez à la fourmi; apprenez d'elle à travailler. Qui sait employer le temps, gagne tou jours de quoi vivre. Quiconque ne veut pas travusiller, dit saint Paul , ne mérite pas de manger.

Combien de gens, sous prétexte qu’ils sont pauvres; ne vivent que de rapines et de larcins , ne nourrissent leur famille et leur bétail que des dépouilles d'autrui 4: Que d'ouvriers, de domestiques, d'artisans qui ne travaillent que servilement, cachent artificieusemen leurs friponneries , et dont les ouvrages trompeurs font connaître la mauvaise foi !

On voit aujourd’hui ce que le Prophète a prédit ; que le mensonge et le larcin ont inondéla terre.

‘Tel rougirait de voler sur les grands chemins, qui nes rougit point de le faire en secret, de tirerintérêt du pur prêt, de faire le monopole, de frauder dans un par" tage, de mentir dans une vente, de faire revivre ouM d’acheter des actions injustes, cteintes ou prescrites.\ Que de bornes transposces ! que de forêts impunément | dégradces ! que de revenus publics et de revenus de“ fabrique dissipés, que de comptes refusés L'que de par-M jures en justice ! que de procès entortillés dans la chi= cane ! que de transactions forcées ! que d'impôts in justement répartis ! que de titres retenus et caches # que de vols recélés ! a

Ne voit-on pas des pères frauder la légitime de leurs" cnfans par des contrats ou des testamens-sans règles" des mères et des enfans voler leur familles des maris”

DÉLARELCUR : +07 retuber. À Jeur femme un assurance de Ja @ot, etles orcer à des donations ou à des dettes indiscrètes ; des maîtres cruels refuser le salaire et une suffisante nourriture à des ouvriers, à des domestiques qu’ils accablent de travaux; des sujets éluder avec malice les droits légitimes ? Mendacium.. et furtum inundaverunt… propter quod lugebit terra. Os. 4.0 que l'attachement aux biens, l'injustice et le mauvaise foi ont fait périr d’ames !

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