ŒUVRES PEU CONNUES OU CONTESTÉES
Nous groupons ici quelques tableaux qui ne sont pas, comme les précédents, acceptés comme originaux par la grande majorité des critiques, soit que ceux-ci ne les aient point connus (1), soit que l'attribution ait été contestée.
A. 29. — BERGER FUYANT LE LOUP. (Le mauvais berger de l'Evangile). Bois H. 77 L. 88 cm.
Philadelphie. Collection de M. ÿohn G. Yohnson.
PROVENANCE. — Coll. Pallavicino-Grimaldi, vendue à Rome (Salle Sangiorgi) 29 nov. — 2 déc. 1899. D’après la Gazette de l'Hôtel Drouot, le tableau fut adjugé au prix de 1700 francs à M. Lôwengard. Il passa ensuite chez M. Leo Nardus, à Paris, et de là chez le propriétaire actuel.
Peut-être pouvons-nous remonter plus loin dans le passé, et admettre que, comme tant d’autres œuvres du même maître, celle-ci a fait partie des collections impériales de Prague. En effet dans l'inventaire de Prague de 1621 (n° 830 de l'édition de M. H. Zimmermann) nous trouvons : « Ein Schaafhirt, vom Peter Prügel, alten ». Le tableau pendait dans la première galerie, au-dessus de la cimaise, et cet emplacement nous permet de l'identifier avec une mention de l'inventaire de 1647, aujourd’hui à Skokloster : « Ein hürdt» (n° 15 de l'édition Dudik) — Dans les mêmes inventaires nous trouvons un autre berger de Bruegel (ailleurs il est appelé messager) mais ce dernier tableau était peint à la détrempe et était donc différent de celui-ci.
() Nous avons cependant cité parmi les œuvres incontestées de Bruegel La Fenaison, du prince de Lobkowitz quoiqu’elle ait été découverte récemment par M. Dvorak, et ne figure dans aucun des ouvrages consacrés à Bruegel; mais dans ce cas il s'agissait non seulement d’une œuvre incontestable, mais encore celle-ci fait partie d'un ensemble, dont trois autres pièces étaient bien connues. C’est cette dernière considération qui nous a surtout déterminés.
Comment et quand le Berger fuyant le loup passa en Italie, c’est ce que nous ne savons. Nous ne l'avons point retrouvé dans la collection de la reine Christine.
SUJET ET COMPOSITION. — Bruegel a illustré plusieurs fois le texte de l'Evangile relatif aux mauvais bergers. La belle compositiou de 1561, gravée par Galle, est la plus importante. Ici le thème est simplifié et met en scène seulement le texte : #7alus autem pastor oves suas deserit.
La disposition, qui montre le berger, au premier plan, courant dans la direction du spectateur, est fort originale. Le choix du site ajoute à l'impression. Renonçant aux accidents de terrain pittoresques, le peintre
À a placé la scène dans une lande campinoise qui s'étend, désolée et solitaire, jusqu’à l'horizon. A l'avant plan, l’orée d’un bois. Il faut croire que ce lieu avait frappé Bruegel comme suggestif de terreurs, car il y | situera une autre scène de peur et d'angoisse, un de ses chefs-d'œuvre, perdu malheureusement : Le couple villageois attaqué par des routiers, que
nous ne connaissons que par des copies (Heleneborg, etc.)
Le rapprochement que nous venons de faire ne se borne pas au paysage. Le style aussi est semblable. Les deux œuvres appartiennent à la fin de la carrière de Bruegel (vers 1566-1569) c'est à dire à la période qui nous à donné ses compositions les plus simplement dramatiques, et les
pannes r— —
plus profondément humaines.
Malgré son état de conservation médiocre (on peut voir même dans la photographie, que les terrains ont beaucoup souffert), c’est une œuvre capitale. Nous ne la connaissons malheureusement que par des repro-
| ductions. Elle nous frappa vivement dès la première fois que nous l’aper- } | çûmes dans le catalogue de la vente Pallavicino-Grimaldi, et cette première impression fut pleinement confirmée par l'examen d’une bonne photographie. Aussi nous n’hésitons pas à regarder l’œuvre comme de la main
er
de Bruegel.
M. A. J. Wauters, du Musée de Bruxelles, qui a vu le tableau, est du même avis.
(Voir notre reproduction).