‹ Pestalozzi, étude biographiqueChapitre 140 sur 202 · Rapport sur Vinstitut de M. Pestalozzi, pp · texte numérisé non relu

Rapport sur Vinstitut de M. Pestalozzi, pp

l'institut d'yverdon : première période (1805-1810). 273

pour que nous ayons quelque chose d'important à relever 5). La géométrie « est plus avancée que la langue; elle se distingue sous divers rapports » ; c'est à Schmid que le Père Girard reporte le mérite du succès obtenu dans cette branche : « Les progrès en géométrie, dit-il, sont frappants à Tinstitut; ils paraissent même tenir du prodige, quand on ignore ce que l'on peut faire d'un enfant que Ton conduit avec intelligence comme le fait Schmid, que Ton sait attendre comme lui, et à qui on inspire encore cet enthousiasme qui élève l'âme et double ses forces. 5) Pour le calcul, le Père Girard félicite Schmid d'avoir amélioré les anciens éléments employés à Burgdorf et « corrigé l'élan indiscret d'un premier zèle » ; il fait l'éloge de son enseignement de l'algèbre : « Ce n'est pas à tort que l'institut attache du prix et quelque gloire à ses mathématiques ». La géographie « n'a fait aucun progrès jusqu'à ce jour »; le programme de cette branche d'étude, à Yverdon, « pèche par trop d'étendue et trop de grandeur; si l'on voulait le poursuivre, il n'y aurait qu'une science naturelle à l'institut, la géographie, et encore les sciences mathématiques et morales ne seraient-elles pas en sûreté devant elle ». Les leçons d'histoire n'offrent rien de caractéristique : « On nous a prévenus que cette partie a été abandonnée aux instituteurs qui l'enseignent; la direction, nous a-t-on dit, occupée de choses plus pressantes, n'a pu ni la revoir, ni lui imprimer le sceau de sa méthode ». L'enseignement de l'histoire naturelle se fait, au début, par l'observation directe, ' au moyen des promenades et des collections; vient ensuite une instruction systématique, où le maître emploie, pour la zoologie, le Traité élémentaire dliistolre naturelle^ par Duménil (Paris, 1807), et pour la botanique et la minéralogie les ouvrages de Blumenbach,

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d'Emmerling et de Leonhard. Les méthodes employées pour l'enseignement du dessin et du chant sont originales et ont des mérites incontestables, bien qu'on puisse leur adresser certaines critiques. L'enseignement religieux, enfin, comprend quatre cours : « Les deux premiers cours, qui se prolongent beaucoup, sont consacrés en entier au Dieu de la nature : l'enfant est ici un jeune philosophe, ou c'est un philosophe que Ton veut faire de lui, en attendant que l'on en fasse un chrétien; plus tard, un troisième cours déroule sous ses yeux le plus ancien livre du monde, les annales de la religion primitive »; le quatrième cours, « qui a le christianisme pour objet, n'entre point dans l'enseignement régulier des classes; il sert à préparer les élèves protestants à la communion, se paye et se donne à part, dure six mois à une heure par jour, et n'admet d'autres enfants que ceux que les parents mêmes désignent ». Le Père Girard se montre très réservé et très circonspect dans ses appréciations sur cette façon d'enseigner la religion : toutefois, il donne clairement à entendre que ce n'est pas celle qui a ses préférences. La Diète, en faisant visiter l'institut, avait voulu savoir si l'on trouverait à Yverdon le modèle d'une école primaire pour les campagnes et les villes? si l'institut offrait les développements qui conviennent à une école secondaire? et enfin si des écoles établies sur le modèle de l'institut pourraient servir d'introduction à l'étude des sciences? A ces trois questions, le Père Girard répond négativement. Il faut bien distinguer, dit-il, entre les maximes fondamentales de Finstitut, et l'apphcation qu'il en a faites aux divers objets de l'éducation. « S'agit-il simplement des règles générales, que l'on appelle volontiers du nom de méthode de Pestalozzi, — quoique ce mot n'ait pas encore une signifi-

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cation bien fixe et bien déterminée, — il est évident que cette méthode et ses règles doivent animer toutes nos institutions. » Mais quant aux moyens employés dans l'institut, ils ne sauraient être transportés tels quels dans les écoles de Tun ou de l'autre degré. « On regrette d'y trouver si peu de parties qui puissent servir comme elles sont... Sous tous les rapports, nous revenons au même résultat : les études à Yverdon ne se lient que très imparfaitement à l'instruction publique... L'institut poursuit son chemin; nos insti-^ tutions poursuivent le leur, et il n'y a nulle apparence que Ton se rencontre jamais. »

En terminant, le Père Girard fait cette réflexion, qui irrita beaucoup les amis de Pestalozzi, mais qui nous paraît aujourd'hui bien juste :

Toujours nous regretterons que Pestalozzi ait été jeté hors (le la modeste carrière qu'il avait choisie avec tant d'amour et de zèle. Cette école primaire, modèle de toutes les autres, ne sera donc qu'une pensée dans sa vie inquiète et laborieuse, une belle pensée, sans doute, qui honorera son cœur et fera vivre sa mémoire. Sachons rendre justice aux intentions, aux efforts, à la persévérance; profitons de ces idées utiles, suivons les exemples que Ton nous a ménagés, et plaignons les destinées d'un homme qui, contrarié sans cesse par les événements, n'a jamais pu faire précisément ce qu'il voulait K

Nous empruntons encore au rapport les données qu'il contient sur le nombre des élèves et des maîtres, et sur l'organisation extérieure et intérieure de l'in^ stitut. L'institut des garçons comptait, en novembre 1809, 165 élèves, dont 137 pensionnaires logés et nourris au château, et 28 externes, dont une partie étaient demi-pensionnaires; sur ces 165 élèves, ^^

