DEUXIÈME PARTIE
Si le scandale et l'ingratitude sont les suites inséparables des vices et des passions des personnes élevées , leurs vertus aussi ont deux caractères particuliers qui les rendent infiniment plus agréables à Dieu que celles du commun des fidèles : premièrement, l'exemple; secondement, l'autorité. Et voilà, mes Frères, une vérité bien consolante pour vous que la Providence a fait naître dans l'élévation, et bien capable de vous animer à servir Dieu et de vous rendre la vertu aimable. Car ce serait vous tromper que de regarder l'état où vous êtes nés comme un obstacle au salut et aux devoirs que la religion nous impose. J'avoue que les écueils y sont plus dangereux que dans une destinée plus obscure , les tentations plus vives et plus fréquentes ; et eu vous marquant les avantages que vous pouvez trouver dans l'élévation par rapport au salut, je ne prétends pas en dissimuler les périls que Jésus-
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Christ nous a marqués lui-même dans l'Evangile.
Je veux seulement établir cette vérité, que vous pouvez faire plus pour Dieu que le simple peuple; qu'il revient à la religion infiniment plus d'avantages de la piété d'une seule personne élevée que de celle presque d'un peuple entier de fidèles ; et que vous êtes d'autant plus coupables quand vous oubliez Dieu, qu'il tirerait plus de gloire de votre fidélité, et que vos vertus ont des suites plus étendues pour l'utilité de l'Eglise et pour l'édification des fidèles.
La première, c'est l'exemple. Une âme d'entre le peuple qui craint Dieu ne le glorifie que dans son cœur ; c'est un enfant de lumière qui marche pour ainsi dire dans les ténèbres : elle lui rend des hommages , mais elle ne lui en attire point : renfermée dans l'obscurité de sa fortune, elle ne vit que sous les yeux de Dieu seul ; elle souhaite que son nom soit glorifié , et lui rend par ses désirs la gloire qu'elle ne peut lui rendre par ses exemples : ses vertus sont utiles à son salut ; mais elles sont comme perdues pour le salut de ses frères : elle est ici-bas comme ce trésor caché dans la terre, que le champ de Jésus-Christ porte à son insu , et dont il ne fait aucun usage.
Mais, pour vous, mes Frères, qui vivez exposés aux regards publics et à la vue de tous les peuples , vos exemples de vertu deviennent aussi éclatans que vos noms ; vous répandez la bonne
odeur de Jésus-Christ partout où celle de voire rang et de vos titres est répandue ; vous faites glorifier le nom du Seigneur partout où le vôtre se fait connaître : la même élévation qui apprend à tous les hommes que vous êtes sur la terre leur apprend aussi ce que vous faites pour le ciel : les avantages de la nature découvrent partout en vous les merveilles de la grâce : les peuples , les villes , les provinces, qui entendent sans cesse répéter vos noms , sentent réveiller avec eux l'idée de vertu que vos exemples y ont attachée. Vous honorez la piété dans l'esprit du public ; vous la prêchez à ceux que vous ne connaissez pas ; vous devenez , dit le prophète, comme un signal de vertu élevé au milieu des peuples : tout un royaume a les yeux sur vous et parle de vos exemples ; et jusque dans les cours étrangères votre piété devient un événement aussi connu que votre naissance. Le bruit de la sagesse de Salomon était répandu dans toutes les cours de l'Orient , dit l'Ecriture ; et celle d'Ethan l'Ezrahite, d'Héman et de Calcol, les principaux des enfans de Mahol, n'était pas moins connue à Jérusalem, malgré la distance des lieux qui les faisait vivre si loin de la Palestine.
Or, dans cet éclat quel attrait de vertu pour les peuples! Premièrement, les grands modèles touchent bien plus , et la piété devient comme un bou air pour le peuple dès que l'exemple des grands l'autorise. Secondement, l'idée de faiblesse
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que les hommes attachent à la vertu tombe dès qu'elle est ennoblie de vos noms, pour ainsi dire, et qu'on peut lui faire honneur de vos exemples. Troisièmement, la modestie et la frugalité n'ont plus rien de honteux pour le reste des hommes dès qu'ils voient en vous qu'on peut être grand et modeste , et que la fuite du luxe et de la profusion , non seulement ne fait point de honte aux petits, mais donne même une nouvelle dignité à l'élévation et à la naissance. Quatrièmement, combien d'âmes faibles rougiraient de la vertu , que votre exemple rassure, qui ne craignent plus de marcher après vous , et qui trouvent même beau de suivre vos traces ! Cinquièmement , combien d'âmes trop sensibles encore aux intérêts de la terre craindraient que la piété ne fût un obstacle à leur élévation , et trouveraient peut-être dans t^ette tentation l'écueilde tous leurs désirs de pénitence, si elles n'apprenaient, en vous voyant, que la piété est utile à tout , et qu'en attirant les grâces du ciel, elle n'éloigne pas celles de la terre ! Sixièmement, vos inférieurs , vos créatures , vos esclaves, tous ceux qui dépendent de vous, trouvent la vertu bien plus aimable depuis qu'elle est •devenue un moyen sûr de vous plaire, et que le îmême progrès qu'ils font dans la piété , ils le font tlans votre confiance et dans votre estime.
