ACTE II, SCÈNE III
lité... mais je l’ai bien payé, soyez tranquille... car il m’a fallu, pour obtenir mon pardon , me lancer comme un alguazil sur les traces de cet impétueux bachelier. Enfin, grâce au ciel, je le tiens, je vous l’amène... Bref, il est votre prisonnier.
CAROLINE
Mon prisonnier!;., mais, monsieur, je vous assure...
LA ROSERAIE
Vous n’avez rien à craindre. Il ne peut désormais rompre sa chaîne sans blesser une belle main, et je me trompe fort si sa courtoisie ne nous répond pas de sa résignation, (u Mg»rd« Aibert,
qui s’inoliae.)
CAROLINE. ’ k .
Mais la soirée est bien avancée...
LA ROSERAIE
Vous recevez des visites jusqu’à minuit. Enfin, c’est une heure à {leine de votre chère solitude que je vous prie de nous sacrifier.. . Ce temps écoulé, vous pourrez sans inconvénient rendre ce jeune homme à la société... mais d’ici là, — permettez-moi d’insister sur celte partie de la tâche que je vous ai réservée, — il faut, — l’avenir d’Albert en dépend, — il faut, ce soir même, le faire rentrer en grâce auprès de votre frère ; il faajt effacer entre vous deux toute trace de ce dissentiment un peu puéril , — passez-moi le mot, — qui vous sépare depuis quelque temps , qui arrête tous nos projets, et qui me met, moi, dans l’embarras vis-à-vis d’une vieille amie à qui nous devons Tun et l’autre tant d’égards , de respect et de reconnaissance.
CAROLINE ^ arec intention.
n est certain que je croyais avoir de bonnes raisons pour ne pas attendre ce soir la visite de M. de Vitré.
LA ROSERAIE) il lui prend la main.
Allons, ma chère enfant, voyons, voyons 1
ALBERT) surpris.
Cependant, madame, j’avais cru pouvoir espérer...
CAROLINE) à La Roseraie^ en lui tenant la main*
Mais , mon ami , puis-je vous demander ce qu’est devenue la bague que je vous avais mise moi-même au doigt tantôt?
4IiBEI\T, i part.
Comment!...
Ah! c’est juste, j’oubliais... Imaginez-vous, ma chère amie, que madame de Vitré est tombée en extase devant ce bijou... et qu’elle m’a demandé comme une faveur capitale de le lui prêter pour la soirée. Je n’ai pas cru devoir résister à une fantaisie si flatteuse pour votre bon goût. Vous ne m’en voulez pas?
CAROLINE
S’il en est ainsi, non. frcrardant AibsH.) R suffit qu’on saehe à quoi s’en tenir.
ALBERT, kpart.
Ma mère!... Je comprends!
LA. ROSERAIE
Ah çà! mais plus je vous regarde... Vous ôtes magnifique!... Aviez-vous changé de visée?... et veniez- vous au bal, par hasaid?
€AhOLINB , areo empresMineai.
Oh! mon Dieu non !... Je... je m’ennuyais... et j’essayais celte toilette avec ma femme de chambre.
LA ROSERAIE
Comment, vous vous ennuyez, ma pauvre enfant? Et moi qui suis obligé de vous quitter 1...
CAROLINE
Comment?
LA ROSERAIE, prônant ton chapeau
n n’y a que trop longtemps que j’ai abandonné mon poste. Ma malheureuse dépêche... Je reviens bientôt, (a Albert.) Mais d’ici là, tu me donnes ta parole de rester ici prisonnier, rescousse ou non rescousse?
ALBERT
- Je vous la donne, La Roseraie, je vous la donne.
Très-bien' j’y compte, (a c»roUne.) Et vous, chère enfent, de l’indulgence ! Pardonnez, et une bonne lettre à votre frère avant minuit. Mais, en môme temps, point de faiblesse pour le captif! Souvenez-vous que je laisse sous votre garde, — c’est sa mère qui
le dit, — le repos d’un ménage et l’honneur d’un galant homme.