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SCÈNE VI Les MÊMES, moins MOUSQUET

LE DocTEur. — Vous ne m'accusez plus maintenant de vous avoir « roulé » ?

Knock. —- J'intention y était bien, mon cher confrère.

LE DoctTEuRr.— Vous ne nierez pas que ed ai cécé le poste, et le poste valait quelque chose.

KxoCcKk. — Oh! vous auriez pu rester. Nous nous serions à peine gênés l’un d'autre M. Mousquet vous à varlé de nos premiers résultats ?

LE DOCTEUR. — On m'en a parlé,

KNOCK, jouillant dans son portefeuille. — À titre tout à fait confidentiel, Je puis vous communiquer quelques-uns de mes graphiques.

Vous les rattacherez sans peine à notre conversation d'il y a trois mois. Les consultations d'abord. Cette courbe: exprime les chiffres hebdomadaires. Nous partons de votre chiffre à vous, que j “ignorais, mais que j'ai fixé ne mativement à 5. -.

LE Docteur. — Cinq cons eo par semaine ? Dites le double hardiment, mon cher confrère.

Knock. — Soit. Voici ines chiffres à moi.

Bien entendu, je ne compte pas les consultations gratuites du lundi. Mi-octobre, 37. Fin octobre : go. Fin nevembre 128. Fin dé-.

cembre : je n'ai pas encore fait le relevé, mais nous dépassons 150. D'ailleurs, faute de temps, je dois désormais sacrifier la courbe des consultations à celle des traitements. Par elle-même, lacopsultation ne m'intéresse qu’à demi: c’est un art un peu rudimentaire, une sorte de pêche au filet. Mais le traitement, c'est de la pisciculture.

LE DocTEUR. -—— Pardonnez-moi, mon cher confrère : vos chiffres sont rigoureusement exacts ?

Kxock. — Rigoureusement.

LE DocrEeur. — En une semaine, il a pu se trouver dans le canton de Saint-Maurice, cent cinquante personnes qui se soient dérangées de chez elles pour venir faire queue, en payant, à la porte du médecin ? On ne les y a

pas amenées de force, ni par une contrainte

quelconque ?

KNnock. — Il n’y à fallu ni les gendarmes, ni la troupe.

LE DocTEur. — C'est inexplicable.

Kwnock. — Passons à la courbe des traitements. Début d'octobre, c’est Ia situation que vous me laissiez : malades en traitement régulier à domicile : o, n'est-ce pas ? (Parpalaid esquisse une protestation molle.) Fin octobre :32..

Ein embro : 121. Fin décembre …

chiffre se tiendra entre 245 €t 250.

LE DocrEur. — J'ai l'impression que vous abusez de ma crédulité.

Kxock. — Moi, je re trouve pas cela énorme, N'oubliez pas que le canton comprend 2. 853

foyers, et là-dessus 1.502 revenus réels, qui dépassent 12.000 francs.

LE DocTEUR. — Quelle est cette histoire de revenus ?

KNOCK, sl se dirige vers le lavabo. — Vous ne pouvez tout de même pas imposer la charge d’un malade en permanence à une famille dont le revenu n’atteint pas douze mille francs. Ce serait abusif. Et pour les autres non plus, l’on ne saurait prévoir un régime uniforme. J'ai quatre échelons de traitements. Le plus modeste, pour les revenus de douze à vingt mille, ne comporte qu’une visite par semaine, et cinquante francs environ de frais pharmaceutiques par mois. Au sommet, le traitement de luxe, pour revenus supérieurs à cinquante mille francs, entraîne un minimum de quatre visites par semaine, et de trois cents francs par mois de frais divers : rayons X, radium, mas-

notre

Sages électriques, analyses, médication coufante, etc...

LE Docteur. — Mais comment connaissez-

vous les revenus de vos clients ?

KNOCK, 1] commence un lavage de mains minulieux. — Pas par les agents du fisc, croyez-le. Et tant mieux pour moi. Alors que je dénombre 1.502 revenus supérieurs à 12.000 francs le contrôleur de l'impôt en compte 17. Le plus gros revenu de sa liste est de 20.000, Le plus gros de la mienne, de 120.000. Nous ne concordons jamais. Il faut réfléchir que lui travaille pour l'Etat.

LE DocTEUR. — Vos informations, à vous, d’où viennent-elles ?

KNOCK, souriant. — De bien des sources.

C’est un très gros travail. Presque tout mon mois d'octobre y a passé, et je révise constamment. Regardez ceci : c’est joli, n'est-ce pas ?

LE DocTEUR. — On dirait une carte du can-!

ton. Maïs que signifient tous ces points rouges ?

KNocx. — C'est la carte de la pénétration médicale. Chaque point rouge indique l’emplacement d'un malade régulier. Il y a un mois, vous auriez vu ici une énorme tache grise la tache de Chabrières.

