‹ Percement de l'isthme de SuezChapitre 9 sur 31 · ARTICLE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ARTICLE DEUXIEME

OUVRAGES d'art.

Pour donner une idée succincte mais exacte de la dépense des ouvrages d'art, nous établirons les prix élémentaires des matériaux comparés à ceux qui ont été obtenus dans Texécution des travaux de barrage , et alors il sera facile de déterminer la dépense qu'occasionneront ces ouvrages comparée à celle des premiers.

Moellon.

Le moellon employé au barrage provient des carrières de Toura , situées à 30 kil. de distance du lieu d'emploi. 11 coûte 22 paras le quintal ou 4 £r. 20 c. le mètre cube rendu sur place. Celui qu*on emploiera dans les travaux du canal maritiiiie proviendra des carrières d'Ataka , qui se trouvent sur le bord de la rade de Suez, à une distance de 20 kil. de Suez. Ce moellon étant du calcaire, comme celui de Toura, si on l'amène à bord des chalands par un chemin de fer, et qu'on remorque les chalands par des bateaux à vapeur, il est certain qu'on obtiendra une économie dans l'exploitation et le transport. Cependant nous en porterons le prix à 5 fr. pour faire la part de toutes les difficultés de premier établissement, du prix plus élevé de la main-d'oeuvre et du matériel composant le chemin de fer. C'est ce prix qu'on a payé pour les blocs employés au port de Cherbourg.

Au port de Valence (Espagne), l'extraction des gros blocs, le transport à quai et rembarquement ne coûtaient que 4 fr. 25 c.

Pierre de taiUe.

La pierre de taille pour le barrage provenait des, carrières de Toura et de Massara , situées k 33 kil.

m DOCUMENTS.

en moyenne du lieu de l'emploi. Ces pierres étaient transportées d*abord à 6 kil. de distance jusqu aux

bords (lu Xi\, ati moyen de voitures à bœnfs, puis embarquées sur des barques à voiles et transportées par eau à la distance ci-dessus indiquée.

Le prix du mètre cube était de 24 piastres (6 fr.) pour rextraction , et de 18 p. (4 fr. 50 c.)pour le transport ; en tout 10 ir. 50 c.

Pour les ouvrages d'art du canal maritime, on emploiera des pierres provenant de carrières en bancs au niveau des hautes mers dans tout le fond du golfe de Suez, exploitées aujourd'hui , comme aussi de carrières situées au bord de la mer Rouge, à une distance de 10 kil. environ de Suez qui fournit un calcaire coquilUer, tendre quand on lextrait, et qui durcit avec le temps à l'air comme dans Teau de mer.

On a employé avec succès ces pierres dans la construction du Qmud iiôtel de Suez, et elles sont revenues à 33 p. (8 fr. 25 c.) le mètre cube, toutes taillées et transportées à quai.

C'est ce prix aup^nitnté de 60 que nous adopterons afin de faire la part des distances, et pour arriver plus facilement à la comparaison que nous voulons établir.'

Briques.

Les briques employées au barrage étaient fabriquées par des machines à vapeur; elles ont coûté, à cause de circonstances extraordinaires, 25 fr. le mill( . ( elles qu'on fera à la main ou au moyen de machines à bœufs, dans rOuadé-Tomilat , ne coûteront pas la moitié, car on peut en faire faire dans toute cette vallée à raison de 6 A 7 fr. le mille, à cause de la grande quantité de combustible qui se trouve dans cette localité.

Cependant nous admettrons qu'à cause des frais de transport à Péluse et à Suez, les briques reviendront au même prix quau barrage, ce qui est évidemment exagéré.

Chaux*

La cbaux a coûté au barrage 8 fr. 70 c. le mètre

cube rendue sur place. Celle que l'on lait à Suez revient à 7 fr. 75 c. rendue sur place. Cette chaux se £ait dans la vallée de Guebé avec le combustible qu*on y trouve en abondance , et qui ne coûte que la main-dœuvre pour la coupe et pour le transport.

Pouzzolane.

Gomme la chaux employée au barrage était de la cbaux grasse, il a fallu fabriquer de la pouzzo»

lane artificielle qui est revenue à 45 p. (11 fr. 25 c.) le mètre cube. Cette pouzzolane ne pourrait être employée pour les travaux à la mer, car nous nous sommes convaincu par rexpériencc qu'elle est attaque<' par la niagucsie qui hc tiuuve dans Teau tie mer. £ile ne pourra donc servir que pour les travaux d art du canal de communication, et, comme la Lrifjue , elle coûtera iin^ins c her qu'au l)arrage.

