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LA TERRASSE DU TRAJANEUM

Après avoir successivement gravi les trois terrasses, qui, comme autant de larges échelons, conduisent au plateau supérieur, nous avons atteint le point culminant de 1 Acropole. Dans sa partie la plus haute, du côté nord, le plateau s’élève en effet à 325 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et du côté sud, il domine d'une hauteur de 55 mètres la terrasse du théâtre. De là, le regard embrasse librement le merveilleux paysage de la plaine, s’enfonce au loin dans la vallée du Caïque, et voit miroiter à l’horizon les eaux du golfe de Tchandarly. Si 1 on s approche du rebord septentrional, la vue plonge sur d’âpres escarpements, et le plateau qui s'abaisse avec des courbes si molles vers la plaine riante, se dérobe presque à pic, opposant son revers tout hérissé de broussailles à un sauvage désert de montagnes.

Des murs grecs, romains et byzantins font à la terrasse une ceinture de ruines au profil déchiqueté, parfois bizarrement contourné. Mais la plus grande partie est occupée par les vestiges du sanctuaire romain construit en l'honneur de Trajan. Au premier moment, on est tenté de maudire les architectes de l’époque impériale qui ont bouleversé le plateau, et changé si complètement sur ce point

SANT LE TRAJAneum. (Cabinet des médailles.)

la physionomie de l'Acropole royale. Et puis, à l'examen, on est forcé de convenir que ce grand édifice devait couronner très dignement les terrasses inférieures, et que peut-être l’Acropole n'y avait rien perdu. En l'état actuel, les ruines si pittoresques du Trajaneum contribuent à en accuser le relief, et l’immense mur de soutènement qui les supporte souligne avec un tel accent d’énergie la structure du plateau, il s’éclaire au soleil couchant d'un si beau ton doré, qu’on en arrive à le considérer comme un élément essentiel dans l'aspect d'ensemble de l'Acropole.

Le temple découvert sur la terrasse supérieure avait reçu d'abord la dénomination erronée d'Augusteum. Une inscription bilingue, en grec et en latin, trouvée non loin des ruines, a permis de lui restituer son véritable nom1. Elle mentionne des jeux fondés par un rhéteur originaire de Pergame, Julius Quadratus, en l'honneur du temple de Jupiter amicalis {Zvj; et de l’empe-

reur Trajan. Il s'agit bien ici du sanctuaire retrouvé dans les fouilles, et le temple en question est celui qui figure sur plusieurs monnaies de Pergame, frappées au temps de Trajan, avec la légende Zeùç «fcfrio; et Tpatavo;. D'autres témoignages viennent confirmer l’identification : ce sont des inscriptions trouvées dans l'enceinte même du temple, et contenant des dédicaces en l'honneur de l'empereur, de sa femme Plotina et d'Hadrien. Pourtant, le temple seul fut construit sous Trajan. Hadrien acheva le sanctuaire, en faisant édifier les portiques qui l’entourent de trois côtés. Les Pergaméniens associèrent son culte à celui de Trajan. On a retrouvé dans les fouilles, juste au-dessous de la cella, les tètes des statues colossales des deux empereurs, qui avaient leur place dans le temple auprès de l'image de Zeus Philios2.

L'emplacement où s'élevaient le temple et les portiques formait un vaste rectangle, mesurant 70 mètres sur 60; les portiques bordaient les côtés ouest, nord et est; du côté sud, où s’ouvrait la façade du temple, la terrasse était libre. Comme le sol primitif s’abaissait en pente assez brusque, il avait fallu procéder à des travaux considérables pour préparer les assises de cette plate-forme, et les architectes romains avaient adopté une solution fort curieuse. A partir du point où le terrain se dérobait, tout le sous-sol de la terrasse était voûté; moyen pratique et expéditif pour éviter les terrassements, et assurer la solidité des substructions; celles-ci ont en effet survécu dans un état de conservation remarquable. Le Trajaneum ayant été construit en premier lieu, ses fondations sont constituées par un système de voûtes indépendant, enfermé dans un mur de

1. Inschriften von Pergamon, VIII n° 269. Cf. Altertümer von Pergamon , V p. 5i et suivantes.

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