LE Docreur. — Plaît-il ?

KNOCK. — Oui, du nom du hameau qui en formait le centre. Mon effort des dernières semaines à porté principalement là-dessus.

Aujourd’hui, la tache n’a pas disparu, mais elle est morcelée. N'est-ce pas ? On la remarque à peine. (Silence.)

Lr DocTEUR. — Même si je voulais vous cacher mon ahurissement, mon cher confrère, je n'y parviendrais pas. Je ne puis guère douter de vos résultats : ils me sont confirmés de plusieurs côtés. Vous êtes un homme étonnant. D’autres que moi se retiendraient peut-

Ge

“LE DocTEUR

KNOCK OÙ LE TRIOMPHE DE LA MÉDECINE a

: peuplé de quelques milliers d individus neutl ! indéterminés. Mon rôle, c’est de les déterm:

être de vous le dire : me le penseraient alors, ils ne seraient pas des médecins. À me permettez-vous de me poser une ques tout haut ?

KNOCK. —— Je vous en prie.

LE DocTEUR. — Si je possédais ie thode, si je l'avais bien en mains comme vou! s’il ne me restait qu'à la pratiquer.

je — Oui.

pas à un ro (Silence) es -mo Knock. — Mais c'est à vous de répond ‘il me semble. à LE DocTEUR. — Remarquez que je ne trar | rien, Je soulève un point ne cat. (Szlence.) LS KNOCK. — Je voudrais vous compre micux. > Le DocTEUR. — Vous àllee dire que je d dans le rigorisme, que je coupe les che en quatre. Mais, est-ce que, ons votre méth

donné à l'intérêt du médecin ?

KKOCK. — Docteur Parpalaid, vous qu'il y à un intérêt supérieur à ces deux-k LE DocTEUR.-—— Lequel?

Kxock. —- Celui de la médecine. C'est le dont je me préoccupe. É (Silence. Parpalaid médite.) LE DocTEUR. — Oui, oui, oui.

À partir de ce moment et jusqu'à la fn pièce, l'éclairage de la scène prend peu. à pe: cayactères de la Lumière Médicale qui, com le sait, est plus riche en ravons verts cl violel la simple Lumière Terrestre il T KNnock. — Vous me donnez un can

de les amener à l'existence médicale. Je mets au lit, et je regarde ce qui va pouvoil sortir : un tuberculeux, un névropatbhe, un:

rio-scléreux, ce au’on voudra, mais quelqt bon Dieu! quelqu'un! Rien ne ma comme cet être ni chair ni poisson que:

appelez un homme bien portant. Fi —- Vous ne pouvez CLEA pas mettre tout un cantén au lit !

KNocx, tandis qu'il s'essuie les mai £ Cela se discuterait. Car j'ai connu, moi, cinq, sonnes de la même famille, malades tou la fois, au lit toutes à la fois, et qui se débnt laient fort bien. Votre objection me fait.

à ces fameux économistes qui Drétenci 3 qu’une grande guerre moderne ne pourrait durer plus de six semaines. La vérité, c'es nous Mmanquons tous d’audace, que personne même moi, n’osera aller jusqu'au bout et toute une population au lit, pour voir voir ! Mais soit ! je vous accorderai qu des gens bien portants, ne serait- ce que soigner les autres, ou former, à l'arrièr malades en APR une eee se is

nuit m'en débarrasse, m'en dérobe l'agace-

de. firmament dont je suis le créateur continuel, Et je ne vous parle pas des cloches. Songez que,

RAÏ l'lé colosse ? Celui qui rappeler mes prescriptions ; qu'elles sont la de porter sa belle-mère à bras tendus ? voix de mes ordonnances. Songez que, dans ee Oui. II m'a défié près de trois quelques instants, il va sonner dix heures, que pour tous mes malades. dix heures, © c'est =. la deuxième prise de température rectale, Cr A

population. LE DoctTEUR, ur saisissant le bras avec LE DOCTEUR. — pi subsiste pourtant une émotion. — Mon cher confrère, j'ai quelque ieuse difficulté. chose à vous proposer.

KNOCK. — Diouee to. Kxock. — Quoi ? 4 | DocTEUrR. — Vous ne pensez qu’à Ja Lx DocTÉUrR. —- Un homme comme vous ine.. Mais le reste ? Ne craignez-vous pas n’est pas à sa plate dans un chef-lieu de can- ER : ua de vos fée ton. [Il vous faut une grande ville.

