‹ Pestalozzi, étude biographiqueChapitre 136 sur 202 · T. IV, pp · texte numérisé non relu

T. IV, pp

2. Rosette Kasthofer, née à Berne en 1779, était la fille de l'administrateur de l'hôpital de cette ville. Après la mort de son père, elle avait reçu à Miinchenbuchsee, en 1804, des leçons de Murait, et avait résolu de devenir institutrice. Toutefois elle n'était pas encore entrée dans la carrière, et se trouvait en visite à Saint-Germain, près de Paris, dans une famille amie, lorsque Pestalozzi l'appela auprès de lui dans l'automne de 1808. — Les Pestalozzi-Blâtter, année 1884, pp. 27-30 et 44-43, ont publié la correspondance échangée à cette occasion entre Pestalozzi et Rosette Kasthofer.

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aux anciens. Déjà en juin 1807, le jeune théologien Elias MiegS anii de Cari Ritter et précepteur dans la maison du banquier francfortois Willemer, ayant amené son élève Abraham à Yverdon pour y suivre les leçons de l'institut, était devenu lui-même Tun des maîtres de rétablissem,ent. Nature pondérée, doué d'un grand sens pratique, d'un esprit calme et pénétrant, Mieg s'attacha vivement à Pestalozzi, dont il devint plus tard le conseiller en plusieurs circonstances graves, comme nous le verrons. Frœbel, qui était déjà venu faire un court séjour à Yverdon en 1805, revint en 1808, accompagné de ses élèves, les fils de M. de Holzhausen, de Francfort; il resta deux années avec eux dans l'institut (jusqu'en 1810), assistant à toutes les leçons. (( Le temps que je passai à Yverdon, a-t-il écrit plus tard dans son autobiographie, fut dans ma vie une époque décisive ^ » Von Tiirk, qui avait déjà fait un

1. Mieg était le fils du conseiller ecclésiastique Û. Mieg, de Heidelberg, qui avait été en relations avec Pestalozzi à l'époque où tous deux étaient affiliés à l'IUuminisme. Voir plus haut, p. 74.

2. L'impression laissée par Frœbel aux maîtres de l'institut, ou du moins à quelques-uns d'entre eux, ne paraît pas avoir été très favorable, et M"* de Holzhausen, de son côté, fut médiocrement satisfaite du profit retiré par ses fils de leur séjour à Yverdon : aussi employa-t-elle plus tard son influence à dissuader les parents de confier leurs enfants à Pestalozzi. Une lettre de Niederer à de l'Aspée, fondateur d'un institut pestalozzien à Wiesbaden, du 19 septembre 1814, contient à ce sujet des détails intéressants (Morf, lY, p. 388) :

« Il est très vrai, c<$mme le disent les Francfortois, que chez Pestalozzi les enfants n'apprennent pas à faire de beaux compliments. Pestalozzi lui-même ne sait faire que les compliments les plus gauches du monde, et la plupart de ses coHaborateurs n'en font point du tout. Mais aussi n'avait-on jamais entendu dire que ce fût pour cela qu'on envoyait des enfants à Pestalozzi; ils apprendront les belles manières infiniment mieux à Francfort. Cependant Pestalozzi avait témoigné à M""» de Holzhausen tant d'égards et de déférence, il s'était

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séjour de trois mois à Mûnchenbuchsee en 1805, offrit à Pestalozzi ses services comme maître; ils fureat acceptés, et en juin 1808 von Tûrk arriva à Yverdon, dans l'intention de « finir ses jours auprès de Pestalozzi » ; il était accompagné de sa femme et de quelques élèves *. Nous avons déjà mentionné, la venue de Zeller, qui séjourna quatre mois à Yverdon (novembre 1807 -février 1808). Un jeune prêtre catholique *, Philippe Nabholz, l'un des maîtres du séminaire d'instituteurs installé au couvent de Kreuzlingen (Thurgovie), se rendit à Yverdon en octobre 1807; il fit dans l'institut un séjour de six mois, en prenant part à l'enseignement; l'élévation de son caractère et son naturel bienveillant lui gagnèrent le cœur de Pestalozzi, qui, plus tard, lui fit à différentes reprises, comme nous le verrons, la proposition de revenir à

occupé de ses lils avec tant de sollicitude et avait expliqué à leur mère, à réitérées fois et sans se lasser, ses opinions sur l'éducation avec tant de complaisance et de cordialité, que cette dame aurait dû sentir qu'elle lui avait quelques obligations. Je dois* dire, il est vrai, qu'à cette époque déjà j'avais conçu quelque défiance en la voyant priser si haut ce raide échalas [der hôherne Ladstock), ce M. Frœbel, le précepteur de ses enfants, et je pressentais un semblable résultat, bien que je ne le comprenne absolument pas. »

1. Von Tùrk avait fondé à Oldenbourg, en iSOG, un institut qui n'avait pas prospéré; il venait d'abandonner cette entreprise.