Pour les maçonneries à ia mer, nous avons heu* reusement découvert des massifs de maçonnerie dans le port de Suez , anciennement établis à l'époque des kaliies , ou peut-être plus probablement du temps des Ptolémées. Ces maçonneries sont tellement dures, que, quand on en détache des fragments , la pierre se casse plus facilement que le mortier, qui est simplement composé de sable et de chaux hydraulique.

Cette chaux provient très-probablement des montagnes de 1 AUika, qui recèlent plusieurs couclies de calcaire marneux; il n'est pas douteux quen faisant des recherches à ce sujet, on ne retrouve les couches qui ont fourni la chaux hydraulique. Des échantillons ont été envoyés à M. l'ingénieur en chef et professeur à l'École des mines, Leplay, pour en faire lanalyse, et on continuera les envois, jusqu'à ce qu'on ait fait la découverte des bonnes couches.

Dans cette hypothèse, on ne peut plus probable,

les maçonneries du canal maritime smnt beaucoup

moins coûteuses que celles du barrajye, puisqu'il suffira d avoir de la chaux hydraulique , pour la mélanger avec le sable qui se trouve sur tous les points du canal.

Boii.

Les bois de construction proviendront de TAnatolie et de la Garamanie. Les bois de chêne et les

planches de sapin seront tirés de Trieste. Ces matériaux ne coûteront pas plus cher quau barrag^e; car, si la distance du transport intérieur est plus longue, on évitera les frais de transbordement, par

suite de la conslructioii d'une nouvelle éckise qui reliera le canal Mahmoudiéh, et par conséquent le Nil y avec la mer.

Fen.

Il en sera de même des fers et fontes qu on tirera d*Angleterre et de Russie.

Gela posé, le bamge du Nil, qui a 1,006" de longueur avec 4 écluses dont 2 doubles de 12" d'ouvertiu«, et 2 autres de 15*°, qui est établi sur un radier général fondé à 7" au-dessous de letiage, qui a 46* de largeur et 4" d'épaisseur moyenne,

m DOCUMENTS.

avec deux lignes de pieux joints et 1 ,600°' de murs de quai, n*a coûté que IS^OCÛ^ODOde fr., y compris lacbat des machines à vapeur, au nombre de 22, la construction de toutes les fabriques et tous les frais d administration , qui sont considérables.

En divisant ce chiffre par la longueur totale de 1,006, on trouve 17,000 fr. pour le prix d'un mètre courant , y compris tous les accessoires d'écluses ^ de quais, de machines, et de frais d'admi* nistretîon.

Barrages éclusés.

En admettant ce chiffre, qui est trop fort d'un bon tiers pour le canal maritime, on trouve que les

deux barrages écluses et le barra^jc déversoir, qui forment en tout une longueur de 300% vieuLlt aient

ù coûter ensemble 5,370,000^'

Nous disons que ce chiffre est beaucoup trop élevé, P parce que le barrage a été fait pour supporter une pression d*eau de 4 à 5"*, tandis que ceux du canal maritime n'auront jamais à soutenir plus de 2°* 50 de hauteur d'eau maximum; 2* parce que,^les eaux du Nil s*âevant à 7* 50 au-dessus de l'étiage, il a fallu élever les maçonneries des piles et les voûter

A reporter. . . 5,370,000^'

Uigmzeu by CjOO^Ic

ÂVANT-PfiOJ£T DU PERCEMENT DE L'ISTHME. 479

Report. . . 5,370,000''

pour en taire en même temps un pont de passage et augmenter le poids des maçonneries; 3** enfin, parce quil a Êillu défendre les rives du Nil par 1,600° de murs de quai , tant aux abords du barrage qu'à la téte des trois canaux, ce qui nest pas nécessaire ici.

Malgré ces raisons, nous avons adopté le chiffre ci-dessus, afin d'obtenir un résultat plutôt exagéré qu'audessous de la réalité , et de donner ainsi toute confiance dans nos évaluations.

Jetées de Pélase et de Sue&

Pour les jetées, tant de Péluse que de Suez , nous avons dit que nous adoptions le mode de construction à

pierres perdues, tel qu'il a été exécuté dans les plus grands ouvrages connus et dans la plupart des ports de la Méditerranée , tels que Cannes, Baudol, liarcelone, Valence, Cadix, Gênes, etc., etc., en réduisant toutefois la largeur de la chaussée suivant

A reporter. . . 5,370,000"

m DOCGMENTS.

