INTRODUCTION
Le rat est le propagateur de la peste. — Le rôle des rats dans la propagation de la peste est conñu depuis très longtemps.
En effet, les épidémies de peste sont précédées de grands épizooties de rats et, dans la Chine méridionale et la vallée de l’'Hymalaya, les indigènes connaissaient déjà cette notion, puisqu'ils avaient l'habitude de quitter leurs demeures aussitôt qu’ils constataient une mortalité extraordinaire chez ces rongeurs. ;
Nicolas Poussin, ie grand peintre français du xvie siècle avait observé cette relation de la peste aux rats, puisque dans un de ses tableaux representant une épidémie pesteuse ilavait mis des cadavres de rats au premier plan.
Malgré cette vieille observation, il faut arriver jusqu’à Simon pour comprendre exactement comment se transmettait la peste du rat à l’homme par l'intermédiaire des puces. Ses travaux sur ce sujet ont été très controversés, on lui reprochaït que les puces du rat ne piquaient jamais l’homme, mais, il
est de notion courante aujourd’hui qu’au moins une des espèces de puces du rat (xénopsylla cheopis) véhicule le virus pesteuxde rat à rat, du rat à l’homme et d'homme à homme.
La puce en piquant ne transmet pas la peste par sa piqûre mais on suppose que pendant qu’elle suce, elle dépose ses déjections qui contiennent le bacille pesteux dans la petite plaie.
Le surmulot (mus decumanus) principalement, et le rat noir (mus rattus) sont les espèces de rats qui ont une plus étroite relation avec les épidémies de peste. Cette relation est due naturellement à leur constante promiscuité avec la vie et les mœurs de l’homme. \
La destruction des rats est à la base de la prophylaxie de la peste. — Nous avons vu dans les paragraphes précédents que les rats, ayant pour intermédiaires les puces, sont les propagateurs de la peste.
Telle est la doctrine classique. Certains faits épidémiologiques tendraient à prouver qu’elle n’est pas tout à fait exacte, parce que la peste, dans une faible mesure il est vrai, pourrait se transmettre d'homme à homme, que d’autres rongeurs que les rats pourraient être à l’origine de certaines épidémies de peste. Nous ne nous étendrons pas sur tous ces points.
La prophylaxie de la peste commande donc l'extermination des puces et la destruction des rats,
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cependant la destruction de ces derniers est le pilier principal sur lequel repose toute la prophylaxie. Cette destruction est difficile, car pour y atteindre complètement il faudrait une lutte systématique continue et d’une grande étendue, ne la limitant pas —- comme elle est faite couramment —- aux navires et aux ports, mais l’étendant à tous les pays du monde.
Malheureusement nous nous heurtons à des difficultés qui sont aujourd’hui insurmontables. S'il est possible d'entreprendre cette lutte dans les pays civilisés, où les campagnes sont accessibles, nous nous trouvons, par contre, en face de certains pays où la civilisation actuelle est encore rudimentaire ou totalement inexistante et en conséquence les armes que nous possédons pour lutter contre les rats ne peuvent pas se déployer efficacement.
La disparition de la peste n’est pas une utopie, mais avant d'en arriver là il ÿ à un grand pas à franchir. C’est lorsque la civilisation aura conquis tous les territoires qui lui restent encore insoumis et que l'esprit sanitaire formera corps avec la mentalité des peuples que la peste pourra être anéantie définitivement.
En attendant, contentons-nous d’une lutte partielle s’adressant seulement à nos pays. Elle doit être continuelle, sans répit, et porter sur plusieurs points à la fois, car ces rongeurs, quand ils sont pourchassés, émigrent pour revenir dès qu’on a
cessé de s’occuper d’eux. I faut mêmeles atteindre
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dans leurs sentiers d’émigration et encore dans leurs nouveaux cantonnements..
Cette lutte est d’autant plus encourageante qu’elle rapporte non seulement des bénéfices sanitaires mais aussi les dégâts causés par ces rongeurs seront réduits au minimum et les bénéfices seront incalcu-
lables.
Moyens de détruire les rats notamment à bord des navires de commerce et dans les ports. — Les moyens qu’on emploie pour détruire les rats peuvent se classifier en plusieurs groupes :
1° Moyens de destruction individuelle des rats : chats, pièges, poison, etc. \
20 Moyens de destruction collective des rats : gaz toxiques (acide sulfureux, acide cyanhydrique, etc.).
3° Rat-proofing (moyens empêchant leur vie et leur reproduction).
Premier GRouPE. — Le chat, ennemi naturel du rat, est un excellent moyen, cependant c’est le chat dit «ratier » qui donne les meilleurs résultats.
Pièges : il yen a de plusieurs sortes : à ressort, à pince, à assommoir, etc... Tous sont bons, les résultats dépendent de l'habileté de la personne qui les emploie.
