Ibid., p
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sance à ce honteux procès, et chargea M. Garrard, ancien syndic d*Yverdon, de faire des démarches pour obtenir une réconciliation. Kriisi venait de quitter Yverdon ; il avait été nommé directeur de Técole cantonale de Trogen, Appenzell Rhodes-Extérieures, et avait cédé son pensionnat à Rank. Une entrevue entre Pestalozzi et Niederer fut ménagée et eut lieu (31 janvier 1823) dans la maison d'un ami commun ; Pestalozzi se déclara prêt à faire la paix et à tout oublier, et le lendemain il alla lui-même porter à Niederer une lettre souvent citée, dont voici le passage principal :
A la suite de notre entretien d'hier, je réitère par écrit ma prière adressée à Monsieur et à Madame Niederer, au nom de Dieu et de sa miséricorde, de me délivrer enfin du martyre que je souffre depuis bientôt six années, par suite de la guerre coupable et cruelle que se font, avec une opiniâtreté anti-chrétienne, deux maisons qui se disent chrétiennes. Cher Niederer! rappelle à ton souvenir ce que nous avons été l'un pour l'autre, ce que nous avons espéré l'un de l'autre! Je voudrais pouvoir espérer de vous deux ce que j'en espérais autrefois, et je serais heureux de redevenir pour vous ce que j'ai été alors... Cher monsieur Niederer! chère madame Niederer! je suis près de la tombe : laissez-moi y descendre en paix. Et j'ajoute ceci : J'ai encore quelque chose à faire sur la terre; faites que je puisse y travailler désormais sans obstacles, en me délivrant des tortures de cet indigne procès. Je vous promets, en échange de ce service dont j'ai besoin pour atteindre le but de ma vie, amour et reconnaissance jusqu'à la mort ^
1. Meine Leàensschicksale, pp. M'ô-iM, Blochmann, — qui dans la crise de 1817 avait été l'allié de Niederer, — après avoir reproduit un fragment de cette lettre, ajoute la réflexion suivante : « Comment Niederer a-t-il pu résister à cette supplication? Hélas! il est bien triste d'avoir à constater que le plus noble cœur, lorsqu'il est devenu la victime de l'aveuglement, peut montrer tant de hauteur et de dureté î » {H. Pestalozzi, Zûr/e ans dem Bilde seines Lebens, p. 130.)
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Après de longs pourparlers, Niederer élabora ('27 mars 4823) le projet d'une convention destinée à terminer la guerre. Cet instrument de réconciliation, rédigé par Niederer en français, et dont la teneur fut acceptée par Pestalozzi et Schmid, était ainsi conçu :
Les soussignés, M. le docteur Henri Pestalozzi, fondateur et chef de son institut d'éducation à Yverdon; de plus, d'un côté M. Germain Krùsi, directeur de l'école cantonale d'Appenzell à Trogen, M. Conrad Nâf, directeur d'un institut de sourds-muets, et M. le docteur Jean Niederer, ministre du saint Évangile et chef d'un institut de demoiselles, et de Tautre côté M. Joseph Schmid, résolus de terminer leurs différends à Tamiable et d'une manière conforme au caractère personnel, à la dignité et à la situation civile et sociale des personnes agissantes, sont convenus des points suivants :
1'^ Ils déclarent comme contraires à la vérité, à une meilleure connaissance et à une plus intime conviction, toutes les mauvaises interprétations, médisances et imputations qui ont eu lieu par effet de malentendus depuis le retour de M. Joseph Schmid dans l'institut Pestalozzi en 1815, particulièrement depuis le commencement de l'année 1816, quel qu'en soit le nom, de qui que ce soit qu'elles émanent, et lesquelles ont été divulguées verbalement, par écrit et par voie d'impression. Us désavouent en particuliei' formellement les accusations et défenses, basées sur une relation de comptabilité non terminée, comme étant sans fondement, et provenant d'une erreur devenue passionnée, en tant qu'elles offensent l'honneur et la droiture des personnes qu'elles regardent.