Report . . 5,370,000'^

les nécessités du service. Ainsi la jetée qui est au vent dominant a 8* de lar^^ur au sommet pour sa cbaus* sée, qui est à 1* 60 au-dessus des basses mers.

11 y a en plus uu parapet de 4" de largeur et 3* 50 de hauteur. La jetée qui est au contraire sous le vent n*a que 6" de largeur de chaussée , et le parapet n a que 3* de largeur sur 2" 50 de hauteur.

Pour que les navires puissent accoster la jetée qui est au vent et étr^s balés dans toute sa longueur, on a disposé sur le talus intérieur de la jetée un massif en béton sur 3" de proiundeur au-dessous des basses eaux y ainsi que Tindique le profil tracé sur la carte; on n*a fait qu*i« miter en cela ce t^ui se voit au port * de Bastia , ainsi qu'à ceux de Cannes et de Baudoly et Ton a pris pour les autres détails ceux adoptés dans la construction de ce dernier.

En admettant que la jetée de lest de Suez ait 4,000^ de longueur , on

A reporter; . . 5,370,000^'

AVANT-PROJET DU PERCEMEiNT DU L'ISTHME. 481

Report. • . 5,370,000'^ trouve un volume de 970,000"* de

moellons , lesquels, à 5 fr. le mètre, tout embarqué» font. . 4,750^000 f.

En supposant 2 fr.

pour le transport et Le coulage y ce qui est beaucoup, on a ... •

En total . . . G,G90,000 f .

Disons en nombre rond * l^QOÙfiOO

Nous aurons de même pour la je-

téeO. 7,000,000

Pour la jetée ouest de Péluse , si nous admettons que le transport se fera sur une lonffueur de 150 kil. à 3 c. par tonneau et par kil., ce qui fera 6 c. par mètre cube environ f nous aurons 9 fr. pour frais de transport et 1 fr. pour coulage, ce qui fera, avec la dépense d*extrac> tion, 15 fr. par nictic cube. Le cube étant de 1,000,000'"% nous aurons ime dépense de. 15,000,000

£t autant pour la jetée de lest. . . 15,000,000

A reporter. . . 49,370,000"

Report. . . 49»a70,0Û(y'

H^ledePéliiie.

Le inôle d'abri ayant ÔOÛ^ de longueur , son cube sera de 250,000^»

et sa dépense d établissement de . • . 3,750,000

Baisia de retenne.

La digue demi-circubire formant bassin de retenue aura 6,200* de développement avec un cube de 890,000"' , sa dépense sera par con^uent de 13,500,000

Les enrochements à fiure pour les berges du canal à lOO kil. de longueur, sont évalués à 1,500,000

Mars de qaai du port Timsab.

Les murs de quai à établir dans le port du lac Timsah sur une longueur de 1,500^, sont évalués à 1,200 fr. le

mètre courant. Or , nous en avons établi tout eu pierre de taille qui n'ont coûté que 850 fr. La dépense pour cet ardcle sera donc de 1,800,000

Pour vérifier, d'une manière géné-

A reporter. . . 69,920,000"

AVANT-PROJET DU P£RC£MBNT DE L ISTUME. 483

Report . . 69,920,00(y'

raie, si les chiffres que nous présentons sont conformes aux données de rexpérience, nous avons cberché les dépenses faites dans des travaux ana* lègues, afin de pouvoir les comparer à celles que nous avons détenninées.

La digne de Gherbouii^, qui a 3,800"" de longueur, a coûté 68 millions , après toutes les vicissitudes qu elle a éprouvées depuis le commencement de ce siècle. Le mètre courant revient donc ainsi à 17,900 f.

environ. Sa profondeur est de IS'^ 80 au-dessous des hautes mers de vive eau , tandis que la profondeur moyenne de celles projetées n'est que de 4'^. Or y si Ton admets ce qui est sensiblement exact , que les volumes , et par conséquent les dépenses, sont comme les carrés des hauteurs, on trouve que la digue de Cheribourg coûtant 17,900 fr. le mètre courant, celles de Suez devront coûter vinfjtdeux fois moins, c*est-à-dire 815 fr., tandis qu'elles revi^nent à 1 ,7dO fr. le mètre courant

A reporter. . . 69,920,000^'

Report. . . 69»920|0W Les jetées du port de la Joliette à

Marseille , dépouillement fait de toutes les dépenses, reviennent à 5,500 fr. le mètre courant Elle»

sont fondées à une profondeur de 11" 50 au dessous des basses eaux; celles dePélusedevraientdooc coûter neuf fois moins, c'est-à-dire 615 A*.

