CHAPITRE V
Installation à Yverdon. — Débuts pénibles de Tinstilut. — ArrÎTée de trois élèves-maîtres prussiens. — Description de la vie intérieure de rinstitut, d'après différents témoignages. — Influence considérable de Niederer. — Niederer et Joseph Schmid : leur rivalité. — Inspection de l'institut par orâre de la Diète helvétique. — Rapport du Père Girard au nom de la commission.
— Témoignage de Karl von Raumer. — Polémiques suscitées par le Rapport de la commission d'enquête. — Départ de Sclimid.
— Visite de JuUien. — Établissement d'une imprimerie-librairie : entreprise désastreuse. — Institution d'une « commission économique ». — Retour de Schmid. — Visite de Pestalozzi à Tempereur Alexandre de Russie et au roi de Prusse. — Nouveau conflit entre Niederer et Schmid. — Désorganisation de l'établissement. — Départ de Niederer. — Révolte des maîtres. — Négociations avec Fallcnberg, suivies de rupture. — Succès de la souscription, aux œuvres complètes de Pestalozzi. — Ouverture de l'orphelinat de Clindy. — Réunion de l'orphelinat à l'institut. — Nouveaux démêlés avec Niederer. — Décadence et fermeture de l'établissement.
Les débuts de l'institut d'Yverdon furent des plus pénibles, et Pestalozzi vécut encore pendant quelque temps dans un état voisin de la misère. Cependant, Krûsi nous affirme que cette période fut pour lui la plus heureuse de son existence, et qu'il le vit rarement plus joyeux et plus tranquille, assuré du lendemain par sa pension, et jouissant de la vie avec la sérénité d'un enfant. C'est dans ces circonstances qu'il écrivit son ouvrage intitulé : Vues, expériences et moyens propres à favoriser une méthode d'éducation conforme à la nature humaine *, mais qui ne parut, et en partie seulement, qu'en 1807.
1. Ansichterif Erfahrungen und Mittel zur Befôrderung einer der Menschennatur angemessenen Erziehungsweise.
Ici commence la période la plus glorieuse et aussi la plus troublée de l'existence de Pestalozzi : glorieuse par le triomphe de ses idées en Europe, mais troublée par les difficultés intérieures inhérentes sans doute à tout établissement d'éducation, mais singulièrement aggravées par le manque d'aptitudes spéciales d'un homme trop confiant et dénué de sens pratique.
On sait avec quelle vigueur la Prusse, écrasée à léna, entreprit l'œuvre de sa régénération, et comment le philosophe Fichte y contribua par ses célèbres Discours à la nation allemande^ où il proclamait sans hésiter la méthode de Pestalozzi comme seule capable de servir de base ù une éducation vraiment nationale^. Ces aver-. tissements devaient être d'autant mieux écoutés que le? ^ hommes qui dirigeaient alors l'instruction publique en' Prusse, Nicolovius, Sûvern et quelques-uns de leurs collaborateurs, connaissaient déjà Pestalozzi, soit en personne, soit par ses écrits et par la réputation de son institut, et étaient déjà convertis à ses idées^. La reine Louise elle-même, qui était une de ses grandes admiratrices, prit une part active au mouvement. Le 11 septembre 1808, le ministre Schroler, à qui le roi venait de confier le soin d'organiser l'éducation nationale dans les provinces prussiennes, écrivait à Pestalozzi : « Entièrement convaincu de la haute valeur de la méthode d'enseignement inventée et si heureusement appliquée par vous, j'ai résolu de procéder à une réforme complète de l'enseignement dans les provinces prussiennes , fondée sur l'introduction de cette méthode dans les écoles primaires, dont j'attends les bienfaits les plus grands pour la culture du peuple. » Et il lui annonce son intention d^fenvoyer immédiatement deux jeunes gens à Yverdon, pour « puiser directement à la source l'esprit de toute la méthode d*éducalion et d'enseignement », s'initier à la pratique de la méthode sous la direction de