‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 44 sur 140 · LA TERRASSE DU GRAND AUTEL · texte numérisé non relu

LA TERRASSE DU GRAND AUTEL

LE GRAND AUTEL DE ZEUS ET D’ATHÉNA NIKÉPHOROS. — LA FRISE DE LA GIGANTOMACHIE. — LA PETITE FRISE DE TÉLÈPHE

Une rampe assez douce conduit de la terrasse de l’agora à la terrasse supérieure, celle du grand autel. En jetant les yeux sur notre vue de l’Acropole à vol d’oiseau, on se rend compte que, de l’une à l'autre, le terrain se relève sans mouvement brusque. Pour délimiter la terrasse du grand autel, pour lui donner sa forme rectangulaire, il avait dofic fallu établir un mur de soutènement laissant en dehors du tracé un triangle de terrain qui sépare les deux enceintes. Si, au premier abord, la terrasse du grand autel semble être le prolongement de celle de l’agora, elle n’en forme pas moins une enceinte indépendante, et dont la destination paraît être purement religieuse. Elle dessine un rectangle irrégulier, mesurant environ i5o mètres de longueur, de l’est à l'ouest, sur une largeur de 90 mètres. Qu'elle ait été créée pour servir de terre-plein au grand autel, cela n’est pas douteux. On peut reconnaître, dans le plan de l'état actuel que donne notre planche IV des traces de constructions anciennes, et les vestiges du mur qui bordait primitivement cette partie de la ville haute. Tout cela fut rasé quand on nivela le sol, quand on établit les murs de soutènement et le mur nord qui s'ap-

puie à une sorte de contrefort projeté par le massif de la haute Acropole. Du côté ouest, on ménagea une rampe d'accès, dont les fondations sont encore apparentes à l'extrémité supérieure1. Ainsi rectifiée, la terrasse offrait une belle esplanade, libre sur trois de ses côtés, où elle n’était cernée que par un mur à hauteur d'appui; de là, le regard pouvait, sans obstacle, errer sur une vaste étendue, depuis les gorges du Kétios, jusqu'à la vallée rocheuse du Sélinus. Replacer sur cette esplanade, en bordure du mur d’appui, une foule d’ex-voto, de statues de marbre ou de bronze, c'est là une hypothèse trop légitime pour que nous nous attardions à la justifier. Mais quel que fût le nombre et la nature des ex-voto qui complétaient le décor de la terrasse, un seul monument les dominait, les écrasait de sa masse, et s’imposait tout d'abord à l'attention : c'était le grand autel dont la découverte, par les révélations imprévues qu’elle a apportées, aurait suffi à assurer le succès des fouilles de Pergame.

Deux questions se posent tout d’abord. Quelle est la date de 1 autel? A quelles divinités était-il dédié? L'étude des inscriptions provenant du monument avait déjà conduit M. Conze à penser qu il datait du temps d Eumène II2. Un fragment de la dédicace, qu'on peut restituer malgré de graves lacunes, confirme cette hypo^ thèse 3. Nous savons d'ailleurs, par le témoignage de Strabon, que Pergame doit à Eumène II ses principaux édifices. Comment ne pas ranger au nombre de ses constructions l'autel monumental pour lequel fut si visiblement aménagée la terrasse? Il est plus difficile de décider si l'autel s’éleva sur l'emplacement d un sanctuaire plus ancien. Toutefois il est possible qu au milieu des maisons rasées par les architectes d'Eumène, se trouvât une vieille enceinte sacrée, à laquelle aurait appartenu une substruction circulaire retrouvée dans les fouilles +.

On verra plus loin que, dans la grande frise, la place d'honneur est dévolue à Zeus et à Athéna. C'est une première raison de croire que les titulaires de 1 autel étaient ces deux divinités 5. En outre, les inscriptions du temps d'Attale Ier nous apprennent que, sous le règne de ce prince, 1 usage s introduit d associer, dans les dédicaces, les noms de Zeus et d'Athéna. D'abord consacrés à Athéna seule, les monuments commémoratifs des victoires royales sont désormais dédiés aux deux divinités. D’autre part nous possédons un décret d Attale Ier réorganisant le culte de Zeus r’. Il semble donc naturel de conclure que les deux divinités, dont les noms

1. Cette rampe est restituée d’une manière inexacte par L. Ussing, Pergamos , p. 86, fig. 4. Il faut supprimer la colonnade et donner à la rampe une direction inverse.

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