Poison : dépend également de l’habileté de la personne qui l’emploie, Il faut faire précéder Pappât
empoisonné d’un changement denourriture agréable.
À chaque nouvelle attaque, la présentation du
mélange toxique doit être différente de celle adoptée la fois précédente.
DEuUxIÈME GRouPE. Gaz toxiques, __ 1° Acide carbonique, très coûteux et peu efficace.
20 Oxyde de carbone, abandonné, très toxique pour l’homme,
3° Acide sulfureux. Il s’agit en réalité d'un gaz spécial qui est produit par lappareil de Clayton. C’est un mélange d’une grande quantité d’acide sulfureux et d'une petite d’acide sulfurique. L’inconvénient est son action lente, il fallait qu'il agisse pendant six à douze heures, donc perte de 24 heures ou plus ; action peu sûre car les rats mis en éveil par l’odeur échappent à l'opération ; il détruit les métaux et gâte quelques denrées délicates (calé, thé, etc...).:
40 Chloropicrine. Inconvénients : durée de l’opération assez prolongée, difficulté d'évacuation des gaz dans les cales et soutes, mauvaise odeur qui alerte les rats.
5° Phosgène. Avantages : rapidité d'action. [nconvénients : se décompose facilement dans un milieu humide et perd son action.
6° Acide cyanhydrique. C’est celui qui jouit d’une plus grande faveur.
Avantages : rapidité d'action, grand pouvoir de pénétration, aucun dommage aux tissus et aux denrées alimentaires, pas d'action sur les métaux, facilité de ventilation et rapidité d’évacua-
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tion, ni explosif ni inflammable, facilité d'emploi et dispositif très simple.
Il serait parfait, s’il n'était excessivement dangereux à la fois pour le personnel désinfecteur et pour les futurs occupants des locaux dératisés, si ces locaux n’ont pas été suffisamment ventilés. Aussi Certains pays ne l’emploient plus pour les locaux d'habitation. On cherche les moyens pour le rendre moins dangereux et plus maniable.
Le troisième groupe sera étudié d’une façon détail. lée au chapitre suivant.
Rat proofing : nouvelle méthode basée sur les mœurs des rats. — Toutes les méthodes citées précédemment sont des moyens offensifs, qui ne tiennent pas en considération le mode de viedes rats ; ils ont pour but l’extermination des rats d’une façon plus ou moins efficace selon la méthode employée, mais pendant qu’on les détruit par milliers ceux qui survivent continuent à se reproduire en nombre égal ou supérieur au bout de quelques semaines, du fait qu’elle ne les atteint pas tous et que ceux qui restent trouvent des facilités de logement et une grande quantité de nourriture à leur disposition, conditions excellentes pour favoriser leur reproduction. |
Depuis une quinzaine d'années, la lutte contre ces rongeurs est orientée dans un sens plus rationnel qui consiste à rendre leurs conditions d’existence plus difficiles. La création de cette nouvelle
méthode revient au médecin américain S. B. Grubbs et au pharmacien de même nationalité B. E. Holsendorf, qui ont imaginé le terme expressif de Rat- Proofing pour la désigner. I/étude de cette méthode est le sujet de cette thèse.
Pendant l'épidémie de peste qui sévissait à San Francisco en 1907, ils furent chargés par le Gouvernement américain d’exterminer les rats qui pullulaient en nombre extraordinaire dans cette ville.
: Au bout de quelque temps ils remarquèrent que tous les moyens employés jusqu’à ce jour étaient insuffisants et trop coûteux et loin d’atteindre le but proposé puisqu'il restait toujours des survivants qui trouvaient d’excellents abris et de la nourriture en abondance pour élever leurs petits en nombre tel qu’au bout d’un mois ils étaient aussi nombreux qu'auparavant. Les rats vivent aux dépens de l’homme qui leur procure inconsciemment nourriture et logement. Si on arrive à la priver de ces
deux conditions fondamentales de leur existence, ces rongeurs seront forcés d’émigrer vers d’autres lieux plus favorables et s’ils ne peuvent pas émigrer ils seront fatalement condamnés à réduire leur reproduction, à se dévorer entre eux et à finir par disparaître.
De ces deux principes biologiques, nos deux auteurs ont tiré la conclusion suivante : le foyer est la condition indispensable de la vie, donc les priver de la place nécessaire pour vivre et élever leurs petits c’est les condamner à une mort cer-
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oise
taine, Pour les priver de cette place, il faut construire les maisons, bateaux, etc... detelle façon que
les rats ne trouvent pas le gîte où loger ni la nourri-
ture dont ils ont besoin pour exister et se multi-.
plier, conditions desquelles découle le principe du rat-proofing, méthode excellente qui permet de les atteindre dans leur multiplication et leur façon de vivre et en conséquence leur nombre diminuera de plus en plus et ces rongeurs finiront plus tard par
disparaître complètement.