Enfin , mes Frères , quel honneur pour la religion lorsqu'elle peut montrer en vos personnes
qu'elle sait encore se former des justes qui méprisent les honneurs, les dignités, les richesses; qui vivent au milieu des prospérités sans en être éblouis ; qui sont élevés aux premières places sans perdre de vue les biens éternels; qui possèdent tout comme ne possédant rien ; qui sont plus grands que le monde entier, et regardent comme de la boue tous les avantages de la terre dès qu'ils deviennent un obstacle aux promesses que la foi leur montre dans le ciel ! Quelle confusion pour les impies de sentir, en vous voyant marcher dans les voies du salut au milieu de toutes les prospérités humaines, que la vertu n'est pas un pis-aller ; qu'en vain ils tâchent de se persuader qu'on n'a recours à Dieu que lorsque le monde nous manque, puisque, comblés des faveurs du monde, vous ne laissez pas d'aimer l'opprobre de Jésus- Christ! Quelle consolation même pour notre ministère de pouvoir nous servir de vos exemples dans ces chaires chrétiennes pour confondre les pécheurs d'une destinée plus obscure ; de pouvoir leur citer vos vertus pour les faire rougir de leurs vices; de pouvoir leur faire honte de toutes les vaines excuses qu'ils nous opposent, en leur alléguant votre fidélité à la loi de Dieu ; en leur montrant que les périls qui les environnent ne sont pas plus grands que les vôtres ; que les objets des passions au milieu desquels ils vivent sont moins séduisans; que le monde ne leur offre pas plus
de charmes et plus d'illusion qu'il vous en offre; que , si la grâce peut se former des cœurs fidèles jusque dans les palais des rois , elle peut s'en former à plus forte raison dans le tumulte des villes et sous le toit du citoyen et du magistrat; et qu'ainsi on trouve le salut partout, et que notre état ne devient un prétexte favorable à nos passions que lorsque la corruption de notre cœur est la véritable raison qui les autorise!
Oui, mes Frères, je le répète, vous donnez, quand vous servez Dieu, une nouvelle force à notre ministère; plus de poids aux vérités que nous annonçons aux peuples ; plus de confiance à notre zèle; plus de dignité à la parole de Jésus- Christ; plus de crédit à nos censures; plus de consolation à nos travaux; et en jetant les yeux sur vous , le monde trouve la décision des vérités qu'il nous avait contestées. Que de biens, mes Frères, reviennent donc à l'Eglise de vos exemples ! vous donnez du crédit à la piété; vous honorez la religion 3ans l'esprit des peuples; vous animez les justes de tous les états ; vous consolez les serviteurs de Dieu ; vous répandez dans tout un royaume une odeur de vie qui confond le vice et qm autorise la vertu ; vous maintenez les règles de l'Evangile contre les maximes du monde : on vous cite dans les villes et dans les provinces les plus éloignées pour encourager les faibles et agrandir le royaume de Jésus-Christ : les pères
apprennent vos noms à leurs enfans pour les animer à la vertu; et, sans le savoir, vous devenez le modèle des peuples , l'entretien des petits , l'édification des familles, l'exemple de tous les états et de tous les ordres. A peine les principaux des tribus dans le désert, et les femmes les plus distinguées eurent apporté à Moïse leurs ornemens les plus précieux pour la construction du tabernacle, que tout le peuple, entraîné parleur exemple, vint en foule offrir ses dons et ses présens , et qu'il fallut que Moïse mît des bornes à leurs pieux empressemens , et modérât l'excès de leurs largesses.
