SCENE X
PAL'L, BOULAIN. BOULAIN , trh-grwement. Oui, monsieur
LE MAGASIN THEATRAL
de Renne ville!... il faut que je vous parle.
PAUL. A nioi?...
BOULAIN , d'une voix étouffée. A vous !
PAUL. Que me voulez-vous ?
BOULAIN. Regardez-moi! est-ce que
vous ne me trouvez pas dans la figure quelque chose d'étrange , de surnaturel? hein ?
PAUL. En effet! qu'avez-vous donc,
mon ami?
BOULAIN, avec explosion. Ce que j'ai?... j'ai le sang qui me bout dans les veines ;
j'ai le frisson , la fièvre , le transport!
on a appelé ma fille grisette , monsieur !
on l'a appelée grisette ! ma Pauline ,
mon enfant, mon trésor!...
PAUL. Ah ! je comprends votre indignation!... cependant...
BOULAIN. Non, non.... vous ne pouvez
pas la comprendre! il faut être père
pour ça !.. . quand on est père, voyez-vous, l'insulte faite à votre enfant, ça vous va droit au cœur.
PAUL , à part. Oui ! . . . droit au cœur !
BOULAIN. Aussi, je ne me connais plus!... je suis comme un fou, un lion déchaîné !...
PAUL. Mon ami, calmez-vous!...
BOULAIN. Je ne peux pas , monsieur de
Renneville ! je ne peux pas! .... c'est
comme une attaque de nerfs qui me court des pieds à la tète.
PAUL , à part. Il ne sait pas qu'il y a dans mon cœur plus de colère que dans le sien. {Haut.) Boulain, qu'avez-vous à me dire? hâtez-vous : il faut que je sorte. {A part.) Il n'aurait qu'à m'échapper encore!
BOULAIN. Ce que j'ai à vous dire?
voici ! monsieur Paul, vous êtes mon meilleur ami , le parrain de ma Pauline que ce scélérat... enfin il faut que vous me serviez de témoin , et que vous veniez avec moi chez ce M. Charles de 3Iaubert, tout de suite!
PAUL. Comment ! .. . vous voulez ?. . .
BOULAIN. Lui apprendre la politesse.
PAUL . Y pensez- vous , mon ami ? un
duel!...
BOULAIN. Ce sera le premier, c'est vrai.
PAUL. A votre âge!...
BOULAIN. La colère n'a pas d'âge.
PAUL. Mais vous ne savez pas tenir une épée.
BOULAIN. Parbleu , ça n'est pas beaucoup plus lourd qu'un marteau de tapissier, etj'ai encore le poignet solide. Enfin, monsieur, je veux me battre, je le veux!... c'est mon devoir, c'est mon droit et je me battrai !
PAUL. Boulain, mon ami, vous savez si j'aime Pauline ; vous savez que pour elle , pour la venger d'un outrage, je donnerais ma vie !...
BOULAIN. Oui, sans doute! mais je
suis son père , et vous n'êtes que son parrain .
Air: ^ux braves hussards du deuxième.
11 faut punir une insolc-nle audace ; De mon devoir ne soyez pas jaloux!
Vous n'avez droit qu'à la seconde place , Vous souffrirez nue je passe avant vous ; N'essayez point d'enchaîner mon courroux ! Ah! croyez-moi, le Ciel en qui j'espère, Et qui bientôt me rendra triom[iliant, Donne toujours la force au bras d'un père , Quand il s'agit de venger son enfant.
PAUL. EcoiUez-moi , Boulain : j'ai réfléchi comme vous sur ce qui vient d'arriver; mon ami, vos jours appartiennent à Pauline , et vous ne les exposerez pas pour un ïnot , outrageant sans doute , mais qui , s'il est rétracté, peut encore se pardonner.
BOULAIN. Se pardonner!., il l'a appelée grisette !
PAUL. Je lésais!... mais si M. de Flaubert , éclairé par moi , qui suis son ancien ami, venait ici faire des excuses convenables.
BOULAIN. Des excuses? croyez-vous
qu'avec des excuses ça puisse s'ai-ranger ?
PAUL. Certainement.
BOULAIN. C'est que, voyez-vous...
PAUL. Songez à Pauline ! à sa douleur si elle savait...
BOULAUV. Taisez-vous! taisez-vous, ne me parlez pas de ma fdle ! si vous me parlez d'elle , je vais pleurer et je n'aurai plus de courage.
PAUL. Vous n'am-ez pas à l'employer.
Laissez-moi seulement un quart d'heure ; je cours chez M. de Maubert , et je vous l'amène.
BOULAiN. Vous me l'amenez! vous me l'amenez ! . . . et s'il refuse ?
PAUL. 11 ne refusera pas.
BOULAIN. Mais promettez-moi...
PAUL. Je vous promets que tout s'arrangera à l'amiable !... fiez-vous à moi.
Air : Ne raillez pas la garde citoyenne.
Je vous en prie, il laut me laisser faire,
De votre honneur , Boulain , je suis jaloux ;
J'ai senti là tout ce que souffre un père ,
Et je comprends voire juste courroux.
BOULAIN
Je vous suivrai.
PAUL
Ne craignez rien, vous dis-je!
Je vais le voir et tout peut s'arranger.
BOULAIN
Vous le voulez?
PAUL
Demeurez, je l'exige!
{A part.) C'est à moi seul, Pauline, à le venger.
ENSEMBLE
PAUL
Je vous en prie, etc.
BOULAIN
Puisqu'il le veut, il faut le laisser faire ! De mon honneur mon.icur Paul est jaloux; Il a senti tout ce que s > M" re un père , Et je suis sûr qu'il com^i •. id raoa courrouxi