Le môle du port de Valence, qui a 5G0'° de longueur et est fondé dans 8" 50 de profondeur, a été adjugé pour une somme de 3,000,000 de fr.

D*après ce prix , le môle d'abri de Pcluse devrait coûter moins de 3,000,000 de fîr. , tandis que nous Tavons évalué à 3,750,000 fr.

Le môle du port de Cannes, qui n a que loO'^de longueur, a été évalué 1,300,000 fr. C'est 8,666 fr. par mètre courant, mais il va dans des profondeurs d*eau qui atteiguent lO"". Sa dépense est donc au moins six fois plus considérable que celles des jetées de Suez , et cependant notre évaluation est moins du cinquième de ce chiffre.

A reporter. . . 69,920,000^

AVANT-PBOJET DU PERCEMENT 0£ L'ISTUME. m

Report. . . 69,920,0W' Nous pouvons donc dire que nos évaluations sont exagérées en ce qui regarde les travaux de Suez et» à bien plus forte raison, pour les travaux de Péluse, puisque, proportion ^lardée, nos chiffres dépassent encore ceux des travaux exécutés même dans les plus mauvaises conditions.

Canal de oommunication*

Pour le canal de communication , nous avons d'abord à établir des pompes de la force de 500 chevaux, pour iairc largement la part de toutes les circonstances de navigation, dlrrigation» et des pertes par filuation et par évaporatîon ; car, pour l'irrigation et la navigation , nous n avons besoin que de 800,000°^ par jour, tandisque les pompes de 500 chevaux en founiiruut 1,29G,000.

Pompes h vapeur.

Les pompes à vapeur qui ont été établies en Eg;ypte sont revenues,

A reporter. . . 69,920,000"

Report. . . 69,920»00(y' toutes placées et inotitées, à 2 ,200 fr.

la force du cheval. Nous aurons donc

pour cet article une dépense de. . . I^IOO^OOG

BaiTSffes écluses.

Il y aura six barrages écluses avec

pont-levis, — Les écluses auront 12*" de largeur et B4r de longueur entre les buses. La dépense de chaque barrage édusé tout complet sera de 300,000 fr., ce qui donne pour les six 1,800,000

Uîie en calttue des terres.

Pour la mise en culture des terres, il faut compter 200 fî*. par feddan

ou 500 fr. par hectare. Il est vrai qu'on trouve à acheter dam le pays des terrains tout pré|>arés avec norias , bâtiments d'exploitation , magasins, bestiaux, matériels, etc., à raison de 250 fr. le feddan (750 fr.

rbectare); mais le système agricole établi dans les campagnes est fort incomplet. — {^a dépense sera donc.

A reporter, . . 78,820,000''

Report . . 72»82O,00Û" pour 40,000 feddans ou I69OOO

hectares, de 8,000,000

Fiiation des dunes.

Pour la iixatioii de$ dunes, nous avons vu que la dépense serait de 66 fr. 80 par hectare. Il nous a paru

avantageux de faire cette opération sur une grande échelle, et nous avons adopté le chiffre de 24,000

hectares (60,000 feddans) ; la dépense pour cet article sera de. . . , 1,603,200

Tuyaux de conduite.

Pour les tuyaux de conduite, qui formeront une longueur totale de

80,000"", nous adoptons le système Charmeroi , quolqu il y ait mainte* nant des tuyaux en poterie très-convenables pour les conduites d*eau et qui ne coûtent pas la moitié des tuyaux Charmeroi. Ces derniers reviennent tout posés, pour le diamètre do 10" que nous adoptons , à 6 fr. 30 le mètre , y compris la tranchée de

Ai«portw. . . 82,423,200^*

Beport . . 82,^3,200"

1" 40 de profondeur. A câuse des iransporu, nous mettons le mètre à

8 fr.| ce qui fera une dépense de. • 640,000

Phares et pharillons.