Àh ! mes Frères, que de biens, encore une fois, vos seuls exemples peuvent faire parmi les peuples! les plaisirs publics décriés dès que vous ne les autorisez plus par votre présence; les modes indécentes proscrites dès que vous les négligez ; les usages dangereux surannés dès que vous les abandonnez; la source de presque tous les désordres tarie dès que vous vivez selon Dieu : et de là que d'âmes préservées ! que de malheurs prévenus î que de crimes arrêtés ! que de maux empêchés ! Quel gain pour la religion qu'une seule personne élevée qui vit selon la foi ! quel présent Dieu fait à la terre, à un royaume , à un peuple, quand il lui donne des grands et des puissans qui vivent dans sa crainte ! Et quand l'intérêt seul de votre âme, mes Frères, ne suffirait pas pour vous
rendre la vertu aimable, l'intérêt de tant d'âmes à qui vous êtes une occasion de salut en vivant selon Dieu ne devrait-il pas préférer la crainte et l'amour de sa loi à tous les vains pla isirs de la terre ? Est-il de plaisir plus doux pour un bon cœur que de devenir une source de salut et de bénédiction pour ses Frères?
Et ce qu'il y a ici d'heureux pour vous, mes Frères, c'est que vous ne vivez pas seulement pour votre siècle; je l'ai déjà dit , vos exemples passeront jusques aux siècles suivons : les vertus des simples fidèles périssent, pour ainsi dire, avec eux; mais vos vertus seront conservées dans nos histoires avec vos noms. Yous deviendrez un modèle de piété pour vos neveux comme vous l'avez été pour les peuples qui ont vécu avec vous ; vos rangs et vos emplois , vous liant aux principaux événemens qui se passent dans notre siècle , vous feront passer avec eux jusques aux siècles à venir ; les cours qui succéderont à la nôtre trouveront encore l'histoire de vos mœurs et de vos saints exemples mêlée avec l'histoire publique de nos jours ; vous donnerez encore du crédit à la piété dans les âges qui nous suivront ; le souvenir de vos vertus, conservé dans nos annales, y servira encore d'instruction à vos deseendans qui les liront : et l'on pourra dire un jour de vous, comme de ces hommes célèbres et pleins de gloire et de justice dont parle l'Ecriture, que votre piété n'a pas fini
avec vous; que le souvenir de vos vertus passera d'âge en âge, que les peuples raconteront jusqu'à la fin votre sagesse et vos exemples; que l'Eglise publiera vos louanges; et que les biens que vous avez faits, et l'odeur de votre vie se conservera toujours au milieu de nous avec les descendans qui naîtront de la gloire de votre sang, et qui succéderont à vos noms et à vos titres : Quorum prêtâtes non defuerunt; cum semine eorum permanent bona 1 .
Mais ce n'est pas tout, mes Frères : l'exemple rend vos vertus un bien public, et c'est là leur premier caractère; mais l'autorité, qui en est le second, achève et soutient les biens infinis que vos exemples ont commencés : et quand je dis l'autorité, mes Frères, que ne puis-je développer ici tout ce que cette idée me découvre d'immense dans les suites fécondes de la piété des grands et des puissans !
Premièrement, la protection de la vertu. La vertu timide est souvent opprimée, parce qu'elle manque ou de hardiesse pour se montrer, ou de protection pour se défendre : la vertu obscure est souvent méprisée , parce que rien ne la relève aux yeux des sens , et que le monde est ravi de pouvoir faire un crime à la piété de l'obscurité de ceux qui la pratiquent. Mais dès que vous en prenez vous-mêmes le parti , mes Frères , ah ! la
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vertu ne manque plus de protection : vous devenez les interprètes des gens de bien auprès du prince, déjà si favorable lui-même à la piété , et les canaux par lesquels ils trouvent tous les jours accès auprès du trône; vous mettez en place des hommes justes qui deviennent des exemples publics ; vous produisez des serviteurs de Dieu , des hommes pleins de lumière, de science et de vertu, qui seraient demeurés dans la poussière, et qui , à la faveur de votre nom et de votre appui, paraissent dans le public, mettent en oeuvre leurs talens , enrichissent quelquefois l'Eglise d'ouvrages saints et chrétiens, contribuent à l'édification des fidèles , à l'instruction des peuples , à la consommation des saints; apprennent les règles de la vertu à ceux qui les ignorent, les apprendront à nos neveux, et feront passer dans tous les siècles suivans , avec les monumens pieux de leur zèle , les fruits immortels de la protection dont vous avez honoré la vertu , et de votre amour pour les justes. Que dirai-je, mes Frères? vous soutenez le zèle des gens de bien dans les entreprises saintes, et votre protection les anime et leur fait surmonter tous les obstacles dont le démon traverse toujours les œuvres qui doivent glorifier Dieu et contribuer au salut des âmes. Que d'établissemens utiles aujourd'hui, et qui sont une source de bénédiction, dans l'Eglise , n'ont dû autrefois leur naissance qu'au crédit d'une seule personne élevée à qut
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Dieu avait mis dans le cœur de protéger une œuvre dont il devait tirer un jour tant de gloire I que de pieux desseins et avantageux à l'Eglise exécutés auraient échoué , si l'autorité d'un juste en place et élevé dans l'Eglise n'eût aplani toutes les voies qui semblaient en rendre l'exécution impossible! que de saints ministres de Jésus-Christ, soutenus dans leurs fonctions, auraient cédé aux contradictions et privé par leur retraite les peuples de leurs instructions et de leurs exemples, si leur vertu n'eût trouvé dans la piété des grands et des puissans une protection qui assurait la paix à leur troupeau et l'autorité à leur ministère!
