Le D' Lange a publié plus tard (1855) des Sotivenirs, que
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En exécution du programme exposé dans son discours du 12 janvier 1818, Pestalozzi désirait créer tout d'abord une école de pauvres ou orphelinat (Armenan8talt)y dont les élèves seraient destinés à la carrière d'instituteur et d'institutrice. Son vœu était d'installer cet établissement sur son domaine de Neuhof : mais, pour cela, il fallait d'abord y construire un bâtiment propre à recevoir les élèves; et, vu Tinsuffisance des ressources dont il disposait, cette construction devait exiger plusieurs années. Comme il ne voulait pas attendre, pour commencer sa nouvelle entreprise, d'avoir touché l'argent de la souscription (dont le premier versement ne lui fut fait par l'éditeur Gotta que trois ans plus tard, en 1821), il se décida à louer immédiatement, dans le hameau de Clindy, à un quart de lieue d' Yverdon, une maison pour y recevoir les élèves de l'orphelinat à créer; en même temps il annonça par la voie des journaux (mai 1818) qu'il était disposé à se charger gratuitement de l'éducation et de l'entretien de douze enfants pauvres, garçons ou filles : ces élèves devaient séjourner pendant cinq ans dans l'école de pauvres qui allait s'ouvrir à Clindy et s'y préparer à la carrière de l'enseignement. Il reçut de nombreuses demandes d'admission, et choisit les douze enfants qui lui parurent offrir le plus de garanties sous le rapport de Tintelligence et du caractère. L'établissement de Clindy fut solennellement inauguré le dimanche 13 septembre 1818 par un discours de Pestalozzi, qui a été imprimé, mais qu'on ne trouve dans aucune édition de ses œuvres. La section des garçons,
nous avons déjà cités p. 355. Quoique le tableau qu'il trace de rinstitut d'Yverdon soit visiblement poussé au noir, et que la rancune ait conduit la plume de l'écrivain, il est probable qu'il y a dans ses récits une part de vérité.
dans cette nouvelle maison, fat placée sous la direction d'un instituteur nommé Morand, celle des filles fut confiée à une sœur de Schmid, Marie, qui était une ancienne élève de l'institut des jeunes filles. L'enseignement fut donné par des maîtres de l'institut d'Yverdon. L'histoire de l'école de Clindy est peu connue : les documents ont manqué jusqu'à présent pour la reconstituer. Mais une publication récente a apporté, sur ce point presque ignoré de l'œuvre pestalozzienne, d'intéressants renseignements : c'est une biographie de Jacob Heusâi, l'un des douze élèves gratuits de l'école, qui est mort à Parchim en 1883 après avoir professé durant cinquante-trois ans dans divers établissements d'éducation en Angleterre et en Allemagne *. On y trouve entre autres un récit de la cérémonie d'inauguration, des détails sur la première installation des élèves, et des indications sur leurs études *.
1. Z)' Jakob Heussi, Erinnerungen aus dessen Leben, par le D'A. Dûhr, Leipzig, 1884. L'auteur de cette brochure dit que les élèves gratuits étaient au nombre de vingt-quatre, douze garçons et douze filles : c'est une erreur (voir Schmid, Fellenberg's Klage^ p. 66).
