‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 15 sur 35 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MYSTÈRE nELATRÈS-SAmTE TRINITÉ, PHOCESSION »U SAIPîT-ESPEIT. ADDITION DU FILIOQUE AU SYMBOLE DO PAEMtEE CONCILE DE KlCÉS

La question qui va nous occuper est d'une très-haute itoportance et réclame touie aolre atteutiou ; car elle touche, par un point qui n'a pas elë assez clairement aperçu, à rarianisme, cette détestable hérésie quireaferme la destruction radicale du christianiâme. En effet, si rHomnifi-Dieu n'est pas en réalité, et dans la plus rigoureuse acception du terme, con* substantiel et en tout égal à son Père; s'il lui est inférieur eiî quoi que ce soit; s'il ne possède pas toute la pumance de son pére^ hors celle de tirer de lui-même son essence in Unie, il rentre dansTessence de la créature, et quelque grand, quelque pîirfait qu'il puisse nous paraître , il esta une dutance infink de Tessence divine. Dès lors il n'est plus capable de satisfaire à ta Diyinité mortellement offensée par le crime du premier homme, et, en lui, de tout le genre humain; il n'est plus que, comme des mil lions d'autres, un juste persécuté et misa mort en haine de la vérité; ou , pour dire toute la vérité, il n'est plus qu'un imposteur , justement proscrit par le sénat de sott peuple , pour s'être déclaré Fils de Dieu et juge de Tuoivers* Le christianisme tout entier n'est plusqu'une absurde illusîoa*

Par ce que nous venons dédire, l'on voit combien est essentielle à la religion chrêtieuDe la pure et inviolable doctrine de Isiparfailù égaiiié du Verbe incarné avec Dieu sou Père, et avec quel soin l'Eglise catholique a dû et doit encore et sans cesse veiller à ce que la plus imperceptible aileinle ne puisse lui être portée. Un coup d'œil respectueuit, qu'avec crainte et tremblement nous allons jeter sur l'éblouissant mystère de

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Trinité en un seul Dieu » nous montrera par quel point la doctrine grecque, sur la procession du Saint-Esprit, nous parait i^approcher beaucoup de Thérésie d'Arius.

Nous le savons, Tadorable mystère de ia Trinité est et sera éternellement impénétrable à toute intelligence créée. L'intersinable éternité n'a pas une étendue suffisante pour que les ssprits les plus élevés sur l'échelle sérapbique puissent la com- )reDdreméme en la contemplant; et pendant les siècles sans lombre et sans fin les anges et les saints plongeront dans cet >céan des magnificences divines sans eu atteindre le fond.

Et bien que cedivin mystère soit ineffable, et qu'il ne puisse ^tre prononcé dans le langage du ciel ni de la terre, nous nous royons pourtant induit , par la matière que nous devons exaniner, à exprimer en langage humain (mais en soumettant en ^ute humilité chacune de nos expressions à l'inraillible jugement delà sainte Église) , et appelantà notre secours les pures lumières de la foi , ce que nous montre notre faible raison , d'accord, ou plutôt élevée jusqu'à la hauteur de la révélation évangélique, hors de laquelle il n'est, en matière surnaturelle, que ténèbres ou folies. Nous ne perdrons pas d'ailleurs de ^necet oracle de la sagesse divine :C6/uigut<cru(era lamajesté 9Wa écrasé de sa gloire!

Dieu est infini : il l'est dans la rigoureuse et incompréhensible signification de ce terme. Il est infini en durée , c'est-à-dire éternel; infini en puissance, infini en intelligence, infini en ^nté, infini dans ses perfections et dans ses attributs, tant !ti nombre, si l'on peut se servir de ces expressions, qu'en tendue et en profondeur.

Dieu étant éternel, il ne peut tirer son être que de lui- Eiéme, de sa toute-puissante volonté. Car s'il y avait hors de ui une nécessité , une cause quelconque d'existence , cette ^use, cette nécessité lui serait antérieure, et par conséquent supérieure ; c'est-à-dire que Dieu n'étant plus éternel puislue une autre cause l'aurait précédé , ni tout-puissant puis- )Q'il aurait été dépendant de cette cause, même quant à son ^^istence , Dieu ne serait pas Dieu , ce qui serait la plus haute ^e toutes les absurdités, la contradiction dans les termes.