Que dirai-je encore, mes Frères? vous rendez par vos exemples la vertu respectable à ceux qui ne l'aiment pas; et ce n'est pas une honte d'être chrétien, dès que par là on vous ressemble : vous ôtez à l'impiété cet air de confiance et d'ostentation avec lequel elle ose tous les jours paraître ; et le libertinage n'est plus un bon air dès que votre conduite l'improuve : vous maintenez parmi les peuples la religion de nos pères; vous conservez la foi aux siècles qui nous suivront; et souvent il ne faut qu'un grand dans un royaume ferme dans la foi pour arrêter le progrès de l'erreur et des nouveautés, et conserver à tout un état la foi de ses ancêtres. La seule Esther couserva le peuple et la loi de Dieu dans un grand empire, le seul Mathathias tint bon contre les au-
tels étrangers, et empêcha les superstitions de prévaloir au milieu de Juda ; et la France ne doit les lumières de l'Evangile et la connaissance de Jésus-Christ qu'à la piété d'une sainte princesse qui conquit à la foi , avec le cœur d'un époux infidèle, un royaume qui depuis en a toujours été le plus ferme appui et la portion la plus pure et la plus florissante. O mes Frères, que vous êtes grands quand vous êtes à Jésus-Christ! et que votre naissance et votre élévation paraissent avec bien plus d'éclat et de dignité dans les fruits im-< menses de votre piété que dans le faste de vos passions, et tout le vain attirail des magnificences humaines !
Secondement, les récompenses de la vertu. Vous la mettez en honneur en lui donnant, dans le choix des places qui dépendent de vous , les préférences qui lui sont dues, et ne confiant les emplois qu'à ceux dont la piété mérite la confiance publique; en ne comptant sur la fidélité des subalternes qu'autant qu'ils sont fidèles à Dieu, et recherchant principalement dans les hommes la droiture de la conscience etl'innocence desmœurs, sans quoi tous les autres talens ne forment plus qu'un mérite équivoque qui devient ou nuisible ou inutile.
Et de là , mes Frères , quel nouveau bien pour le public ! quel bonheur pour un royaume où les gens de bien occupent les premières places , où
les emplois sont les récompenses de la vertu , où les affaires publiques ne sont confiées qu'à ceux qui cherchent plus les intérêts publics que leurs intérêts propres , et qui ne comptent pour rien le gain du monde entier, s'ils venaient à perdre leur àme !
Quel avantage pour les peuples lorsqu'ils trouvent leurs pères dans leurs juges; les protecteurs de leurs faiblesses dans les arbitres de leur destinée ; les consolateurs de leurs peines dans les interprètes de leurs intérêts ! que d'abus prévenus ! que de larmes essuyées ! que d'injustices évitées ! quelle paix dans les familles ! quelle eonsolation pour les malheureux ! quel honneur même pour la vertu lorsque les peuples sont ravis de la voir en place , et que le monde lui-même , tout monde qu'il est, est pourtant bien aise d'avoir des gens de bien pour défenseurs et pour juges î quel attrait pour la vertu , lorsqu'on voit qu'elle est devenue le chemin des grâces , et qu'outre les promesses du siècle à venir, elle a encore pour elle les récompenses de la terre ! Promissionem habens vitœ quœ nunc est, ctfuturœ1.
