‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 11 sur 335 · SECT. II. RÉFUTATION DE L'HISTOIRE DE CETTE INNOVATION · texte numérisé non relu

SECT. II. RÉFUTATION DE L'HISTOIRE DE CETTE INNOVATION

moyen de soutenir une folie si visible, a cru devoir réformer ce plan. El voici à quoi se réduit ce que ce ministre, qui a consumé malheureusement sa vie à chercher dans les écrits des anciens de quoi obscurcir la vérité , a trouvé de plus plausible pour rendre vraisemblable le prodigieux renversement de Tancienne foi qu'il est obligé d'admettre, afin de ne passer pas lui-même pour novateur.

11 représente donc premièrement toule la terre unie dans ce sentiment, que l'Eucharistie n'était le corps de Jésus-Christ qu'en signe et en figure, ou bien en vertu et en efficace , jusqu'à l'an 600 de Notre-Seigneiir. Il avoue ensuite que la créance de la présence réelle n'a pu s'établir tout d'un coup. // ne faut pas penser , dit-il , que ces abus de la transsubstantiation et de la présence réelle, c'est ainsi qu'il appelle la foi catholique touchant l'Eucharistie , aient pu naître tout d'un coup comme des potirons ; » Non putandum est eos I de transsubstantialione et reali prœsentiâ abusus , in i instanti fungorum instar prodiisse. i Ce changement (ajoute-t-il) s'est fait peu à peu, et il n'est arrivé à l'état où il est maintenant que par divers détours : Mulatio paulatim fada est , et tandem per anfractus eh provecta. Après cette confession sincère, il bâtit des degrés imaginaires par lesquels il fait passer celle créance, et place le premier vers l'an 635, en s'effor-r çant de persuader qu'Anasiase Sinaïte , célèbre religieux du Monl-Sinaï , en a jeté les premiers fondements dans un traité qu'il a lait contre certains licréiiques nommés Gayans, ou il dit que ce que nous recevons dans l'Eucharistie n'est pas l'antitype, mais le corps de Jésus-Christ. Sur cela il charge d'injures ce savant religieux, et l'accuse d'avoir innové la doctrine et le langage de l'Église : la doctrine pour avoir enseigné, non la présence réelle, car il ne veut pas en demeurer d'accord ; mais l'union hypostatique de la divinité avec le pain , par le moyen de laquelle le pain était fait le corps de Jésus-Christ, et le vin son sang , parce qu'étant unis à sa personne , ils étaient par conséquent unis à son corps et î» son sang; le langage , parce , dit-il , qu'on avait toujours accordé jusqu'alors dans l'Église que le pain cl le vin éiaicnt antiiypes du corps et du sang de Jésus-Chrisl.

Mais comme cette opinion q^i'Auberiin attribue à cet auteur n'a point d'autre fondement que sa fantaisie, Blondcl, par un autre tour d'imagination, prétend, an contraire, qu'il n'a innové que le langage de l'Église, et qu'il n'a point altéré sa doctrine dans le fond; tant il est aisé de se contredire dans ces conjectures arbitraires, dans lesquelles on a seulement pour but de s'éloigner de la créance des catholiques, et non pas de trouver la vérité.

Aubertin prétend ensuite que ces deux innovations furent embrassées par Germain, patriarche de Conslantinople, en l'an 720; par Jean de Damas, en l'an 740, et ensuite par les évêqiies du II* concile de Nicée en l'an 787; par Nicéphore, patriurche de Constaiilinople , l'an 806 ; qne le même langage paàsa d Orient en Occident , et y fut reçu comme il paraît

par les livres que Charlemagne fil faire au concile de Francfort l'an 794, où ce roi et ces évêques décident que l'Eucharistie ti'est pas l'image du corps de Jésus-Christ y mais son propre corps; en sorte que, selon cette hisïoire d'Aubertin , il faudrait conclure que la créance de l'impanation du Verbe, c'est-à-dire, de l'assomption du p;iin on unité de personne , se répandit universellement en mouis d'un siècle dans l'Orient et dans l'Occident.

Qui n'admirera en cette rencontre combien la préoccupation obscurcit le jugement des hommes, en voyant ce critique persuadé d'une fable si pleine de contradiction et d'absurdités.' Il est difficile de les remarquer toutes, et je me contenterai de quelquesunes. Premièrement , quelle apparence y a-t-il qu'Anasiase, qui ne pouvait ignorer la foi de l'Église de son temps, produise en passant et sans dessein une opinion qui y aurait été formellement opposée, et la produise sans témoigner qu'il avance quelque chose de contraire à l'opinion commune, mais plutôt comme une chose constante et indubitable, qu'il n'est pas besoin de prouver? Ainsi ce que dit cet auteur, que f Eucharistie n'est pas antitype , c'est-à-dire, signe du corps de Jésus-Christ , ne montre pas qu'il ait changé la créance de l'Église , mais montre seulement que c'était une chose constante au VIII* siècle que l'Eucharistie n'était pas une simple image du corps de Jésus-Christ, mais le corps même de Jésus-Clirisi. Secondement, n'est-il pas absolument ridicule de supposer, comme ce ministre fait, que l'Orient, qui était plein des livres de S. Basile , des deux SS. Grégoires, de S. Chrysostôme , qui faisaient la principale et presque l'unique étude des Grecs, ait abandonné la créance et le langage de tous ces Pères, et la foi dans laquelle il avait été instruit, pour régler son langage et sa créance sur un passage écarté d'un livre d'ini religieux du Mont-Sinnï ? Mais combien est-il encore plus hors d'apparence , de faire passer ce changement dans l'Occident, et de le faire recevoir tout d'un coup par les évêques assemblés à Francfort ; puisqu'il n'y en avait aucun dans celte assemblée qui entendît le grec, et que l'ignorance de celle langue leur lit commettre plusieurs erreiu's de l''ail, en interprétant mal le sciuimentdes Pères du II' concile de Nicée, et en confondant le concile des iconoclastes avec ce concile catholique; parce qu'ils n'avaient point d'autre lumière de ce qui s'était passé en Orient, qu'une version latine pleine de fatites? Et par conséquent, quand Charlemagne définit dans ce livre souscrit par tous les évêques , que Jésus-Christ ne nous a point conféré une image, ni'iis le sacrement de son corps ; que CEucharistie ne doit pas être appelée image , mai$ vérité ; non ombre, mais corps ; non figure des choses futures^ mais ce qui était représenté par les figures ; quand il remarque, que Jésus-Christ n'a pas dit de ce qu'il diinna à ses apôtres : C'est l'image de mon corps, mais : Ccsl mon corps qui iera livré pour vous, c'est mon sang qm sera répandu pour plusieurs; quand il dil que ce qui se passa d'.ms rinslilution de l'Euchuris'

Si

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