Biber, Beitrag etc., p. 214. — 3. Ibid., pp
l'institut dWverdon : dernière période (1817-1825). 359
Pestalozzi croyait, d'après les livres de Tinstitut, que M™* Niederer n était pas fondée à rien réclamer; il répondit en conséquence (18 août) qu'il était prêt à payer les 1280 franps à titre « d'argent paternellement confié » ; mais que si on les réclamait comme juridi^ quement dus, il ne pouvait se reconnaître débiteur de cette somme. « Dieu m'est témoin, dit-il, que j'ai agi paternellement envers ta femme : je lui ai plus donné que je ne lui devais. » Il supplie Niederer de ne pas s'engager témérairement dans une voie périlleuse pour lui :
Cher iNiederer, tu ne sais pas ce que tu fais; non pour moi, mais pour Tamour de toi et de ton épouse, réfléchis bien avant d'agir : car tu ne sais pas quelle est la vérité dans cette affaire. Ne précipite rien, montre cette lettre à tes deux beaux-frères Kasthofer et demande-leur un conseil; ou bien choisis un tiers comme arbitre, et, puisque tu ne veux avoir aucun rapport avec Schmid, je prierai C. (Custer?) de donner à ce tiers les éclaircissements nécessaires : je suis sûr qu'il ne faudra pas un quart d'heure pour reconnaître le bien fondé de mes assertions. Que je serais heureux si cette querelle, en mettant au jour la justice et la loyauté de ma conduite méconnue, pouvait rapprocher de nouveau ton cœur du mien M...
A cette lettre, Niederer répond sans s'émouvoir (19 août) qu'il ne peut accepter l'argent de Pestalozzi dans les conditions où l'offre celui-ci ; il ne touchera les 1280 francs que lorsque Pestalozzi aura reconnu qu'ils sont légitimement dus à M™^ Niederer, et il refuse tout ce qui pourrait être considéré comme une «générosité paternelle ». Il demande à Pestalozzi de produire le compte de M'"^ Niederer, tel qu'il se trouve
1. Biber, Beitrag etc., pp. 217-226. Schmid, Wahrheit etc., pp. 60-61. Schmid donne à cette lettre la date du 15 août.
360 PE8TAL0ZZI.
dans les livres de Tinstitut, et déclare accepter volontiers M. G. pour arbitre *.
Pestalozzi adressa à Niederer (21 août) un extrait de la comptabilité de l'institut ', d'otu il résultait qu'à la date du !•' avril 48U, c'est-à-dire quinze jours avant le mariage de M"»® Niederer, le compte des appointements de celle-ci avait été définitivement réglé. Elle se trouvait, à cette date, avoir à son débit divers postes formant un total de 433 francs ; et ce compte avait été balancé par le passement au journal d'un article qui portait à son crédit cette même somme de 433 francs comme représentant « le solde de ce qui était dû à M"*" Niederer pour ses services comme institutrice jusqu'au 15 novembre 1813 ». Ce règlement de compte avait eu lieu un an avant le retour de Schmid, à une époque où. la comptabilité de l'institut était tenue par le propre neveu de Niederer ^ Pestalozzi supposait que M"'' Niederer et son mari étaient parfaitement informés de tous ces détails, et on comprend Tétonnement que durent lui causer leurs réclamations. Or, en réalité, Niederer et sa femme n'avaient jamais su ou avaient oublié quels arrangements étaient intervenus à ce sujet avant leur mariage, et l'écriture du 1" avril 1814 — ils l'affirmèrent — avait été faite sans leur participation *.
En envoyant cet extrait des livres de l'institut, Pestalozzi écrivit à Niederer une dernière lettre. Il regrettait, disait-il, d'avoir à lui transmettre un document qui faisait un si grand contraste avec le compte présenté par M"''' Niederer; mais au moins, à la lecture de ce document, celle-ci comprendrait que l'envoi d'une quittance générale n'avait pas été de la part de
d. Biber, Beitrag etc., pp. 227-228.
2. Ihid.y pp. 229-234. — 3. Ihid,, p. 236. — 4. Ihid., p. 236.
l/iNSTITUT d'yVERDON : DERNIÈRE PÉRIODE (1817-1825). 361
son vieil ami une tentative de spoliation. Il expliquait que le règlement de compte du 1®' avril 1814 — règle* ment fictif, la somme inscrite à l'avoir de M"»^ Niederer ayant été arbitrairement fixée, de façon à balancer son débit — avait eu pour but de garantir M"® Niederer contre les reproches de M"*® Pestalozzi, qui savait que son mari donnait constamment de l'argent sans l'inscrire, et qui aurait pu s'imaginer qu'on avait abusé de cette trop grande facilité. La lettre se terminait par une assurance d'affection paternelle, et une invitation à un rapprochement amical *.
Ce fut M"*" Niederer qui répondit , en protestant contre le compte extrait des livres de l'institut, et en maintenant la rigoureuse exactitude de son propre compte. « Il ne s'agit pas ici, écrivait-elle, d'un misérable intérêt d'argent; si quelqu'un le pense, il s'avilit par une basse pensée. Non, monsieur Pestalozzi; ce dont il s'agit, c'est que ma conscience puisse ne pas vous accuser, pendant le reste de mes jours, d'avoir agi injustement envers moi, qu'elle puisse vous disculper de toute faute, afin que votre souvenir demeure pour moi respectable et sacré '. »
La correspondance s'arrêta là. Aucune des deux parties ne fit une nouvelle tentative pour arriver à éclaircir un litige qu'il eût été bien facile de terminer ù l'amiable; et ce fut seulement sept ans plus tard (1824) qu'un jugement arbitral devait trancher la question, comme nous le verrons plus loin.
En même temps que cette misérable querelle éclatait et allait s'envenimant, Niederer songeait à créer à
1. Biber, beitrag etc., pp. 249-260; Schmid, Wahrheit etc., pp. 62-65.