Dieu a donc en lui Vinfinie puissance de se donner Vitre, et

il l'exerce de toute éternité , toujours et sans fin ' , par ane opération qui s'élève au-dessus de toute pensée, autre qaeb sienne propre. Il est, pour lui-même , pour tout ce qui esta lui et hors de lui, le principe exclusif, absolu de rexiiUnce. Ce principe ineffable se personnifie, de toute éternité et sans fin, dans la première personne en Dieu, le Père. Il se donne à lui-même, avec la vie essentielle, interminable, les infinies perfections qui constituent sa divine nature.

Mais ces infinies perrections, en se les donnant, il lesooonaît , il les pénètre, il se les révèle à lui-même , et cette tn^nie puissance d'intuition de lui-même, de propre révélation, d'illumination de son être divin , ce principe de toute tnIsK* gence , principe non moins essentiel, non moins étemel, non moins infini, non moins tout-puissant que son principe d'exi»tence et d'interminable vie , se personnifie en lui , par nne opération ineffable , que la révélation appelle tendrement, dans la seconde personne de l'essence divine, le Fils unicpe du Père, le Verbe, principe et organe tout-puissant, étemel, infini de cette révélation que l'Éternel se fait de lui-même à lui-même. Et telle est la gloire que par cet incompréhensible engendrement le Père se donne à lui-même, que, depuis qo'i^ a daigné nous donner son Fils, sans lequel ces soblîmesa^ mystérieuses vérités nous seraient restées éternellement inconnues, il n'a pas voulu que les enfants de son adoption l'invoquassent sous un autre nom que celui du Père, contraL rement à la pratique du peuple d'Abraham , dont les adorai tions s'adressaient à Jéhovad , à Adonaï^ etc.; noms sacrés e^ dignes de l'Eternel , mais qui ne donnaient à ses adoratctrr^ que l'idée du maître et du seigneur.

Cette parfaite intuition de l'abîme de ses grandeurs, ce^

' Si Dieu ne se donnait pas rexisteace par une opération continneH -^ et sans fin , il faudrait qu'il se la fût donnée une fois. Mais, dans ce eas^ il ne serait plus éternel , puisque , avant cette une fois qui constitueiai0 de toute nécessité tin commencement , il y aurait eu un espace infini ^ une éternité avant ce commencement. Il en est de même des deux autres ineffables opérations de la nature divine, Tengendrement de la second ^ et la procession de la troisième personne en Dieu. Toutes sont actuelles^ continues et interminables parce qu'elles sont éternellea

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engendrement du Verbe , serait à jamais stérile et inféconde si elle ne produisait en Dieu essentiellement , et en vertu d'une nécessité de justice qui est en lui , Tadmiration , l'amour éterful y infini, tout-puissant qu'il se porte à lui-même, dans la parfaite ressemblance qu'il admire , qu'il aime en son Fils , principe de sa gloire , et que le Fils porte à son Père, l'in* compréhensible auteur de son être. Et le principe intarissa* ble de ce mutuel amour se personnifie en Dieu par l'opération non moins incompréhensible que l'Ecriture appelle la procès» MOU de TEsprit-Saint. Il est dit, par excellence, Esprit, parce qn'll est , comme l'âme , la vertu vivifiante de la divine essence '. Il est appelé satn^par excellence, parce qu'il est, en Dieu , le principe de toute sainteté, c'est-à-dire de toute justice ; car si Dieu ne s'aimait pas d'un amour éternel^ infini, tout-puissant, il ne se rendrait pas la justice qu'il se doit, en égard à ses perfections infinies ; il ne pourrait jouir de rineffable béatitude que lui donne cet amour.

Ce tout-puissant, cet éternel amour est en même temps cause et principe de bonté et de rigueurs envers toutes ses créatures. Principe de bonté, puisqu'il appellera l'éternelle société de Dieu ceux qui consentent à lui demeurer fidèles; principe de rigueurs, puisqu'autant l'Ësprit-Saint aime les perfections divines et tout ce qui leur est conforme, autant inexprimable est la haine qu'il porte à tout ce qui leur est contraire ; par où se comprennent l'effroyable rigueur et l'infinie durée des supplices de l'enfer, puisque cette haine divine est comme le sou£De de l'Esprit-Saint qui en attise les feux.

