Schwanengesang, p
3. Les biographes donnent généralement la date de d739. iMais un tableau généalogique de la famille Schulthess, dressé sur les indications de M. A. Scheler, bibliothécaire royal à Bruxelles
ËNPâNCE et jeunesse t)E t>ESTÂLOZZi. 13
d'un riche marchand zuricois, J.-J. Schulthess, qui avait un commerce d'épicerie et de confiserie; c'était une jeune personne distinguée, belle, dit-on, et de bonne éducation. Anna avait cinq frères plus jeunes qu'elle; l'un d'eux étudiait la médecine; un autre, Gaspard, la théologie ^ ; et ce dernier était grand ami de Bluntschli. Il s'établit entre Blunstchli et Anna Schulthess des relations d'amitié et un commerce épistolaire; mais l'état de santé du jeune étudiant, dont la mort prochaine était prévue, n'avait pu laisser de place à des pensées d'une autre nature. Le témoignage formel de M"® Pestalozzi ' établit que « Ménalque (c'est le nom qu'on donnait à Bluntschli dans l'intimité) ne fut jamais pour elle plus qu'un ami, et qu'il lui était cher et précieux précisément parce qu'il n'avait d'autre intention à son égard que de la rendre moralement meilleure ». Ce fut à l'occasion de la perte de cet ami commun que Pestalozzi et Anna Schulthess se rencontrèrent; ils le pleurèrent ensemble. Pestalozzi, qui n'avait d'abord vu dans Anna que l'amie de son ami, éprouva bien vite pour elle un sentiment plus tendre, et il osa le lui déclarer.
Dans une des lettres qu'il lui adressa % il raconte comment cet amour est né en lui, et comment il a
cl arrière-pelit-fils de J.-J. Schulthess, publié dans les Pestalozzi- Blâtter de Zurich, année 1885, p. 97, fait naître Anna Schulthess en 1738.
1. Gaspard Schulthess devint, en 1768, pasteur allemand à Neuchàtel. (Morf, I, p. 99, note.)
2i Lettre de M™ Pestalozzi à Niederer du 10 octobre 1806, reproduite dans le Korrespondenzblatt des Archivs der schiveizerû schen permanenten Schuiausstellung in Zurich, 1878, n« 4, p. lo. Niederer, en 1806, rassemblait des matériaux pour une biogra* phie de Pestalozzi (qu'il n'écrivit jamais), et ce fut à celle occasion que M"" Pestalozzi lui écrivit cette lettre.
3. Les lettres échangées entre Pestalozzi et Anna Schullhe^vî furent coilliées en 1806 par M'-^ Pestalozzi à Niederer, qui i^.^
rché à le combattre, o: Je m'enfermai dans e, et, pour cacher à tout le monde la cause atioQ, je me dis malade. C'est à ce moment s votre lettre si aimable et si touchante, qui iait des lignes que j'avais consacrées à la e Ménalque. Songez à quel moment elle a passion devint un martyre, je tombai malade. Après avoir enduré ce tourment urs, je sentis qu'il était de mon devoir de rivis successivement trois lettres, et je les en écrivis encore une quatrième : c'est >us avez reçue '. » Anna Schulthess essaya ramener son correspondant sur le terrain e amitié; elle lui représenta la grande difleurs âges : « Plus que trois ans, lui écrit- I printemps sera- fini ». Elle eût désiré que jns conservassent le caractère qu'avait eu ivec Bluntschlî, de qui elle parle avec un et.
que je dois tout ce que je suis. Je me trouvais ail deux voies se séparent, et peut-être eommeriprendre le mauvais chemin lorsque j'appris à le idmirai sa. divine vertu, et je cherchai à l'imiter. ni moi-même avant d'oublier Ménalque. Jamais i ses discours, accompagnés de tant de grâce et ne faisais rien sans le consulter. Il était d'un lable, simple, complaisant ; tour a tour lui et moi es à chercher des moyens de venir en aide aux II fut mon ami, mais jamais mon a
la mort de celui-ci, celle correspondance a élé bibliothèque de la ville de Zurich, ainsi que les i qui se trouvaient en sa possession. M. Morikofer a les'Uncs de ces lettres dans une élude intitulée i iloxà uad Anna Schullhess, insérée dans le Zûrcher le ISSU.
il ne me parla jamais d*amour... Un jour que je lui montrais un élégant assortiment de rubans, pour obtenir son approbation : « Cela est très beau, dit-il, mais aussi longtemps que votre pauvre voisine aura plus besoin d'un thaler que vous de ce ruban, vous pourrez donner à votre argent un meilleur emploi ». Je laissai là le ruban, je renonçai aux superfluités *.
Pestalozzi avait eu soin de parler à son amie, dans la lettre où il faisait l'aveu de son amour, de ses idées politiques et de ses projets d'avenir. Anna lui déclare qu'elle pense comme lui sur ce point :
Vous m'avez exposé ouvertement la façon dont vous vous proposez de servir la patrie. J'approuve tout cela. Ménalque et mon frère m'ont fait comprendre ces choses, j'y ai réfléchi, et cette manière de voir est devenue aussi la mienne. Aucun amoureux, avant vous, ne m'avait parlé ce langage; et qui sait si ce n'est pas là ce qui m'avait toujours empêchée d'arrêter mon choix 2?
La correspondance continua. Anna était touchée du sérieux du jeune homme et de la profondeur de ses sentiments ; plus sensible à la beauté morale qu'aux avantages extérieurs et aux biens de la fortune, elle aima bientôt à son tour.
Tu aurais peu à remercier la nature, écrit-elle, si elle ne t'avait pas donné de grands yeux noirs, qui révèlent la bonté de ton cœur, l'étendue de ton esprit et toute ta sensibilité ^.
Au moment de demander à Anna Schulthess de lui engager définitivement sa foi, Pestalozzi se sentit pris d'un scrupule; il voulut loyalement éclairer celle qu'il aimait sur les défauts de son caractère, lui faire connaître