ACTE II, SCÈNE IV
de votre heureuse indifférence. Si des larmes troublent ma vie, du moins elles ne tomberont pas de vos yeux... Adieu! (u cher-
eber ton chapeau^ qu*il a posé à droite.)
CAROLINE
Il est vrai... je suis heureuse !
^ ALBERT, B6 rapprochant et baissant la reix.
Si vous ne l’étiez pas, en effet, pourquoi refuser Tappui d’une main dévouée et soumise? Par quel scrupule inexplicable rejeter aujourd’hui une consolation qui semblait hier encore vous charmer? — la consolation d’une amitié si respectueuse, vous ne l’ignorez pas, que le plus sévère sentiment du devoir ne saurait s’en offenser.
CAROLINE, arec une dignité émue.
Cette amitié , entre nous , n’est pas possible. Ce sont là de vaines paroles dont une concsience sincère ne peut se payer longtemps. Ces prétendues amitiés, qu’une femme accepte à côté de son devoir, ne sont que les déguisements hypocrites de la trahison. Ce masque est trop pesant pour mou visage... je l’ai senti ce soir mieux que jamais. Vous-même, pourquoi... il n’y a qu’un instant devant mon mari, vous ai-je vu si mallieurcux, si troublé, si confus? {Mouvemont d'Albert.) Oli , UC VOUS cn défcndoz pas! Je vous en ai su gré... Pourquoi , si vous étiez sûr de n’apporter ici que des sentiments dont personne u’eùt à se plaindre ou à rougir?...
ALBERT, 1 TOO amertume •
Que puis-je vous dire. Madame?... J’admire et j’envie le calme avec lequel vous pouvez, en un tel moment, peser et débattre vos scrupules. Vous m’excuserez si je n’ai pas tout le sang-froid qu’il me faudrait pour discuter cette thèse avec vous?... Tout ce que je sais , tout ce que je sens , c’est que je vous quitte , c’est que je vous perds... c’est (pip je vous aimais !
CAROLINE, se levant sur place»
Monsieur!...
ALBEUT, avec une ardeur contenue.
Je vous aimais! Peu importe le nom que mérite ce sentiment! Je vous aimais avec tout l'abandon, tout le dévouement, toute la pureté do itjbn cœur.,. J’aimais..', sans rien espérer, sans rien ^demander dp’plus... votre présence, votre regard, l’air qui vous
entoure!... Toutes les douces visions... tous les songes de ma jeunesse s’étaient posés sur votre jeune front... et je les y ado* rais avec une pieuse tendresse. Votre pensée me possédait tout entier; elle éclairait, elle enchantait tous les instants de ma vie 1 Elle me faisait vivre I Voilà ce que je sais... voilà ce que je perds ! voilà le coeur qui vous aimait... et que vous brisez 1
CAUOIilNE, «T«ç tr«ul>l«.
Albert 1 (eu« Ta pour rentrer dans sa chambre.)
ALBERT, d'une voix ardente ol sombre.
Non, de grâce , ne me chassez pas l pas ainsi du moins... pas avec cette dureté impérieuse. Ne me chassez pas, je vous en supplie, sous le coup de ce désespoir imprévu, de ce trouble profond qui m’ôte ma raigon , et qui ne me laisse maître , je le sens, ni de ma volonté, ni de ma main, ni de pta vjel
OAROLINE, avoc effroi.
Orând Diôu 1 (ê’one toIx suppliante.) Moii dini l ( Comme Albert saisit la main qu'elle lui abandonne, un domestique paraît à gauche.
LE DOMESTIQUE, annonçant de la porte*
Madame de Vitré.
Ma mère !
ALBERT
CAROLINE
Partez 1... Non, il n'est plus temps... Ici!... (eu. lui montra ihémi-
ejcie ; Albert i'j précipita aprig avoir pris son cliapaau , et abaissa sur lui na dei
rQlaauz.