Or , le Père s'admirant et s'aimant dans le Fils , sa gloire et le Fils aimant son Père et s'aimant lui-même de l'amour propre à la Divinité, c'est-à-dire d'un amour infini , il est de toute évidence que l'infinie puissance de laquelle procède ce mutuel amour est, dans toute sa plénitude et sans partage , la possession commune et indivisible des personnes divines; et l'acte ineffable de celte procession , acte que la théologie chré- Uenne appelle spiration active, est nécessairement l'œuvre indivise du Père et du Fils, du Fils et du Père.

' Suivant cette parole du grand Évangéliste : Dieu est amour,

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Il nous serait difficile de nons proooncer sur la question de savoir si la ihéologie moderne des Orientaux en gënénl, et des Russes en particulier , s^est jamais élevée à des considérations aussi positives sur le mystère de la Trinité ; consîdéntions conformes aux doctrines apostoliques comme à renseignement séculaire de la sainte Eglise. Ce qui nous parait d'uoe irréfragable conséquence 9 ces incontestables prémînei étant admises , c'est que la doctrine catholique s^y trouve définie et justifiée d*une manière si lucide, que Timpiété arieiae pourrait seule refuser d'y adhérer. Car dire que le Saiat- Esprit procède du Père setU^ c'est dire que le Père ne communique pas à son Fils bien-aimé la puissance infinie de h êpiration active; ce serait donc dire que le Fils est dans l'impuissance de rendre à son Père l'amour infini qu'il reçoit it lui ; que , par conséquent , il ne saurait rendre à la première personne de l'auguste Trinité ce qui lui est dû : ce serait donc constituer le Fils dans un état infiniment inférieur en puissance à son Père '; car il ne peut exister de terme moyen entre l'essence divine et toute autre nature ; point de mîlien entre l'infini et le fini. Et quelque haut que vous prétendîec placer le Fils de Dieu , si vous ne lui accordez l'essence infi* nie , égale en toute-puissance d celle de Dieu son Père dans toute sa plénitude, il restera toujours entre le Fils et le Père l'incommensurable abîme qui sépare Tinfini du fini. Dès lors plus de consubstantiallté , et par conséquent plus de Trinité. L'essence divine, telle qu'elle nous est révélée, n'a plus d'exil tence réelle; le monde est sans Dieu!

Telles seraient les conséquences évidentes d'une doctrine qui prétendrait enlever au Fils de Dieu la puissance infinie de la spiration active; de l'égal amour du Fils pour le Père,

' Affreux blasphème , d*ayanoe condamné par \» Fils de Dlea , lorsqu'il se déclare une même chose avec son Père, «t lorsqu'il loi iMfa^sse «es sacrées paroles : Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi. Ce qui ne peut avoir d'autre signiGcation que Vunité de nor ture et de possession; car tout ce que Dieu possède est renfeuné dans cette sublime et incompréhensible nature ; et hors d'elle Dieu n*a ni ne possède aucune chose , parce que rien n*existe ni ne peut exister ladé* pendamment de Texistcnce , ou de la nature divine.

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comme da Père pour le Fils; mutuel amour qui constitue la procession de rEsprit^-Saint : c'est le blasphème arien dans son infernale horreur!

Hais y s'il en est ainsi, dira peut-être quelque théologien KK*^9 s* réellement la négation de la procession du Saintr £ïsprit des deux Personnes divines est équivalente à l'impiété d^Arios, pourquoi le grand concile de Nicée n'y a-t-il pas S>oarvu an moyen de l'addition introduite si longtemps après dans son symbole par l'Ëglise latine? Et pourquoi celle-ci E^^nneitait-elle aux Grecs-unis de réciter ce symbole sans <24ette addition? — La réponse à ces deux objections sera aussi ^ Ample que facile.

