FAVIÈRES, MADAME DE VITRÉ
MADAME DE VITRÉ, à part.
Cet âge eeL sans pitié! (naut.) Au fait, qui est-ce donc qui voua B fleuri comme cela? Vous avez l’air d’un marié ;*e village!
FAYIÈRESi se rengorgeant avec discrétion*
N’est-ce pas? Les femmes ont véritablement quelqUèfoi* Je»
idées singulières. A mon âge , me charger de fleurs comme ua mai 1 Mon Dieu ! voici ce que c’est, ma chère amie : J'allais partir ; madame d'Aubières , me voyant me diriger vers la porte , m’appelle d’un coup d’œil : « Quoi ! me dit-elle, déjà? Votre soirée « est faite? Vous allez vous reposer sur vos lauriers? » Madame, ai-je dit, mes lauriers actuellement ne sont pas lourds à pcrter.
« Comment? reprend-elle; mais s’il en était ainsi, ce serait tant « pis pour nous, pour l’honneur de notre bon goût. » Elle est vraiment assez aimable, cette petite femme, quand elle veut. Pour « moi , a-t-elle ajouté en baissant un peu la voix, je crois simple- « ment que vous êtes un peu blasé... un peu saturé... et que,
« vous offrît-on une moisson de lauriers , vous ne daigneriez pae « tendre la main pour la recevoir. » Et ce disant, comme on l’enlevait pour une mazourka, elle m’a lancé son bouquet, en me priant de le lui garder un moment. Ma chère baronne, je n’ajoute aucun commentaire à l’anecdote. Vous concevez que j’ai dû mè\rési-
gner. (ll Halra modntemeot son bouquet.) ^
MADAME DE VITRÉ
Favières, ce qui vous arrive là est très-agréable, sans doute; mais prenez garde qu’il n’y ait quelque serpent de blotti sous ces fleurs-là ! car cette attaque , à vous dire vrai , me semble un pèu vive, et même un peu extraordinaire. ” ^
FAVIÈRES
Extraordinaire? Pourquoi donc?
MADAME DE VITRÉ
Mais, d’abord, parce que je me suis laissé dire que madame d’Aubières en est aux civilités les plus distinguées avec un jeune ofiBcier d’étatrmajor, M. d’Espars, je crois.
FAVIÈRES
Parbleu, oui ! Justement, il était à deux pas de nous, d’Espars, quand elle m’a remis le bouquet. Vous n’avezjamaisvuune physionomie plus hébétée... les yeux lui sortaient de la tète... Il m’a affligé I
MADAME DE VITRÉ
C’est égal ; je vous engage à vous méfier. La dame est madrée et sournoise... Je ne sais pas au juste ce qu’elle vous veut; mais...,
FAVIÈRES
you3 ne savez pas ce qu’elle me veut? (u rit.) Ah ! ma foi, ma