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étaient Suisses et 87 étrangers. Pour Tinstitut des jeunes filles, « qui n'est encore qu'au berceau », le rapport n'indique pas le nombre des élèves; il dit seulement que ces élèves sont pensionnaires ou externes, et que les pensionnaires sont placées dans une maison voisine du château. Chacun des deux instituts comprend en outre une section destinée à former des maîtres ou des maîtresses. L'école normale des maîtres comptait 32 élèves, tous étrangers à l'exception de cinq; e: la plus grande partie vivait en ville et dans une entière indépendance de l'institut ; le petit nombre habitait le château ; les élèves de cette catégorie sont désignés sous le nom d'étrangers apprenant la méthode; cette dénomination est très propre à la chose, car on aurait tort de se figurer un séminaire d'instituteurs comme il en existe à d'autres endroits ». L'école normale des maîtresses comptait une douzaine d'élèves, pensionnaires ou externes; « les pensionnaires vivent avec les élèves de leur sexe dans la maison désignée plus haut; ici, on trouve en petit Timage d'un séminaire d'institutrices ». Le personnel enseignant de l'institut des garçons comprend les noms suivants (rangés dans Tordre où les place la note fournie aux commissaires de la Diète) : Niederer, Krûsi, Murait, Schmid, Hofmann, Mieg (Francfortois), Hagnauer (Suisse), Renner (Bavarois), Haag (Badois), Braun (Prussien), Goldi (Suisse), Baumann (Suisse), Knusert (Suisse), Frick (Suisse), Baumgartner (Suisse), Ramsauer (Suisse), Egger (Suisse), Heusi (Suisse), Leuzinger (Suisse), Kriiger (Mecklembourgeois), Henning (Prussien), Sigrist (Suisse), Schumacher (Westphalien), Weilenmann (Suisse), Tondu (Suisse français), Tanner (Suisse). A l'institut des jeunes filles, renseignement était donné par trois maîtres de l'in-

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stitut des garçons, Niederer, Kriisi et Hagnauer, et en outre par trois autres maîtres spéciaux attachés spécialement à l'institut des jeunes filles, Thieriot (Saxon), Furrer (Zuricois), et Jordan (d'Yverdon), et par y[ue» Kasthofer (de Berne) et Lozeron (d'Yverdon).

Chaque partie de renseignement a un certain nombre de professeurs attitrés, dont chacun, parcourant un espace déterminé de la carrière à fournir, vient reprendre le fil de Tinstruction que son devancier lui remet; ces professeurs réunis forment un comité particulier, qui se rassemble une fois la semaine pour mettre au profit de tous et de l'enseignement les expériences et les réflexions qui se sont présentées dans la pratique . A côté de ces départements d'instruction, il en est deux autres : l'un de discipline et l'autre de religion. Le premier recueille les rapports des surveillants, et statue sur les fautes qui se commettent contre la police de l'institut. L'autre, plus noble et plus important , soigne la conduite morale et religieuse ; il s'occupe du caractère des élèves, de leurs vices et habitudes mauvaises, médite les moyens et arrête les mesures de précaution ou d'amendement. Pestalozzi assiste à ces comités, et il en est le directeur et Tàme. Au bout de chaque semaine, il y a une assemblée générale, dont les délibérés ont force de loi. Il n'est là de distinction pour personne, chacun y tient le rang que lui donnent ses lumières, son activité et le degré de confiance qu'il inspire à ses collègues. La parole est à celui qui a quelque chose à proposer Le chef même est SI peu jaloux de la prééminence que lui méritent son caractère, son âge et son nom, que, dans des circonstances où les cérémonies devaient paraître, s'il en était, il abandonne à quelqu'un de ses amis le soin de diriger rassemblée. — La direction a un bureau très chargé et très actif. Il se partage en deux divisions : l'une littéraire et savante, l'autre de correspondance avec les parents des élèves. Celleci soigne des registres où elle porte des notes circonstanciées sur les progrès et le caractère de chaque enfant, pour en expédier ensuite des extraits à sa famille*. La division

1. Ces registres de correspondance sont conservés au Musée |>f*8talo7.zien de Zurich.

littéraire correspond avec les instituteurs étrangers et le public; elle rédige les ouvrages périodiques qui s'impriment en Suisse et en Allemagne, et fait insérer des articles dans les feuilles savantes. Pestalozzi préside à ce travail étendu, et partage entre ses amis une tâche à laquelle il ne pourrait suflire *.

Le rapport du Père Girard fut communiqué en manuscrit par son auteur à Pestalozzi au printemps de 1810 ^; et naturellement sa lecture provoqua dans l'institut d'Yverdon beaucoup de mécontentement. Pestalozzi écrivit au landamman d'Affry (mars 1810) que « tout en rendant justice aux efforts des commissaires, il regardait comme son devoir de déclarer que Vidée de Vinstruction élémentaire, sur laquelle il avait désiré appeler Texamen, n'avait pas été examinée ».I1 demandait en conséquence à la Diète de s'abstenir d'entrer en matière sur la question, et d'attendre qu'une enquête plus approfondie eût permis de juger de la valeur ou de la non-valeur de ses principes d'éducation. Cette lettre ne fut pas soumise à la Diète par le landamman, qui était malade (il mourut le 16 juin 1810 , et, le rapport des commissaires ayant été déposé régulièrement entre les mains de l'autorité compétente, la Diète décida (7 juin 1810) qu'il serait publié en fran çais et en allemand ^.

i. Rapport sur Vinstitut de M. Pestalozzi, pp. 64-66.

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