2<^ Les plaintes pendantes devant la justice seront retirées par chaque partie, en tant que cela la regarde. Chacune paye ses frais.
3° La relation de comptabilité en contestation sera remise à quatre arbitres qui, dans le cas de voix égales, choisiront un surarbitre, qui alors décide; chaque partie choisit deux arbitres. Leur choix reste libre à chacune d'elles sans restriction. La décision peut être publiée si on le désire *.
1. Suivent encore trois autres paragraphes sans importance, que nous ne reproduisons pas. Le texte de ce projet de conven-
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Ce document devait être signé sur-le-champ par les parties contractantes, mais un deuil survenu dans la famille de Niederer fit différer de quelques jours cette formalité. Dans l'intervalle, des officieux répandirent le bruit que Schmid représentait ce traité de paix comme un triomphe pour lui et une défaite pour ses adversaires *. Niederer, froissé, retira aussitôt son projet (30 mars), et la guerre recommença de plus belle.
Le dénouement du procès correctionnel intenté à Schmid et à Pestalozzi, longtemps différé, ne se fît plus attendre. Le 22 avril 1823, l'affaire vint devant le tribunal d'Yverdon. Le ministère public demandait, par application de la loi, six mois de prison contre Schmid, et autant contre son coaccusé. Après des débats qui durèrent deux jours, le tribunal prononça l'acquittement des deux prévenus, par ce motif que la loi ne visait que les écrits imprimés sur le territoire du canton de Vaud, et que la brochure incriminée avait été imprimée à Heidelberg, quoique le titre indiquât Yverdon comme lieu d'origine. Le ministère public appela de ce jugement, mais le tribunal de Lausanne confirma la sentence des premiers juges *.
Restait à juger le procès civil que Schmid avait intenté à Niederer en 1821. Mais sur ce procès interminable allait de nouveau s'en greffer un autre. Un article que Niederer publia en juillet 1823 dans plusieurs journaux allemands et suisses ^ décida Pesta-
tion a été publié par Pestalozzi au tome IX de ses Œuvres, édition Cotta.
4. Biber, Beilrag zitr Biographie Heinrich PestalozzVs, p. 270.
2. Ces détails sont donnés par Pestalozzi, Meine Lebensschicksale, p. 108.
3. Cet article est reproduit dans les IfibensscMohsale, pp. 112il4,
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^lozzi à l'attaquer lui-même devant les tribunaux : Niederer, dans cet article, avait déclaré fausses et calomnieuses les assertions de la brochure Warhrheit U7id Irrthum relatives à la cession de l'institut de jeunes filles; Pestalozzi ne voulut pas laisser suspecter sa bonne foi, et réclama un examen juridique de sa comptabilité. Niederer essaya d'une échappatoire : il demanda au tribunal d'Yverdon de se déclarer incompétent, par le motif que l'article avait paru en premier lieu dans VAllgemeine Zeitung d'Augsbourg; mais le tribunal refusa d'admettre ce système de défense, l'article ayant aussi été publié par des journaux suisses. Le procès, après cet incident préliminaire, s'engagea sur le fond. Pestalozzi rédigea un volumineux mémoire qu'il destinait à l'impression; mais, avant de le publier, il crut devoir en donner connaissance au gouvernement vaudois. La lecture de ce document décida le Conseil d'État à tenter un dernier effort pour en finir avec ces scandaleux débats, dont le bruit avait attiré l'attention de toute l'Europe, et qui mettaient d'e nouveau l'institut d'Yverdon en danger de périr. Par ses ordres, le préfet d'Yverdon, M. Du Thon, appela devant lui les deux parties, leur remontra la nécessité de cesser une lutte déplorable, et obtint que le projet de convention qui avait été préparé par Niederer quelques mois auparavant, et retiré ensuite par lui dans un mouvement malheureux d'amour- propre, fût repris et accepté comme terrain de conciliation. Cet instrument fut enfin signé le 31 décembre 1823, par Pestalozzi et Joseph Schmid d'une part, par Niederer, Krûsi et Naf d'autre part *.