Nous adnirtions ([u'il y aura deux phares 9 Tim à ia pointe de Damiette et Tautre sur la mer Rouge à Ras- Mohammed, n y aura en outre deux pharillons à la tête des jetées à Pëluse et à Suez. Les phares» avec leur appareil lenticulaire » coûteront, les deux , 1 50.000 fr. et les deux pharillons 20,000 fr. Eu tout 1 70,000

Il y aura des maisons pour les employés , des baraques pour les ouvriers. des écuries pour les animaux, des magasins pour les vivres, les matériaux, etc., etc. Nous évaluonscelle partie approximativement à 1,000,000

Total des dépenses de Fart. 2

pour travaux d'art 84,233,2W'

Total des dépenses de l'art. 1. Terrassement 72,000,000''

Total des dépenses ; . . . 156,233,200^'

A reporter. . . 156,233,200''

Report. . . 156,233,200" Nous admettons qu*il &udra bien

six ans pour finir les travaux et que ies frais d administration s élèveront à 2 1/2 7« de la dépense totale. Il y aura donc encore pour cet article une

somme de 3,905,830

Plus, somme à valoir pour travaux imprévus 2,410,970

Total général des dépenses. . . . 162,550,000"

En présentant le devis des travaux s*élevant, comme on vient de le voir, au chiffre maocimum de 160 millions de francs, nous avons voulu répondre, d'après les données généralement admises, à toutes les objections Êdtes jusqu'à ce jour concernant les difficultés des ensablements aux entrées des jetées et des attmissemcnts dans le bassin de la mer Rouge ou dans le golfe de Péluse. Nous navons pas cru devoir nous prononcer dès à présent pour la suppression des chasses et des travaux qu'elles entraînent. Nous n avons pas besoin de rappeler que nous ^ ne faisons ici quun avant-projet; nous nous réservons d'examiner, dans notre projet définitif, une théorie toute nouvelle fondée sur rexpcriencc des ingénieurs les plus distingués de France et sur Topînion , prépondérante à nos yeux , de M. Renaud,

ingéDieur en chef des ports marilimes de France. 11 est donc à espérer que Ton pourra renoncer au

système des chasses, et que nous obtiendrons ainsi dans l'exécution des travaux une économie de plusieurs millions.

M. Renaud a reconnu que, lorsque les chasses débouchent dans la mer, elles perdent à peu près leur eiticacitc, et que, dans bien des cas , elles sont plus qu inefficaces , elles deviennent nuisibles. Ëiles d^ posent en avant du chenal les matières qu'elles ont emporlccs, et lorsque ces matières ne sont pas enlevées par les courants traversiers ou littoraux , elles forment plus ou moins rapidement des dépôts ou barres dont le sommet est plus élevé cpie le fond du chenal. C'est ainsi que les embouchures des rivières débouchant dans les mers sans marées sont , à peu d'exceptions près, sans profondeur d*eau. Les alhivions qui voyagent le long des côtes, an'ivant dans Taction du courant fluvial , sont emportées par ce couiant à une certaine distance du littoral et se déposent au for et à mesure que le courant perd de son aciion. Là , étant moins iaciiemeut mises en suspension par Tagitation que près du rivage, où la profondeur est moindre, elles sont aussi moins facilement enlevées par le courant littoral, les dépôts se forment et s'exhaussent jusqu a ce que Faction combinée des lames et du courant ne permette plus aux nouveaux apports de se fixer.

Quoi que ion pense de cette explication, on est obligé de reconnaître que les alluvions transportées

par la mer n'exigent pas moins que celles charriées par les rivières lemploi de moyens artificiels pour conserver une profondeur d*eau suffisante à Tembouchure de ces rivières.

S*il est permis de renoncer à l'idée de recourir à l'emploi des chasses pour Tentrctieu de la profondeur d*cau à Péluse et à Suez , ce sera seulement au moyen de dragages que Ton aséurera la conservation de cette profondeur. C'est ainsi que l'on opère à Cette, où l'on enlève annuellement 70»000"' de sables, et dans la ClydCf qui, depuis son embouchure jusqu'à Glascow, est tenue à l'état de grand chenal navigahle par des dragages continuels.

L'emploi du dragage permettra d'apporter une économie notable dans les dépenses d'établissement (î\i canal. La partie de ces depeiises relative aux chasses serait certainement plus considérable que le capital représentant vingt fois la dépense annuelle des dragages.

Une autre économie que l'on pourrait faire (3,750 000 francs) consistei^ait à ne pas exécuter le môle d'abri ou brise4ames projeté à Péluse. Il existe un grand nombre de ports importants qui sont dans de bien plus mauvaises conditions nautiques (celui d'Alexandrie, par exemple, où l'on ne peut pas entrer après le couclier du soleil) que ne le sera celui

de Péluse^ et pi cs desquels il n'existe pas cependant de mouillage abrité. Nous pouvons citer le port de Liverpool , qui n'est pas accessible de basse mer aux grands navires; nous pouvons encore citer le port du Havre, dans lequel ils n'ont entrée que pendant trois heures sur douze; et cependant le nombre des sinistres près de ces côtes n*est pas rdativement plus fort qu'ailleurs.