Quant à la première, nous ferons observer d'abord que les c^onciies œcuméniques s'assemblent pour juger et condamner des erreurs de doctrine actuelles et non peu futures ; qu'à cet c^S^rd, l'Homme-Dieu , en lui assurant l'assistance perpétuelle <M.^ rEspritrSainty qui devait l'induire en toute vérité, n'a pas <2ommuniqué à son Eglise;, avec le don de rinfaHlibUitéj celui ^s£m la prescience divine , pour prévoir les hérésies à venir , ni I ^M mille subterfuges derrière lesquels l'hérésie cherche à se ^c^nstraire à l'anathème prononcé contre elle', de sorte que le erand concile de Nicée, en employant le texte évangélique : *o Paraelet, V Esprit de vérité qui procède du Père, n'a rien fait cj ve de très-régulier , ne pouvant prévoir qne , malgré tout ce qvi'il avait inséré en son symbole, pour établir la parfaite égals Ce du Fils avec son Père, l'hérésie arienne trouverait dans l«i procession du Saint-Esprit du Père un dernier asile pour 9*ï réfugier , et maintenir, au moins sur ce point, l'infériorité du Fils à l'égard du Père\ Le temps seul développe le venin ^e toutes les erreurs ; les hérésiarques se sont, en tous temps, >»ontrés d'une grande habileté pour extraire ce venin, tan- ^t des textes mêmes de l'Écriture, tantôt de son silence, et ils n'en ont pas autrement agi quant aux définitions les plus claires des conciles.

* Cest ce motif qui rend si complètement insensée la théorie gréco-russe <]iii prétend borner au nombre mystique de iept les conciles oecuméniques, P^Waot ainsi TÉglise universelle de ses droits d'enseignement, déjuge- ''^em et de condamnation pour tous les siècles postérieurs au huitième.

* Yoy* note additionnelle 31.

Quant à la seconde question , nous avons vu comment ao second concile de Lyon (1274), et dans celui de Florence (1439), la question de la procession du Saint-Esprit fut débattue et unanimement résolue en faveur de la doctrine de TEglise romaine; comment cette doctrine y fut reconnue être celle des apôtres et de toute l'antiquité. Le synode de Brest , tenu en 1594, reprenant les choses où elles en étaient restées au concile de Florence, reconnut en termes exprès et formels la pure orthodoxie de Taddition du Filioque , et cette déclaration suflisait pour consommer , sur ce point, sa réunion afec TEglise catholique romaine. Car, nous Tavons déjà fait remarquer , il n'y a aucune erreur à énoncer la procession da Saint-Esprit du Père, conformément au texte évangéliqoe; Terreur consiste à en inférer qu'il ne procède que du Père, contrairement à d'autres textes , et à la notion même du dogne de la sainte Trinité , comme nous Tavons fait voir. Au reste, TEglise grecque-unie de Pologne ne se montra nullement j^ louse de la concession qui lui avait été faite à cet égard, et nous pouvons certiGer que toujours, à toutes les messes de ce rit auxquelles nous avons assisté , nous avons entendu chanter le symbole de Nicée, avec l'addition du Filioque, ce qui si également lieu dans les nombreuses Eglises du rit grec-uni ^ répandues dans les royaumes de Hongrie et de Ckilicie.

L'accusation de tendance évidente à un retour vers l'a'--^ rianisme, que nous portons contre l'auteur du schisme grec «s^ nous l'épargnons volontiers au synode de Russie ; car dans soi^ manifeste , ainsi que dans son acte synodal et dans son épitn^ aux évéques du synode de Polotsk , nous ne trouvons pas la^ moindre trace d'une rétractation demandée aux évéques grecs-*^ unis sur l'addition du Filioque ' ni sur le dogme qu'elle ex-^ prime. Nous voyons seulement dans la lettre que les évéqnes«ji unis adressent à l'empereur , et non pas au synode , un pas-^ sage qui parait y avoir été comme subrepticement glissé, et^

' Il est Trai que Ton ayait préalablement pourvu à la suppression de^ cette addition au moyen de la délivrance des missels schismatiques faites aux apostats en 1834. Mais une suppression ne peut être, en matière d^ fol , équivalente à une abjuration !

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oh 66 trouve exprimé le vœu : « Que TEgiise uniate puisse , » d'une ?oix unanime et d'an cœur unique , confesser avec » tout le peuple russe un Dieu en trois personnes , suivant » Tantique définition apostolique , conformément aux canons » des saints conciles œcuméniques , et à la tradition des grands B pontifes et docteurs de FEglise orthodoxe catholique , etc.» Si c'est là une déclaration dogmatique qui doive s'appliquer à fat procession du Saint-Esprit , nous observerons d'abord qu'elle n'est pas ici à sa place, et qu'elle aurait dû être insérée dans le texte même de l'acte synodal ; et puisque dans Témiflsion de ce vœu , exprimé en paroles si vagues , s'il se trouve une rétractation , elle y est si habilement dissimulée, qu'il n'y a aucun membre de l'Eglise orthodoxe catholique , ^t est la noire f qui ne fût prêt à la signer; car les deux conciles de Lyon et de Florence ont reconnu le dogme do la procession da Saint-Esprit , exprimé par lé FUioque , conforme , en tous points y à l'antique définition apostolique , aux canons des saints conciles œcuméniques, et à la tradition écrite et orale des grands pontifes et docteurs^ dont la parole et les œuvres 4mt jeté tant d'éclat sur la théologie des premiers siècles de l'Eglise.

