‹ Pétersbourg et Moscou, souvenirs du couronnement d'un tsar;Chapitre 55 sur 75 · M. SUBTIL, CLORIS · texte numérisé non relu

M. SUBTIL, CLORIS

SUBTIL, sans voir Cloris, un livre à la main.

Oui, c’est cela, ah! vous ne me trompez jamais, divin Aristote ! Vous êtes ma lumière bienfaisante, votre clarté me guide dans les sentiers épineux de la science, vous soutenès mon débile cerveau, vous affermisses mes pas. (Dans

l’enthousiasme il heurte Cloris.)

Ah! c’est vous, M. Subtil, je ne vous voyois pas; que faisiès-vous là?

SUBTIL

Je lisois Aristote, et lui rendois le tribut d’éloges qui lui est dû.

CLORIS

Laissés, je vous en prie, Aristote, et faites-moi un plaisir, que certainement Aristote approuvera.

SUBTIL

Ma très-aimable demoiselle je ne demande pas mieux de vous obliger, voyons, de quoi s’agit-il? parlés... j’écoute.

CLORIS

Vous savez quelle visite nous recevons aujourd’hui, nous voudrions par une petite fête lui témoigner notre reconnaissance, lui exprimer ce que nous sentons pour Elle ; lui dire que nous l’aimons.

SUBTIL

Ah ! ah !

CLORIS

Que nous la chérissons.

SUBTIL

Oh ! oh !

CLORIS

Que nous la respectons.

SUBTIL

Très-bien.

CLORIS

Que nous l'adorons.

SUBTIL

Optimé, ma chère demoiselle,, optimé; mais puisqu'il est ainsi, je ferai mes plus grands efforts pour vous satisfaire. Attendès, il me vient une idée. Aristote, Platon, Théophraste et Pyiagore s'accordent parfaitement sur ce sujet, et depuis Descartes, Leibnils, Clarke et Newton, conviennent tous que la reconnaissance est une des affectations de l'âme, et que la susdite reconnaissance est une affectation louable, si donc, tant y a, que les anciens et les modernes conviennent que la reconnaissance est un sentiment louable, pourrès-vous la lui témoigner, et Ego, appuyé de l’autorité de ces célèbres savantissimes philosophes, je donnerai les mains à cette affaire.

CLORIS

Ainsi donc, M. Subtil, vous m'aiderès; que me conseillèsvous de faire ?

SUBTIL

Lorsqu'on veut complimenter quelqu'un, il faut : primo, l'aborder, vu qu'il est impossible de lui parler, si l’on n'est pas près de lui, à moins de crier, ce qui pèche contre la bienséance; secundo, il la faut saluer, car le compliment étant un acte de politesse, il seroit mal séant de débuter par une impolitesse; tertio , débiter son compliment.

Oh ! dame, je ne retiendrai jamais toutes ces jolies choses ;

mais écoutés, si j’oublie ce que vous venès m’apprendre, je lui dirai sans préparation, que sa présence nous est fort agréable, et que nous désirerions ne la jamais quitter, cela lui plaira, et si je manque à quelques-unes des règles prescrites par vous, Elle ne s’en formalisera pas, je lui dirai

encore que nous sentons pour Elle . Aidès-moi, je vous

en prie.

SUBTIL

Est-ce amour ?

CLOR1S

Oh ! beaucoup plus.

SUBTIL

Attachement, respect, reconnaissance, gratitude?

CLORIS

C’est au-dessus de tout cela.

SUBTIL

Mais, qu’est-ce donc?

CLORIS

C’est... c’est... Oh! dame; c’est que cela se sent bien, mais cela s’exprime fort mal.

SUBTIL

Il me faut consulter sur ce cas quelques auteurs, je reviendrai dans une demi-heure, et vous rendrès réponse; laissès-moi faire, (u son.)

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