KNOCK, LE PHARMACIEN MOUSQUET
KNock. — Asseyez-vous, cher Mons eur Mousquet. Hier, j'ai eu à peine le te i jeter un coup d'œil sur l'intérieur de pharmacie. Mais 4 n'en faut pas davautage pour constater l'excellence de votre tale tion, l’ordre méticuleux qui y règne et le mo-
-dernisme du moindre détail,
MousQuET, fenus très simble, presque négiigée. — Docteur, vous êtes trop indulgent !
KNnoek. — C’est une chose qui me tient au cœur. Pour moi, le médecin qui ne peut pas s'appuyer sur un pharmacien de premier ordre est un général qui va à la bataille sans artillerie. MousqQuET. — Je suis heureux de voir que vous appréciez l” importance de la profession. Kxocx.— Et moi de me dire qu’une organisation comme la vôtre trouve certainement sa récompense, et que vous Vous faites bien dans l’année un minimum de vingt-cinq mille.
MousquEr, — De bénéfices ? Ah! mon Dieu ! Si je m'en faisais seulement la moitié !
Knock. — Cher. monsieur Mousquet, vous
avez en face de vous non point un agent du
fisc, mais un ami, et j'ose dire un collègue. MousouEer. — Docteur, je ne vous fais pas
l’injure de me méfier de vous. Je vous ai mal-
heureusement dit la vérité. {Une pause.) J'ai
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1 Sas % É & 6e : RAT a Rd KNOCK OÙ LE TRIOMPHE | DE LA MÉDECINE . de x
toutes les: ét du monde à dépasser les ge mille,
Knocx. — Savez-vous bien que c’est scandaleux ! (Mfousquet hausse tristement les épatles.)
Dans ma pensée, le chiffre de vingt-cinq mille
était un minimum... Vous n'avez pourtant pas de concurrent ?
MoOUSQUET. — Aucun, à près de su Beues
à la ronde. Kxocx. — Alors quoi ? des ennemis ?
MoUSQuET. — Je ne m'en connais pas.
KNOCK, baissant lu voix, — Jadis, vous n’auriez pas eu d'histoire fâcheuse... une distraction. cinqua nte grammes de laudanum en place d'huile de ricin 7... C'est si vite fait. - MousçquEer.
je vous prie de le croire, en vingt années d’exer- CIiCe.
KNocKk. -— Alors... alors... je répugne à oTmer d’autres hypothèses... Mon prédécesseu
aurait-il été au-dessous de sa tâche ?
Mousquert. — C'est une aftei ire de point de vue.
KNOCK. — Encore une Le cher monsieur Mousquet, nous sommes pes entre nous.
MousouxT. — Ee dhpteur Pa arpalaid est un.
PS
excellent homme. Nous aviors les metlloures io privées. Re us
Kxock. — Mais on ne ferait pas un gros volume avec le recueil de sex ordonnances ?
Mousquer. — Vous l'avez dit.
KNOCK. — Quand je ra :pproche tout ce que je sais de lui maintenant, j'en arrive à me demander s'il croyait en la médecine.
MousQuET. — Dans les débuts, je faisais loyalement mon possible. Dès que les gens se plaignaient à moi, et que cela me paraissait un peu grave, je les lui envovais. Bonsoir i Je ne les voyais plus revenir.
Kxocx. — Ce que vous me dites m'affecte plus que je ne voudrais. Nous avons, cher monsieur Mousquet, deux des plus beaux __ métiers qu'on connaisse, N'est-ce pas une honte
que de les faire peu à peu déchoir du haut degré de prospérité et de puissance où nos devanciers les avaient mis ? Le mot de sabotage me vient aux lèvres.
MousquEer. — Oui, certes. Toute question d'argent à part, il y a conscience à se laisser glisser ainsi au-dessous du ferblantier et de l'épicier. Je vous assure, docteur, que ma femme serait bien empêchée de se payer les chapeaux et les bas de soie que la femme du dimanche.
KNock. — |Taisez-vous, cher ami, vous me
faites mal, C'est comme si j’entendais dire que la femme d'un président de chambre en est réduite à laver le Enge de sa POAURERE pour avoir du pain.
- MousquEt. — Si Mme Mousquet éta vos paroles lui iraient à l’âme.
KNoCx. —- Dans un canton comme celui-ci,
it là,
suffire à la besogne.-
Client régulier, client fdèle,
-—- Pas le plus minime incident,
désilusions me sont peut-être réservées. M
ferblantier arbore semaine et :
". Ÿ RE SE è # +
ne. ps Pa 7
: MousquerT. — C'est juste.
Knock. — Je pose en principe que tous 4 habitants du canton sont Fpso facto nes clieni} désignés, L |
nous tous VOUS moi,
MousQUET. — Tous, c'est beaucoup der der.
Knocx. — Je dis tous. nv
MousqQueEr. — Il est vrai i qu’à un Le
l'autre de £a vie, chacun peut devenir 1 ni chent par occasion. are KNoCK. -— Par occasion ? Point du t Mousouer. —- Encore faut-il qu A ts maiade | ee Krock. — « Tomber malade nl vieille oi qui ne tient plus devant les données de science actuelle. La santé n'est qu’un t qu'il n’y aurait aucun inconvément à Faye notre vocabulaire, Pour ma part, je ne conna! que des gens plus ou moins atteints de m dies plus ou moins nombreuses à Évolution où moine rapide, Naturellement, si vous all leur dire qu'ils se portent bien, ils ne demand qu'à vous croire. (Mais vous les tromper. V. L seule excuse, c'est que vous ayez déjà tra malades à soigner pour en prendre de # VEAUX. Ed MousQuEr belle théorie.
Knocx. — Théorie profondément mode monsieur Mousquet, réfléchissez-y, et proche parente de l'admirablc idée de ia n armée, qui fait la force de nos Etats. À MousquEr. — Vous êtes un penseur, vi docteur Knock, et les matérialistes at beau soutenir le contraire, la pensée mè monde. ; tv:
KNOCK, se lève. — Ecoutez- no (Torss & sont debout. Knock saisit les maïns de Mo guet.) Je suis peut-être présomptueux. D'am
. —— En tout cas, c'est ue
si, dans un an, jour pour jour, vous n’ pas gagné les vingt-cinq mille francs nets :
vous sont dus, si Mme Mousquet n’a pas robes, ies chapeaux et iea bas que sa conditic exige, je vous autorise à venir me faire :
scène ici, et je tendrai les deux joues pont vous m'y . chacun un souftlet.
MOUsQUET Cher docteur, je serais ingrat, si ie ne vous reinerciais pas avec :
sion, et un misérable si je ne vous nids :
de tout mon pouvoir.
KKoCKk — Bien, bien.
comme je compte sur vous.
Cormptez sur.