Le synode de Russie, dans la décision qu'il prononce sur l'union qui lui est demandée, invoque les canons et règles de l'Eglise universelle et les exemples des saints Pères. Or, nous lui demanderons si , lorsqu'il est arrivé qu'une Eglise particu- 1 ière se mit en état de dissidence dogmatique avec l'Eglise uni- '^erselle, la réunion a jamais été, ou pu être opérée sans être précédée d'une abjuration complète, explicite et solennelle de la «loctrine opposée à celle de l'Eglise ? Gomme donc le synode Induit à la seule condition de se soumettre à son autorité, ses exigences envers l'Eglise uniate , et qu'après celte promesse Jl déclare en termes formels qu'il n*a pltM rien à lui demander, l'on devrait en conclure qu'à ses yeux l'addition du Filioque et la doctrine qu'elle exprime ont perdu leur caractère primitif d'hétérodoxie.

En effet , lorsque l'on traite cette question avec des théologiens éclairés et sincères, comme cela- nous est plusieurs fois arrivé , ils renoncent volontiers à toute controverse sur le

dogme de la procession du Saiot-Esprit, du Père et du Fib, et alors ils se retranchent dans une antre accusation contre TEglise romaine ; lui imputant seulement de la témérité d'avoir 9 de son autorité privée , osé altérer l'œuvre des premiers conciles. Mais quand cette témérité serait réelle ; quand elle n'aurait pas les graves motifs que Ton connaît ; quand il serait vrai que l'Eglise apostolique de Rome, la chaire impérissable du chef des apôtres, pût n'exercer qu'une autorité privée, cette témérité, même supposée réelle, devait-elle fournir oo motif suffisant pour un schisme qui^ en brisant le lien d'obëif-' sance, a si déplorablement rompu celui de la paix et de la charité?

Présentait-elle un de ces cas si douloureux , où la saiote Eglise de Jésus-Christ se voit forcée d'arracher , en quelque sorte, à ses vivifiantes entrailles des enfants morts à la foi, de peur que la mortelle contagion qui les a fait périr ne vienne attaquer ceux dont la vie spirituelle lui est si précieuse? Oh! certes, avant d'en venir à une extrémité si cruelle pour la mère des vivants, il eût fallu au moins le jugement d'un concile, et la condamnation formelle, non pas de F addition du FUiofiêe, mais du dogme qu'il exprime. Mais nous oublions qu'au onr zième siècle il y avait, suivant le synode de Russie, pins de trois cents ans que l'ère des conciles œcuméniques était closes c'est-à-dire que l'Eglise universelle n'avait plus aucun moyen de juger et de condamner les hérésies ; de sorte qu'il ne rcs-* tait à Gérulaire qu'à agir par voie de fait, faute d'un recours possible à un tribunal suprême. Resterait seulement à savoir à quelle source il avait puisé l'autorité judiciaire souveraine en matière de foi, et de quel droit il en faisait usage, lui le plus moderne des patriarches de la chrétienté , contre TEglise à laquelle la sienne était, depuis mille ans, soumise? La théorie de la prééminence du pouvoir impérial viendra, sans doute , en aide au synode de Russie , pour répondre à ces questions !

D'autres théologiens russes vous diront qu'il serait plus exact de dire que le Saint-Esprit procède du Père par le Fils\

* Cette expression avait été, dit-on, admise par le second concile des

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Cette variante serait d'auiant moins satisfaisante pour Tesprit» qu'elle prêterait à une équivoque qu'il est toujours très-important d'éviler en matière de dogmes. Car l'expression par pourrait 9 assez raisonnablement, s'interpréter par un commentaire qui représenterait le Fils de Dieu comme l'objet de Tamoar du Père , sans réciprocité de sa part; comme Foccc^ non y en quelque sorte , de la spiration active , et non pas comme puissance . comme personne active et coagissante dans celte opération divine ; et ce serait là une proposition captieuse, équivalente à la négation de la parfaite égalité des deux premières personnes de l'essence divine ; ce serait sous une autre forme le blasphème arien.

