‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 82 sur 186 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

De l'humilité.

1. Peu de gens réfléchissent sur la nécessité de cette vertu, et peu de gens la pratiquent : vertu néanmoins

si nécessaire, que sans elle on ne se sauve point. Ælle est, selon saint Bernard, /e fondement et la gardienne de toutes les vertus. Si elle ne les précède, dit saint Augustin » “telle ne les accompagne, si elle ne les suit, l'orgueil les emporte. Vertu si essentielle, que le Fils de Dieu est descendu du ciel pour l’enseigner aux hommes : Apprenez de moi, dit-il, non à faire des miracles , maïs apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. fe HU Voilà la première lecon de ce grand maître. Il en a donné lui-même l'exemple; 4 s’est aréanti jusqu’à prendre la forme d’esclave ; il s’est confondu parmi Le pécheurs et les ignorans. Quoiqu'il fût La lumière du monde et le Saint des saints, il n’a jamais eu de complaisance en lui-même : Christus non sibiplacuit. la passé sa vie dans l'obscurité, et n’a paru en public que pour réparer par ses humiliations la gloire de son Père, que l’orgueil de l’homme avait flétrie H a choisi pour sa mère la plus pure des vierges ; mai, elle n’auraït jamais été mc cet honneur, si elle n'avait pas été la plus humble dès créatures ; et Jésus- Christ aurait mieux aimé avoir pour mère une femme du commun, que de naître d’une vicrge superbe. O humilité d’un Dieu, que tu confonds notre orgueil ! Il en est de Phumilité comme de {a foi ; sans elle on ne peut plaire à Dieu, ni entrer dans le ciel, Non, dit Jésus-Christ, si vous ne devenez commerde petits enfans, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Voyez l'humilité d’un enfant ; il ne s’estime pas plus que les autres :ses petits talens, la noblesse, les richesses, ne lui enflent point le Cœur ; il ne se vante point ; si on le loue, il en rougit, 1l sent son ignorance ct sa faiblesse : aimant À s’instruire, il ne raisonne et ne chicane point sur ce qu'on lui dit; simple, soumis vu reconnaît ses fautes, et souffre qu’on le reprenne. Un enfant est sincère, il n’est ni défiant ni soupconneux ; sans ressenliment, sans prévention, il ne parle mal de ersonne, et respecte chacun. Voilà le modèle que le fit de Dieu nous propose. Ce sont les ames simples et dovilesavecdesquelles il aime à s’entretenir : Cam sim vlicibus sermocinglio qjus ( Prov, à ): tudis qu'il

2 AR VERTE Eu

: fi DE LA RELIGION. 183 résiste"aux superbes, leur refuse ses grâces, les abat comme des arbres morts et infructueux. Les pluies et les roséesime s'arrêtent pas sur les hauteurs, mais dans laptofondeur des vallées : ainsi les grâces du Ciel ne s’arrétent point dans les cœurs superbes, mais dans les cœurs-profondément humbles : Emittis fontes in Ad n'est personne qui n’aimé l'humilité dans Îes autrés, mais ilen est peu qui la pratiquent. Pour s’attirerd’estime , la bienveillance du monde, on sait cacher son ignorance , déguiser ou excuser des défauts qu’on a, pour faire paraître des talens et des vertus qu’on n’apas. On n’ose pas toujours se vanter, Mais on mendie des suanges en se blâmant soi-même, dans la vue d’être excusé-ou applaudi, Orgueil hypocrite !

Cachez vos défauts avec prudence, vous le devez, Jhumilité ne consiste pas à les faire paraître. Cachezles, non pas pour être estimé, mais afin de ne pas scandaliser. L’humilité ne consiste pas aussi à cacher toutes ses vertus etses talens. Qu'on voie vos bonnes œuvres, dit Jésus-Christ, qu’on sache que vous vivez chrétiennement, que vous employez slement vos talens et vos biens ,mon pas afin qu’on vous loue, mais afin qu'on Éd te votre Père céleste.

Celui qui est vraiment humble reconnaît que tout ce qu'il a de talens et de richesses vient de Dieu. Il reconnaît aussi de bonne foi ce qu’il y a de défectueux ét'de mauvais en lui-même ; il en gémit , il souffre qu’on Vavertisse et qu’on le reprenne ; il ne souffre qu'avec peine qu'on l'estime ou qu’on le loue : mblEte à un inalade qui reconnaît qu’il est malade , et ne peut souffie qu'on dise qu’il est en.sanié ; et de même qu'un dise dit toüjours son mal plus grand, et prend même

laisir à l'entendré dire : aussi l’homme parfaitement iumble se fait un plaisir d'entendre ce qui l’humilie.

Cestune chose étrange, qu'il ne soit personne qui cragne plus le mépris que celui qui en est le plus digne, et que les plus vicieux, les plus décriés ne veuillent point être repris, et soient Îes plus délicats sur le point d'honneur. Un vrai chrétien a des sentimens bien diltérens ; il ne craint point la confusion,

et ne croit jamais qu’on lui fait tort ; parce qu’ croit mériter plus de LA qu’on ne lui en fait et qu’on ne lui en dit : c’est ie be chacun est plein d’estime pour lui, parce qu'il a de l'estime pour tous, excepté pour lui - même.

IT. La vraie humilité est fondée sur la connaissance de Dieu, et sur la connaissance de soi-même. Voilà Ja science des saints sur la terre, science la plus importante. De quoi sert la connaissance du mouvement des astres et des secrets de la nature, si l’on se méconnaît soi-même, si l’on ignore ce que l’on est devant Dieu, et ce que l’on a mérité P

Quand on connaît les grandeurs et la saintetéde Dieu, et qu’on connaît sa propre bassesse et les misères de son ame, oh ! qu’on se voit misérable, et qu’on comprend combien on est peu de chose ! l'estime et le mépris des hommes ne touche plus une ame qui est ainsi pénétrée de sa bassesse et de son néant; c’est alors qu'on est véritablement grand devant Dieu. Voyez Jhumble publicain :loin de s’applaudir comme le pharisien, le poids de ses crimes l’accable de confusion ; il s’accuse, il se fait des reproches, il s’humilie, et Dieu l'élève, lui accorde sa miséricorde , tandis que l’orgucilleux pharisien est rejeté de Dieu.

RÉSOLUTIONS

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