BOB AU JARDIN D AC C LI M ATATI O N I
q'vous les avez collées q' Je l'suppose...
L'abbé, voulant changer la conversation — Pour en revenir à Noé...
Bob, chantant:
L'homme devenait très méchant.
Et Dieu était très mécontent :
« Un bon déluge, dit-il,
Et puisqu^on en finisse! /> « Pardon... fit observer quelqu'un, Noé n*a pas démérité. »
a Si c*est vrai, dit le bon Dieu,
Eh bien ! qu^on Tavertisse. »
L'abbé, écoutant avec intérêt. — C'est très beau ce que vous chantez là, Bob, très beau.
Bob. — Est-ce pas, m'sîeu Tabbé?
L'abbé. — On n'est pas habitué à vous entendre chanter des choses de ce genre, toujours vous fr*4onnez des refrains insignifiants... Où avez- vous entendu cela?
Bob, goguenard. — HeinI q'c'est beau!; C'est un oratorio.
L'abbé, enchanté, — Ah! Eh bien! vous m'avouerez que c'est aussi joli à chanter que vos bêtes de chansons: Pstlpstt ou II il s'appelle Ru^ il s'appelle Pin^ il s appelle
2CO PETIT lOB
Rupin touï court î ou II demeure rue Po, il demeure rue Pin I etc., etc.
Bob, riant. — Oh I q'c'est drôle, m'sieu l'abbé, d'vous entendre dire çal...
L'abbé. — C'est pour vous faire comprendre la différence qui existe entre tous ces refrains ineptes et cette admirable musique sacrée.
B6b, continuant :
Un bon averti en vaut deuXy
Et Noé sans rien dire
Construisit une arche
Qu'il remplit d'animaux P r couple de chaque espèce.
L'abbé. — Je ne vois pas avec quoi rime « espèce »... mais c'est égal, vous ne m'aviez jamais chanté cet oratorio. Bob...
Bob. — J'ie sais que d'puis l'jour où j'ai traversé Paris avec p'pa en rev'nant d' la mer!... Même qu'y a eu une bataille pendant qu'on l'chantait, qu'papa voulait m'emmener...
L'abbé. — La persécution religieuse...
Bob. — Mais noni Vous comprenez pas,
BOB AU JARDIN d'aCCL I M AT ATI O N 2Q1
m'sieu Tabbé, c'est un oratorio pour rire.^
L'abbé. — Pour rire?
BoB. — Mais oui. PuisqVest des belles
p'tites demoiselles décolletées qui chantent ça
au milieu d'un rond d'glaces en faisant des
cris d'animaux... Vous voulez pas q'ça soit
jpour d'bon, ben sûr?...
L'abbé, stupéfait. — Gomment, f'est au théâtre?..*
BoB, agacé* — Mais non. Puisq'j'vous dis q c'est au restaurant où q'papa m'a mené dîner... même qu'on s'a battu...
L'abbé. — « On s'est battu... »
Bo3. — Même qu'on s'est battu parc'qu'y a une dame qu'a jeté une boulette d'mie d'pain sur quelqu'un; alors 1' monsieur qu'a reçu la boulette s'est fâché ; Tmonsieur d'ia dame a répondu...
L*abbé. — C'est bon, c'est bon...
Bob. — Allons, v'ià q'vous l'admirez plus, mon oratorio, parce que c'est pas c'que vous pensiez... C'que c'est q'ies idées fausses, tout d'même I
a02 PETIT BOB
L'abbé. — Bob, il est ridicule de parler
mme vous le faites, entendez-vous?
Bob, — Oui, m'sieu Tabbé.
L'abbé. — Voulez-vous encore voir quelque chose ici ? Avez-vous assez regardé ces sauvages?
BoB. — J'frai c'que vous voudrez, m'sieu Tabbé. J'suis décidé à être gentil.
L\bbé. — Si vous vouliez, cela vous serait si facile I Voulez-vous goûter?
Bob, étonné. — Oh I mais, m'sieu l'abbé, qu'est-ce q' vous avez ? Vous êtes bien plus gâteux qu'à l'ordinaire.. •
L'abbé. — Vous dites ?
Bob. — J'dis qu'aujourd'hui vous êtes gâteux comme tout... J'vous aime bien comme ça ! vous faites tout c'que jVeux, ça n'est pas aturel...
L'abbé, comprenant. — Ahl vous voulez dire que je vous gâte; on ne s'exprime pas comme vous venez de le faire; le mot «galeux » ne s'emploie pas dans ce sens.
Bob. — Alors nous rentrons ?
BOB AU JARDIN d'a C CLI M ATATIO N 2o3
Uabbé. — Nous allons prendre un fiacre.
J'aurais un renseignement à chercher à la bibliothèque... Oh! je n'en ai pas pour cinq minutes.
BoB. — Vlan ! ça y est I une séance à la bibliothèque ! J'pensais bien qu'y avait quelqu'chose comme çal Allons-y, mais vous m'donnerez un livre pendant la recherche...
L'abbé. — Que voulez- vous lire ?
BoB. — Ben, j'voudrais un livre qui explique la conformation des différents peuples, parce que, voycz-vous, m'sieu l'abbé, y a des choses que j'comprends pas très bien...