2. Pestalozzi avait trouvé des partisans au sein même de l'Eglise catholique. Nous avons déjà vu^que l'évêque de Constance, Wessenberg, était un de ses admirateurs. En mai 1808, Zeller écrivait ce qui suit à Pestalozzi au sujet des religieuses du couvent de Munsterlingen, qui avaient ouvert une école pour les enfants indigents, et qu'il avait visitées quelque temps avant de

- se rendre à Berne : « Les nonnes vous font saluer; elles prient pour vous, l'hérétique, et pour moi; dans les premiers temps, elles ont dû faire de longues pénitences pour vous avoir donné place dans leurs prières. Plutôt mourir, m'ont-elles dit, que de renoncer à notre école. » (Morf, IV, p. Ii8.)

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l'institut pour y jouer le rôle de conciliateur entre Schmid et Niederer.

Dans le cours de l'aniiée 1808, un changement survint dans Tadministration financière de l'institut. M. Colomb-Roulet, à la suite d'un incident qui avait froissé sa susceptibilité *, donna sa démission pour entrer au service de Fellenberg; il fut remplacé par un Zuricois, Escher. En même temps, Pestalozzi institua une commission de contrôle financier, composée de Mieg, Hofmann et Guster.

Le discours de Pestalozzi au 1*^' janvier 1809 indique la satisfaction qu'il éprouve à voir la tournure que paraissent prendre les affaires de Tinstitut. <ic Beaucoup de chagrins, dit-il, beaucoup de soucis qui pesaient sûr moi il y a un an, m'ont quitté ; beaucoup de fardeaux que je portais alors sont devenus plus légers. Notre nombre s'est accru; notre union a augmenté; la confiance qu'elle inspire a augmenté aussi. L'attention donnée à notre œuvre a atteint le plus haut degré que nous puissions espérer. Les yeux de beaucoup de milliers d'hommes distingués et généreux sont fixés sur nous. » Mais si la vogue de son institut a rendu à Pestalozzi la confiance dans l'avenir, elle lui a fait perdre de vue, d'une manière singulière, ses anciennes aspirations. « On a prétendu, dit-il, que par ma méthode je cherche seulement à donner au pauvre, à Taffamé, un meilleur gagne-pain; mais cette erreur disparaîtra.

1. Von Tilrk avait prêté en 1803 30 louis à Pestalozzi. Lorsqu'il passa à Francfort en juin 1808, Lejeune, père de deux des pensionnaires d'Yverdon, lui remit 40 louis, représentant une année de la pension de ses fils. Von Tiirk garda la somme en déduction de ce qui lui était dû par Pestalozzi. Colomb-Roulet, n'ayant pas été prévenu, envoya plus tard à Lejeune une note où il n'avait pas été tenu compte de ce payement de 40 louis. De là des malentendus et des récriminations réciproques. (Morf, IV, p. 136.)

iG^ 1>Ë6TAL0ZZI.

Ghers enfants, c'est vous qui la ferez disparaître. Cette erreur ne provient pas de ma personne ni de Téducation qui vous est donnée sous .ma direction; ce qui Fa produite, ce sont des idées momentanées exprimées dans mes livres {Augenhlicks-Ansichtaji meiner Bûcher), des moyens spéciaux indiqués pour le développement de certaines dispositions et de certaines facultés. Votre présence ici est un démenti donné à cette opinion, et mon cœur en est réjoui *. »

Sous cette impression d'une amélioration générale de la situation, Pestalozzi se décida à une démarche qui a été diversement commentée. Il adressa à la Diète suisse, le 20 juin 1809, une demande tendant à obtenir c( qu'elle daignât donner une marque publique d'attention, soit à l'institut d'Yverdon, parvenu à un haut degré de développement et de perfection, soit à la méthode d éducation élémentaire qui s'y trouve établie, et qui, ayant obtenu les suffrages de plusieurs États et d'un grand nombre d'hommes savants et considérés, fixe maintenant les regards de toute l'Europe * ». Le protocole ajoute : « Renonçant d'avance à toute espèce de secours, dont il n'a nul besoin, Pestalozzi espère que la Diète attribuera sa demande au motif naturel et profondément senti qui Ta dictée, savoir au désir de voir sa patrie agréer le fruit de ses méditations et travaux, et l'œuvre de sa vie. Sa demande n'a d'autre but que des recherches à faire sur son institut et sur sa méthode^ par des hommes entendus, que le landamman enverrait sur les lieux au nom de la Diète et avec des instructions convenables. »

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