Pour se dégager de ces variantes qui ne font qu'égarer le jugement et porter une plus grande obscurité dans la question , mieux vaut s'en rapporter à ce qui nous parait seul authentique dans l'enseignement de l'Eglise do Russie sur ce point ; car en réalité tout se réduit à la solution de ces deux questions, dont l'une est catholiqiAe et l'autre arienne. Le Fils de Dieu est-il, comme son Père , principe , puissance caactive de la spiration divine, ou n'en est-il que l'objet, en quelque sorte l'occasion passive? En d'autres termes , possède-t-il l'infinie puissance de rendre à son Père amour pour amour, dans ta. même infinité qu'il le reçoit de lui? Cette question renferme évidemment la vie et la mort , l'orthodoxie ou l'hérésie. Comment la résout l'Eglise de Russie?

La Somme théologique qui s'enseigne dans les séminaires russes , et qui a pour auteur le célèbre Thiophane Prokopoviteh, métropolite de Novgorod, sous le règne de Pierre P% attaque avec autant de vivacité f addition du FUioque que le dogm» dont elle est l'expression. Gomme ce volumineux ouvrage a servi à l'éducation cléricale de tous les membres du synode, ïions devons supposer que , sur tout ce qui regarde le dogme

^'cée; ce qui prouverait, en première ligne, le pouvoir de TÉglise d*ajouter aa symbole arrêté par un concile précédent. Cette expression , dans ^^ cas, aurait été jugée équivalente à la nôtre; car Ton n'imaginera pas apparemment qu'elle ait dû représenter le Fils comme un simple inter- ""^^diaire passif, à peu près comme le verre ardent donnant passage au ''^yon soldre, pour porter aiUears le foyer de chaleur dont il est la source.

9M DE LA ftITUATIOH ftKUAISUSB

de 11 prooesftion du Saint-Esprit , il n'a pas ane autre foi qae celle qui lui a été enseignée , et que par conséquent il condamne et déteste la doctrine de FEglise romaine sur ce point. Dès lors il y aurait lieu d'être surpris de la condescendanœ qu'il apporte à la réconciliation de son Ëglise avec les Grec»* unis 9 au moyen d'un entier silemce de cet article , qui cependant était et est encore la pierre angulaire du schisme d'(>ieDt.Il y aurait lieu de s'en étonner, si l'on ne voyait, par tous les actes relatifs à cette union, et jusqu'à la plus grande évidence, que le synode avec son décret n'est qu'une espèce de hors-d*œuvre dans tonte l'afiaire ; qu'il n'était qu'un agentii* termédiaire pour Taccom plissement d'une Tue, en partie réactive , quant au passé, et en partie préventive , quant à l'ayenir; vue qui appartenait au maître, et dont le véritable objet était une fusion plus entière des neuf provinces démembrées de la Pologne avec l'empire. C'est à ce motif, tout politique, et pris en dehors des questions théologiques, qu'il faut attribuer le silence complet du synode sur tout ce qui aurait pu susciter quelque controverse ou discussion théologique quelconque. Mais de ce silence il suit avec évidence de deux choses Tune : ou le synode n'a reconnu, à la question de la procession du Saint-Esprit , aucune importance dogmatique, ceqoi« mr ce premier article^ détruirait toute imputation raisonnable d'hérésie adressée à l'Eglise latine , ou dans une question d^ haute importance , et en matière de foi , il s'est laissé impo^ ser un silence prévaricateur et sacrilège ; ce qui montre, miem^ que toute sorte de raisonnement^ combien la prééminence impériale peut, en certains cas, entraver l'enseignement o^ thodoxe et les définitions doctrinales de l'Eglise. Il n'entr^ pas, au reste, dans notre objet d'examiner les conséquence éventuelles de ce mode d'identification de deux peuples, entr^ lesquels il existe des souvenirs si irritants; nous n'avons qu^^ déplorer le choix du moyen auquel on s'est arrêté pour atteit^ dre un but dont le désir n'avait , par lui-même , rieu de nli^ gieusement répréhensible.

Quoi qu'il en puisse être de l'issue finale de l'entreprise^ nous prenons acte^ au nom de FEglise catholique , du silence o^ serve par le synode de Russie sur l'hérésie prétendue, attachée

DE L EMPIItE DE BUSSIS.

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