2. Nous n'emprunterons aux souvenirs de Heussi qu'une seule citation, qui nous fait connaître un côte particulier et assez inattendu du caractère de Joseph Schmid :
« L'anniversaire de la naissance de Pestalozzi, le 12 janvier, était pour tous les élèves un jour de grandes réjouissances : on le célébrait solennellement chaque année. Le matin il y avait un service dans la chapelle du château ; l'après-midi, un grand banquet auquel étaient invitées les notabilités de la ville ; le soir, concert ou représentation théâtrale (de préférence le Guillaume Tell de Schiller), donnés par les élèves et les maîtres de l'institut. Ce jour-là Schmid n'était que simple spectateur, surveillant tout, mais ne gênant personne dans l'expression d'une joie souvent exubérante; pas une goutte de vin n'approchait de ses lèvres. Le lendemain de la fête était toujours un jour de congé. Ce jour-là, le stoïcien Schmid se dédommageait des privations de la veille, et, avec quelques bons amis, sacrifiait libéralement à Bacchus» On pouvait le voir alors, sous les yeux de tous,
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Depuis que les communications avaient été rétablies entre les Iles-Britanniques et le continent, Pestalozzi se trouvait en relations avec un certain nombre d'Anglais, qui s'intéressaient à son œuvre *, et qui se montrèrent particulièrement satisfaits de la fondation de l'école de Clindy. Il pensa que, par leur intermédiaire, il serait possible de trouver en Angleterre des ressources destinées à accroître le capital de sa fondation, et il conçut le projet de publier à cet effet une édition anglaise de ses ouvrages. Il fit imprimer en anglais, h Yverdon, un Appel au public anglais ', daté du 14 septembre 1818, où il s'engage, si l'Angleterre souscrit à une traduction de ses œuvres, à consacrer le montant de la souscription, déduction faite des frais de traduction et d'impression, à augmenter le fonds inaliénable déjà constitué. « Habitants de la Grande-Bretagne, ajoute-t-il, j'espère que vous ne dédaignerez pas l'offre que je vais vous faire : je suis prêt à admettre dans mon école un certain nombre de jeunes garçons, choisis
tituber en bon compagnon dans la cour et le long des corridors, à la grande joie des habitants du château, qu'il amusait par les épanchements de sa belle humeur. Mais c'était là une détente qu'il ne s'accordait qu'une fois par an, dans cette journée unique; dès le lendemain, on retrouvait en lui le stoïcien rigide, qui veillait sévèrement au maintien de l'ordre. Les élèves, du reste, ne songeaient pas le moins du monde à se scandaliser. » (D' Jakob Heussi, Erinnerungen etc., p. 18.)
1. Pompée (p. 196) cite, entre autres, lord De Vescy, qui fonda sur son domaine, à Abbey-Leix (Irlande), des écoles pestalozziennes pour les enfants pauvres et pour ses propres enfants; Henri Brougham, qui visita Yverdon en août 1816; et Robert Owen, qui y vint vers la même époque.
2. The Address of Pestalozzi to ihe British public, soliciting ihem io aid by subscriptions his plan of preparing school masters and mistresses for the people, tUat mankind may in time receive the first principles of intellectual instmction from theiv mothers ; Ls. Fiva, son, printer, Yverdon; Cette brochure se trouve au Musée pédagogique de Parisi
dans la classe pauvre de l'Angleterre, en nombre proportionnel à l'intérêt de l'argent que j'aurai reçu de vous; et je les mettrai en état de vous prouver ma reconnaissance pour vos bienfaits, à leur retour dans leur pays natal, où ils introduiront les moyens d'éducatioa populaire qu'ils auront appris à connaître auprès de moi. »
L'école de Glindy donna promptement de bons résultats. Outre lès douze élèves gratuits, d'autres enfants pauvres y furent reçus moyennant une pension annuelle de douze louis que payèrent pour eux divers protecteurs *. Au bout de quelques mois, le nombre des pensionnaires s'élevait à une trentaine. L'appel au public anglais avait porté ses fruits; l'idée d'une édition anglaise des œuvres, il est vrai, dut être abandonnée, et aucune souscription ne fut ouverte : mais de nombreux élèves furent envoyés d'Angleterre à Pestalozzi l'année suivante.
Un philanthrope anglais, James-Pierpoint Greaves, que la lecture des écrits de Synge (voir plus haut, p. 340), avait enthousiasmé, s'était rendu à Yverdon à la fin de 1847. Il fut cordialement reçu par Pestalozzi, qui l'admit dans son intimité. Ils ne comprenaient pas la langue l'un de l'autre; et, détail curieux, Greaves ne s'occupa nullement, pendant son séjour en Suisse, d'apprendre ni l'allemand, ni le français, si bien qu'au bout des quatre ans et demi que dura ce séjour il n'était pas encore capable de converser avec Pestalozzi sans l'aide d'un interprète. Cette circonstance donna naissance à un livre écrit par Pestalozzi expressément pour Greaves, et qui fut livré à la publicité quelques années plus tard. Ne pouvant converser directement
i . Pompée, p. 448.