Réparlitioa du travail.

Voyons maintenant connnent on dépensera cette somme et de quelle manière les travaux poiuront être répartis pour éire complétés dans Tespace de six ans.

première chose à faire évidemment est d'amener l'eau douce dans l'isthme , afin de pouvoir alimenter les ouvriers et effectuer le transport des vivres et des matériaux.

On exécutera iaciiementdansla première année le canal de communication avec ses écluses, la rigole .d*îrrigationetla conduite d'eau, puisque ces travaux ne représentent qu'un cube de 12,539,384°% ou uu maximum de 6,209,092 journées d'ouvriers à raison de 2*^ par journée. Ën supposant 300 jours de travail dans Tannée , il faudra 20,8^^ ouvriers , et dans cette partie de l'Egypte on peut en avoir facilement de 30 à 40y000 si cela est nécessaire.

On installera cette même année les grands chan-

tiers aux carrières avec tous les chemins de fer, les grues et embarcadères, pour exploiter sur une grande

échelle la pierre nécessaire aux môles, jetées et ouvrages d'art.

On contractera les marchés à faire avec les ateliers de construction pour la fourniture des dragues ,

marics-salopes, baLLaiix remorqueurs, chalands et auti*es machines qui devront être employés dans Texécution des travaux. Dans cette première campa* gneon dépensera approximativement 12,000,000fir.

La seconde aiinée^ on aura huit dragues montées au port de Suez pour creuser le chenal et remplacement des jetées. On pourra par conséquent imprimer toute l'activité désirable dans l'exploitalion des carrières y l'érection des jetées et du barrage écluse.

On jettera de Teau douce dans le bassin du lac Timsab pour y faire travailler toutes les autres dragues disponibles; 30,000 ouvriers feront tous les déblais du canal dans 1 étendue des lacs Amers et sur le reste du canal. Ils prépareront uqe tranchée dans le terrain jusqu à l'' 50 au-dessous des basses eaux, et ménageront ainsi une rigole de 15j^ de largeur qui permettra aux barques et mahones de drculer dans toute rétendue de Tisthme. Toutes les forces seront portées cette année à ouvrir la communication entre Suez et le lac Timsab^ et par conséquent entre Suez et le Nil.

On commencera à fixer les dunes et à mettre en

culture les terres. La dépense de cette campagnesera approximativement de 25,000,000 fi*.

La troisième année, on ouvrira la communication du lac Timsah avec la Méditerranée , et toutes les forces disponibles seront employées à faire le bassin de cbaflse et à établir les jetées. On continuera le Uavail des terrassements, celui des dragages, de même que les semis des dunes et les travaux de culture. On emploiera cette année 20,000 ouvriers , et la dépense pourra être portée à 30,000,000 fr.

La quatrième année , même travail que la précédente » cest-à-<lire que Ton continuera les terrassements tant à la main qu*avec les dra[[ues , les jetées, les bana^jes écluses et le mur de quai dans le lac. On commencera en outre le môle d'abri. On poussera les travaux de semis et de culture. On estime qu*il faudra encore 20,000 ouvriers et une dépense de 33,000,000 fr.

La cinquième et la sixième année, on continuera les mêmes opérations et on n aura plus besoin d autant d'ouvriers, car ce seront les dra^jues qui fei-ont le principal travail , et les carrières pourix)nt être poussées alors avec toute lactivité possible.

On admet pour chacune de ces années la dépense de 31,0(M),000 fr., ce qui complète la somme de 162,000,000 ir. montant du devis.

AVÂNT-PROJET DU PERCEMENT DE L'ISTHMB. 495

Intérêts à foarair anx actiannaires*

Comme il est d'usa^^e de fournir aux actionnaires

un intérêt des sommes versées au fur et à mesure des appels de fonds, il est uécessaire de tenir compte des intérêts ainsi fournis et d'en porter le chiffre en augmentation de la dépense d'exécution. Le tableau suivant présente dans leur ordie les six versements partiels formant la somme totale et Vintérét à 5. 7o de chaque versement :

1" ann. 12,000,000 int. 5 6 ans. 3,600.000''

2» » 25,000,000 id. 5 » 6,250,000

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