‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 127 sur 140 · Pottier et Reinach, La Nécropole de Myrina, pl. XXVI · texte numérisé non relu

Pottier et Reinach, La Nécropole de Myrina, pl. XXVI

L’ART

ces groupes étalent aux yeux du spectateur comme le poème de la mort : scènes de meurtre, de désespoir, contraste douloureux entre la mère inanimée et l’enfant inconscient, tout cela est habilement mis en œuvre pour provoquer l’émotion et la pitié. La sculpture pathétique, inaugurée par Scopas et ses contemporains, trouve ici sa formule la plus expressive. Nous reconnaissons, dans l'exécution si poussée et si précise du nu, l’influence de Lysippe, le maître du naturalisme; et là encore, nous voyons assez bien la filiation qui rattache aux anciennes écoles grecques la première école de Pergame. Ce qui est nouveau, c’est l’observation rigoureuse de la réalité dans les types barbares. Ces têtes de Galates aux chevelures hérissées, à la physionomie si nettement définie, attestent que l'art grec ne se contente plus, pour distinguer le barbare de l’Hellène, d'une caractéristique sommaire ; le goût croissant pour le réalisme a fait faire à l'art hellénistique une conquête nouvelle, celle de la vérité ethnographique. On trouverait facilement à rapprocher des Galates de l’ex-voto attalique d’autres œuvres qui datent du même temps, et accusent les mêmes tendances; ainsi une tête de la collection Somzée, qui représente peut-être un Germain Bastarne, allié des Galates, et où l’artiste a rendu avec un curieux souci de la vérité l’agencement bizarre de la chevelure, enroulée autour du crâne, et tordue en nœud sur la tempe droite1 2; ainsi une tête de Galate ou de Celte du musée de Gizeh, exécutée sous les Ptolémées, et montrant que les sculpteurs alexandrins s'engagent à leur tour dans la voie ouverte par les artistes de Pergame-. Est-il besoin de rappeler quelles sont les conséquences de cette évolution, et comment l’art romain se charge de la pousser jusqu’au bout, en reproduisant avec une exactitude rigoureuse le type, le costume et l’armement des peuples barbares? Il nous suffira de mentionner les captifs germains du grand camée de Vienne, et les Daces de la colonne Trajane. On pourrait objecter que le réalisme pergaménien s’arrête pour ainsi dire à mi-chemin, qu’il observe le type, et non le costume. La Gauloise mourante est vêtue à la grecque; le sonneur de trompe n'est caractérisé que par le torques ; il est nu comme un héros. Mais savons-nous si ce n’est pas là un trait de vérité ? Tite-Live raconte que dans les guerres d’Asie Mineure les Galates combattaient nus, et que les blessures saignantes éclataient aux yeux, sur la blancheur de leurs corps3.

Nous devons compléter, par un examen rapide de monuments très connus, cette étude générale de la sculpture pergaménienne au temps d'Attale Ier. On sait que nous possédons, éparses dans différents musées, des copies en marbre .de l’ex-voto offert par Attale aux Athéniens, après le voyage qu'il fit à Athènes

Page 1