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avec son ami, Pestalozzi eut recours à la voie épistolaire pour lui exposer l'ensemble de sa méthode : il rédigea, à l'adresse de Greaves, une série de trente-quatre lettres, dont la première porte la date du 1" octobre 1818, et la dernière celle du 12 mai 1819. Pestalozzi dictait en allemand; le disciple se faisait traduire la lettre du maître, et pouvait ensuite en étudier Iç contenu à loisir *. Lorsque l'école de Glindy fut ouverte, Greaves, désirant appliquer les principes de la méthode à l'enseignement des langues étrangères, offrit à Pestalozzi, qui accepta, de donner aux élèves de Glindy des leçons d'anglais. Des progrès surprenants furent constatés en peu de temps, et le succès de cette expérience engagea Pestalozzi à en tenter d'autres, en faisant enseigner également à GHndy le français et le latin. La question de renseignement des langues fut, à cette époque, l'une des préoccupations essentielles de Pestalozzi; nous avons déjà vu (p. 303, note) que, quelques années auparavant, il avait travaillé à une méthode pour l'étude de la langue latine, qui n'a pas été imprimée. Greaves ne quitta Yverdon qu'en 1822.
1. Une traduction anglaise des lettres de Pestalozzi à Greaves a paru en 1827, sous ce titre : Letters on early éducation addressed ^ to J, P. Greaves by Pestalozzi^ translated from the German manitscriptf with a memoir of the Ufe and characler of Pestalozzi. (La bibliothèque du Musée pédagogique de Paris possède une édition postérieure de cet ouvrage, imprimée à Londres chez Gilpin en 1850.) Le traducteur était un docteur allemand, nommé Worms; il dut, comme il le dit dans sa préface, modifier en différents passages la forme des lettres, pour les présenter au public anglais; mais il eut soin de soumettre son travail à Pestalozzi, et celui-ci, quelques mois avant sa mort, approuva tous les changements que la traduction avait rendus nécessaires. L'original allemand des trente-quatre lettres n'a jamais été publié. — On trouve dans la Revue pédagogique du 15 novembre 1886 une étude sur Greaves et ses relations avec Pestalozzi, d'après des documents originaux, par M. E. Martin.
390 KSTAto^zi.
L'année 1819 s'ouvrit sous d'heureux auspices. L'institut d' Yverdon était redevenu prospère sous la direction habile et prudente de Schmid ; l'école de Clindy attirait l'attention du public européen ; Pestalozzi, délivré enfin des soucis qui l'avaient si longtemps oppressé, pouvait se consacrer à des travaux littéraires ; les premiers volumes de l'édition de ses œuvres complètes allaient paraître. Cette année et les deux suivantes fu- ^. rent pour le vieillard un temps heureux, le plus heureux de sa vie, a-t-il dit : l'horizon était serein ; un seul nuage, qui ne semblait pas alors bien menaçant, s'y montrait, l'inimitié de Niederer et de ses alliés.
Les principaux événements de cette année 4819 furent l'arrivée des élèves anglais, attirés par l'appel lancé quelques mois auparavant, et le transfert de l'école de Clindy au château d'Yverdon.
Les lettres que Greaves écrivait d'Yverdon à ses amis avaient contribué, aussi bien que l'appel publié en 1818, à exciter en Grande-Bretagne un vif intérêt pour l'entreprise de Pestalozzi. Plusieurs Anglais, pères de famille, envoyèrent isolément leurs enfants à Yverdon ; et, au milieu de juillet 1819, le révérend Mayo, felloir de Saint John's Collège à Oxford, directeur de l'école de Bridgnorth (comté de Salep), arriva en personne à l'institut, amenant avec lui une quinzaine d'élèves environ. La « colonie britannique » ainsi constituée forma dans l'institut pestalozzien comme une section spéciale, qui resta toujours presque uniquement confiée aux soins du révérend Mayo, de Greaves, et d'un autre maître anglais, le révérend Brown, du collège de Worcester*.
Le motif du transfert de l'école de Clindy au château