KNOCK, — Es l'aurai, tôt ou tard. :

LE DoctEUuRr. —- Attention. Vous êtes jeste » à l'apogée de vos forces. Dans quelques années, ock. — “Ça - ne me e regarde pas. Mori je elles A a cn tden. Croyez-en mon expérience. 1e . Knock, — Alors ?

op est vrai que lorsqu’ il Le Docreur. — Alors, vous ne devriez pas”

ist Hé: sa ne de chemin de fer, l’ ingénieur attendre. demande pas ce qu ‘en pense le médecin KNOCK, — Vos avez une situation à m'in-

diquer ? : :

1< Noc &, — Parbieu ! (I remonte vers le fond IE DocTEUR. — La mienne. Je vous la donne. | Ie . cb $ Fi d'une pt } Hoas Je ne puis pas mieux vous prouver mon SR, ] tion, :

KNOCK. —— Oui. Et vous, qu'est-ce

de billard, jadis, vous n'avez 2 pu noue que vous deviendrez ?

les bornes canton. ee de de nouveau de Saint-Maurice. KNOCK, — Oui:

quelques milliers de francs que vous me devez, ies ne de D. us que nous je vous en fais cadeau. enfilade. Mais vous n'avez dû saisir KNOCK. --- Oui... Au fond, vous n'êtes pas | dont vous êtes si bète qu’on veut bien le dire.

LE Docrrür. — Comment cela ?

.KNoCk. —— Vous produisez peu, mais vous savez acheter et vendre. Ce sont les qualités du commerçant,

LE DocTEUR. — Je vous assure que...

KNOCK, — Vous êtes même, en } espèce, assez à 5 Don psychologue. Vous devinez que je ne tiens te terroir se passait insolemment de moi plus à l'argent dès l'instant que j’en gagne beaues pareils. Mais maintenant, j'ai autant coup: et que la pénétration médicale d’un ou à me trouver ici qu à son ‘clavier l'orga- deux quartiers de Lyon m'aurait vite fait ou--

RAS des grandes orgues. Dans deux cent cin- blier mes graphiques de Saint-Maurice. Oh!

u par Le + souterrain de notre art. La : fois me 1e me suis planté i E au pires

oyions toutes à cause de l'éloignement et à me jeter sur la première occasion venue! Mages — il y à deux cent cinquante

S OÙ qu elqu'un confesse la médecine, SCÉNLUII cen “cinquante lits où un. COPS étendu É d que Ja vie à un sens, et, grâceà moi, LEs Mômes, MOUSQUET

cHoAl, La nuit, c'est encore plus beau,

es lumières. Et presque toutes les (Mousquet traverse discrètement la salle pour

. t à moi. Les non-malades dorment gagner la sue. Knock l'arrête.) à

Sté ëêbres. Ils sont supprimés, Mais les KNock. —- Approchez- vous, cher atmi. Saon gardé leur HOCRSe ou leur lampe. vez-vous ce que me propose le docteur Parpa-

Tout Ce qui reste en marge de la bleue nn

ment et le défi. Le canton fait place à une sorte

: . . ni Raffalens. î pour tout ce monde, leur premier office est de

Ke 7: Il + au …. Ses vantardises que, dans quelques instants, deux cent ciniÇaient a affaiblir Eu médical de quante thermomètres vont pénétrer à la fois...

ndre garde. Tout là-bas, le mont Aligre LE DOCTEUR. — Moi? Je me contenterais

LE Docreur. -— Et je vais plus loin. Les

e ces maisons — il s’en faut que nous je n'ai pas l'intention de vieillir ici. Mais delà

Ÿ M So er

PAT JR

KNOCK OU LE

laid ?... Un échange de postes. J'irais . FCIN-

placer à Lyon. li reviendrait iei.

MouseurT. — C'est une plaisanterte.

. Kxocx. -—-— Pas du tout. Une offre très sérieuse.

MOUSQUET. — Les bras m'en, toinbent..….

Mais, naturellement, vous refusez ?

LE DOcrEuRr. — Pourquoi le docteur Knock refuserait-il ?

MousqQuEer, à Parpalaid. — Parce que, quand, en échange d’un hammerless de deux mile francs, en leur offre un pistolet à air comprimé « eu-

réka », les gens qui ne sont pas fous ont l’habt

tude de refuser. Vous pourriez aussi proposer au docteur un troc d'automobiles.

LE DocTEur. — Je vous prie de croire que

je possède à Lyon une clientèle de premier ordre. J'ai succédé au docteur Merlu, qui avait une grosse réputation.

MousQUET. —- Oui, mais il y à trois mois de ça. En trois mois, on fait du chemin, Et encor® plus à la descente qu'à la montée. (4 : Knoch.) D'abord, mon cher docteur, la population de Saint-Maurice n’acceptera jamais,

LE DoCcTEUR. — Qu'a-t-elle à voir R-dedans ?

Nous ne lui demanderons pas son avis.

MousQuET. —- Elle vous le donnera. Je ne vous dis pas qu'elle fera des barricades. Ce n'est pas la mode du pays et nous manquons de pavés. Mais elle pourrait vous remettre sur la route de Lyon. (17 aperçoit Mme Rémy.) D'ailleurs, vous ailez en juger.

(Entre Mme Rémy, porlant des assiettes.)

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