FÉRON, BOULAIN, DOROTHÉE
(Au lever du rideau, Fc'ron, assis devant unct.tbie, l'rrit des adresses. Boulain, debout derrière lui, relit une des circulaires qu'il envoie. Dorolhc'e , del'.'iutre cùlr du llu'àtrc, examine une corbeille de baptême, et ouvre, l'une après l'autre, toules les boites de bonbons )
BOULALN , lisant. « Le sieur Jcan-Chry- » sostôine Boulain, tapissicr-cbcniste, a » l'honneur de vous faire part tle l'iieureusc » drlivrauce dedamc Boulain, son épouse..
DOnOTiiÉE, ouorontune boîte. Pralines...
BOUL.AIN , même jeu. « La mère et l'en- » faut se portent bien.
DOROTUÉE , même jeu. Conserves...
BOULAIN, même jeu. « Paris, ce 15 juin
S-JPPL.
JiOViOTnt^., fermant la boîte. J'emporterai tout cela.
FÉRON , se retounumt. Ali ça ! mon cher beau-frère , est-ce que vous allez encore long-teins me corner cela aux oreilles?
c'est pour la centième fois, au moins, que. . .
BOULAIN. Je ne m'en lasserai jamais...
FÉRON. Alors, lisez tout bas.
BOULAIN. Ah ! mon cher Féron, on voit, de reste, que vous êtes célibataire, vous ne pouvez pas sentir tout ce qu'il y a de douceur conjugale et palet uellc dans ces mots si simples , mais si touchans : « La mère et l'enfant se portent... »
FÉRON. Mais si vraiment. Est-ce que je no suis pas enchanté comme vous de savoir ma sœur hors de danger.. . Cette chère Adèlç! si bçiine, §1 dgucç !... Est-ce que
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je i/aime pas déjà de tout mou cœur la jolie petite poupée dont avant -hier elle vous a fait cadeau?
BOULAiN. Poupée?
rÉRON, riant. Ah! ah! ah! Parbleu! ne faut-il pas déjà l'appeler mademoiselle Boulain?
BOULAIN. N'est-ce pas qu'elle me ressemble?
DOROTHÉE. Pas le moins du monde.
FÉRON, a part. Heureusement pour elle.
BOULAIN. Je vous assure, ma sœur, qu'il y. a quelque chose- . . tenez , par exemple , elle a mon regard tendre et fin , mon sourire et... Ah! mon Dieu! est-ce que vous n'avez pas entendu crier ?
DOROTHÉE , se moquant de lui. Qui ?
M""" Boulain? vous rêvez... je n'ai rien entendu.
BOULAIN. C'est drôle ! depuis qu'elle est au monde , j'ai toujours sa voix dans les oreilles.
DOROTHÉE , sèchement. Sainte- Vierge !
je le crois bien I elle est assez perçante pour ça.
BOULAiN^. Mademoiselle ma sœur, vous i^'avez jamais que des choses désagréables à me dire... Il paraît que les douceurs dont vous vous bourrez depuis ce matin ne vous ont pas changée.
DOROTHÉE. Ah! mon pauvre frère, le mariage vous a rendu bien ridicule !
BOULAIN. Ma chère sœur , le couvent vous a rendu diablement méchante !
DOROTHÉE. Monsieur mon frère, taisezvous , ou vous serez obligé de chercher une autre marraine, je vous en avertis.
' BOULAIN , à part. Hum ! elle le ferait comme elle le dit.
FÉRON, se levant. Voilà toutes les adresses mises ! je vais chai'ger un de vos apprentis d'en faire la distribution, n'est-ce pas?
BOULAIN. C'est à merveille , et je vous remercie mille fois de tout le mal... d'ailleurs à charge de revanche.
FÉRON. Merci ! l'état de garçon me plaît, à moi. Si je prenais une femme, je tomberais mal, j'en suis sûr; je l'ai déjà échappé belle... Il y a vingt ans, j'allais me marier, quand on vint m'apprendre que ma future...
BOULAIN. Hein!
FERON. J'en eus la sueur froide des pieds à la tête.... quelques joius plus taid,
j'étais... enfin... comme on n'a pas tant de bonheur deux fois , on ne m'y reprendra plus.
BOULAIN. Eh bien! vous avez tort...
non , vous êtes comme moi , vous n'avez pas une tête à ça , et puis comptez-vous pour rien le bonheur d'avoir des enfans ? des enfans !
FÉRON. Eh bien! vous en ferez pour moi , et je les aimerai comme s'ils étaient les miens.
BOULAIN. Excellent frère ! Est-ce que vous n'allez pas embrasser Adèle , ce matin?
FÉRON. Si fait! mais avant il faut que je monte dans ma chambre ; j'ai là-haut quelque chose pour votre femme... oh!
rien d'important ; c'est un petit secret entre nous deux. {^A pari.) A présent qu'elle est tout-à-fait liors de danger , je peux bien lui remettre cette boîte ; elle me gêne, d'ailleurs. (Haut.) Ah ça! mon cher beaufrère, vous savez que pour vous j'ai retardé mon départ autant que je l'ai pu : mais c'est ce soir à neuf heures que je me mets en route pour le Havre.
BOULAIN. Oh ! vous uous resterez bien encore pour demain.
FÉRON. Impossible. Le vaisseau chargé par la n^aison de commerce pour laquelle je voyage depuis sept ans n'attend que moi pour mettre à la voile; ainsi donc, le dîner de famille , le baptême , il faut que tout ça soit terminé à neuf lieures , ou bien on se passera de moi.
Air : Je saurai bien la faire marcher droit.
C'est à regret que je vous quiUe ainsi , Mais on m'allend et le vent me seconde. Je suis fâché tVallcr au IS'ouveau-Monde, Lorsque ma nièce entre dans celui-ci.
BOULAIN
J'entends , je crois , l'enfant crier là-bas ?