GRAND PAYSAGE ALPESTRE
Une rivière le traverse dans sa largeur pour aller se perdre à droite entre les montagnes. Deux pointes de rochers hérissent le massif montagneux, couverts de petits arbres sphériques dessinés en pointillés et de tours, qui s'appuie à gauche et occupe la plus grande partie du fond de la composition. Quatre personnages, dont deux sont assis au bord du chemin occupent au premier plan, sur une hauteur près d’un arbre, le coin inférieur gauche de la composition. Près d’un autre bras de chemin où se voient deux cavaliers, un groupe de maisons et de jardins remplit le coin droit.
Dessin à la plume, au coin inférieur gauche, dans un cartouche
rectangulaire, la date 1553. Non signé.
Hauteur 0,232 m. Largeur 0,350.
Paris, Cabinet des dessins du Louvre, N° 19727.
Voir notre reproduction.
Une copie en fac-simile de ce dessin existe au British Museum. C'est une prodigieuse reproduction trait pour trait, de même grandeur. Il n’est pas jusqu'aux parties &pochées» par des taches d’eau dans l'original qui n'aient été imitées : on peut le remarquer au-dessus du toit des maisonnettes de droite, aux pics rocheux du haut, et du bas. Mais ce que le faussaire n’a pu imiter, c’est la fluidité de l’encre jaunie; il n’a pu obtenir ce ton jaune qu’en employant une couleur à l’eau, de la terre de sienne naturelle ou de l’ocre brune, et la matière ocreuse, aussi bien broyée qu’elle soit, a laissé un aspect pulvérulent et mat à la surface du papier qu’elle n’a pas pénétré. Cette matière a même formé en quelques endroits une croûte qui s’est détachée par morceaux, notamment dans des troncs du bouquet d'arbres devant les deux maisonnettes du premier plan, à la pointe du pignon de droite de ces maisonnettes et aux traits formant la partie inférieure du chemin en croix de leur jardin, laissant seulement de légères traces jaunâtres sur le papier.
Ainsi mis en garde, on découvre alors le sentiment personnel du copiste dans le geste que fait à l’avant-plan l’homme indiquant du doigt un point du paysage. Ce geste n’a plus, à Londres, la spontanéité et la liberté du dessin du Louvre ; c’est le sentiment déjà conventionnel de la pose, devenue classique et traditionnelle, établi plus tard par Berghem et Salvator Rosa. Il en est de même des chevaux, où le copiste a substitué sa propre science de dessinateur du XvII° ou du xvII° siècle au sentiment de Bruegel.
D'autre part, en poursuivant l'exactitude de détail, le copiste, quelqu'habile qu'il ait été, n’a pu veiller en même temps, comme il l'aurait fallu, à la couleur de l’ensemble. Certain parti-pris d'ombre qui descend de la montagne sur la rivière ne se retrouve pas dans la pièce de Londres. Généralement dans le cerné des arbres qui se confondent avec le terrain, et surtout dans le chemin courbe du plan de la montagne ombré, se perd l'esprit des lignes de pointillés si souvent employé par Bruegel. Les chiffres de la date 1553 eux-mêmes n’ont pas la belle allure des chiffres de Bruegel dans le dessin du Louvre.
18. GRAND PAYSAGE ALPESTRE, gravé sous le nom de SOLICITUDO RusTIcA.
Un grand fleuve coupe de larges méandres une vallée couverte d’arbres, de hameaux et de forteresses dominés au fond, vers la droite par un groupe de pics rocheux.
Au premier plan, à gauche, sur une éminence, près de deux troncs d'arbres prenant toute la hauteur, on voit un paysan appuyé sur une faux, un autre assis, et un attelage ; plus loin dans le bas, auprès d’une colline rocheuse, une église entourée de maisons.
Dessin à la plume dans un trait carré. Rehaussé après coup d’un léger lavis bleuâtre, dans certaines parties des premiers plans.
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Les initiales B. F. à l’angle inférieur gauche ont été ajoutées postérieurement d’une autre encre.
Hauteur 0,312. Largeur 0,425.
Paris, Cabinet des dessins du Louvre, N° 19726. Voir notre reproduction.