1. Nous empruntons le récit de cet incident à Pestalozzi luimême. {Meine I^bensschicksale, pp. 114-116.)
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Il semblait que désormais aucun obstacle ne s'op- . posât plus au projet caressé depuis si longtemps par Pestalozzi, et qui avait fait la joie de sa vieillesse : rinstallation à Neuhof de l'école de pauvres dont il avait cru pouvoir annoncer à sa sœur la prochaine ouverture dès 1822, et dont le personnel enseignant aurait été composé des élèves reçus gratuitement à Glindy en 1818, et préparés durant cinq ans à l'exercice des fonctions d'instituteur. Gomme nous l'avons vu, il avait fait commencer à Neuhof la construction d'un nouveau bâtiment * ; dès la fin de 1822, son petit-fils Gottlieb était allé avec sa jeune femme s'installer sur l'ancien domaine de son grand-père pour en diriger lui-même l'exploitation et pour achever les préparatifs destinés à l'école projetée. Cette même année, l'Anglais Mayo était retourné dans son pays afin d'y fonder un institut pestalozzien ; il avait emmené avec lui l'un des meilleurs élèves de Glindy, Heussi, et avait promis à Pestalozzi le concours actif d'un comité anglais pour son entreprise. Mais, au moment même où Pestalozzi croyait ainsi toucher à la réalisation de son rêve, toutes ses espérances furent brusquement déçues. Les cinq années durant lesquelles les futurs instituteurs avaient été gratuitement entretenus venaient d'arriver h leur terme, et aucun d'eux — qui eût pu prévoir une telle ingratitude? — ne voulut consentir à aller à Neuhof. Les connaissances qu'ils avaient acquises les avaient mis en état de prétendre à des; positions plus brillantes : ils déclarèrent qu'ils voulaient partir, et que ce leur devoir de reconnaissance n'allait pas jusqu'à se sacrifier eux-mêmes de pareille
1. C'était sur le conseil du révérend Mayo qu'il avait entrepris cette construction. (Meine Lebensschicksale, p. 134.)
sorte * ». D'autre part, les ressources financières dont avait disposé Pestalozzi étaient épuisées; les fonds produits par la souscription, loin d'avoir pu être mis en réserve pour constituer un capital inaliénable, suffisaient à peine à couvrir les dépenses faites jusqu'à ce moment, ainsi que le démontrent les chiffres publiés par Schmid * : la souscription, en effet, ne rapporta en réalité à Pestalozzi qu'une somme de 13 958 florins, c'est-à-dire environ la moitié de la somme primitivement annoncée ; cette somme lui fut remise en quatre versements, dont le dernier n'eut lieu qu'en octobre 4826; d'autre part, l'entretien durant cinq ans des douze élèves reçus gratuitement, calculé à raison de 12 louis par élève et par an, coûta à Pestalozzi 720 louis ou 7900 florins; la construction du nouveau bâtiment à Neuhof engloutit une somme considérable; les travaux relatifs à l'élaboration des moyens d'enseignement, en particulier des méthodes pour l'étude du latin et du français, occupèrent pendant de- longues années plusieurs personnes qu'il fallait rétribuer; enfin, dix années durant, l'édition des Œuvres complètes exigea le travail continu de deux copistes. Pestalozzi se trouvait donc, au moment où l'établissement de Neuhof aurait dû s'ouvrir, à la fois sans maîtres et sans argent. Une lettre qu'il reçut de Mayo en mars 1824 fut le coup de grâce donné à ses espérances : Mayo annonçait qu'il ne faflait plus compter sur aucun concours de la part du comité anglais*.
Se voyant dans l'impossibilité de donner suite à son plan, Pestalozzi fit connaître au public, par une déclaration datée du 17 mars 1824 et imprimée en tête du