Et ne dites pas, mes Frères , qu'en récompensant la vertu on ne corrige pas les pécheurs , et qu'on multiplie seulement les hypocrites. Je sais jusqu'où l'amour de l'élévation peut pousser les hommes , et quels abus ils son capables de laire
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de la religion pour arriver à leurs fins ; mais du moins vous obligez le vice de se cacher ; du moins vous lui ôtez l'éclat et la sécurité qui le répand et le communique; vous conservez du moins l'extérieur de la religion parmi les peuples ; vous multipliez du moins les exemples de la piété parmi les fidèles ; et, s'il n'y a pas moins de dérèglement , les scandales du moins sont plus rares. .
Enfin les saintes largesses de la vertu. Mais je sens que mon sujet m'entraîne, et il est temps de finir. Oui, mes Frères, que de nouveaux biens encore pour les peuples dans l'usage chrétien et charitable de vos richesses ! vous mettez l'innocence à couvert ; vous préparez des asiles de pénitence aux crimes ; vous rendez la vertu aimable aux malheureux par les ressources qu'ils trouvent dans la vôtre ; vous assurez aux maris la fidélilé de leurs épouses , aux pères le salut de leurs enfans , aux pasteurs la sûreté de leurs brebis , la paix aux familles, la consolation aux affligés, l'innocence à la veuve délaissée , un secours à l'orphelin , le bon ordre au public , à tous l'appui de leur vertu ou le remède de leurs vices.
Et ici , mes Frères , comprenez , si vous pouvez, les fruits immenses de votre vertu et les a vantages inexplicables qu'en retire l'Eglise. Que de scandales évités ! que de crimes prévenus ! que de maux publics arrêtés ! que de faibles conservés î que de justes affermis ! que de pécheurs rap->
peies î que d'âmes retirées du précipice ! Que vous contribuez, mes Frères, quand vous servez Dieu , à la gloire de l'Eglise , à l'agrandissement du royaume de Jésus-Christ , à l'honneur de la religion , à la consommation des saints , au salut de tous les fidèles ! Qu'il se trouvera un jour d'élus dans le ciel , de toute langue et de toute tribu , qui mettront à vos pieds leur couronne d'immortalité , comme pour confesser publiquement qu'ils vous en sont redevables î Quelle consolation pour vous de pouvoir vous dire à vous-mêmes qu'en servant Dieu vous lui attirez des serviteurs , et que votre piété devient unesource de bénédictions pour les peuples ! Non , mes Frères , s'il y a quelque chose de flatteur dans l'élévation , ah ! ce n'est pas les vaines distinctions que l'usage y attache ; c'est d'y pouvoir devenir , en servant Dieu , la source des biens publics , le soutien de la religion , la consolation de l'Eglise , et les principaux instrumens dont Dieu se sert pour l'accoinplissementdeses desseins de misérîcordesurleshommes. Que vous perdez donc , mes Frères , en ne vivant pas selon Dieu ! que l'Eglise perd en vous perdant! que nous perdons nous-mêmes lorsque vous nous manquez î de combien d'avantages privez-vous les fidèles ! quelles consolations vous ôlez-vous à vous-mêmes ! quelle joie dans le ciel pour la conversion d'un seul pécheur élevé dans le siècle ! Que vous êtes coupables , mes Frères ,
quand vous ne vivez pas selon Dieu ! Vous ne pouvez ni vous perdre ni vous sauver tout seuls : vous ressemblez ou à ce dragon de l'Apocalypse , qui , en tombant du ciel , où il était élevé , entraîne par sa chute la plupart des étoiles dans l'abîme ; ou à ce serpent mystérieux dont parle Jésus-Christ , qui , étant élevé sur la terre , attire heureusement tout après lui : vous êtes établis pour la perte ou pour le salut de plusieurs , des plaies ou des ressources publiques. Puissiez- vous, mes Frères , connaître vos véritables intérêts , sentir ce que vous êtes dans les desseins de Dieu , ce que vous pouvez pour sa gloire , ce qu'il attend de vous, ce qu'en attend l'Eglise , ce que nous en attendons nous-mêmes ! Ah ! vous avez une si grande idée de votre rang et de vos places par rapport au monde !
Mais , mes Frères , permettez-moi de vous le dire , vous n'en connaissez pas encore toute la grandeur ; vous ne voyez qu'à demi ce que vous êtes ; vous êtes encore bien plus grands par rapport à la piété, et les privilèges de votre vertu sont bien plus brillans et plus singuliers que ceux de vos titres. Puissiez-vous , mes Frères , remplir toute votre destinée ! Et vous, ô mon Dieu ! touchez , durant ces jours de salut , par la force de la vérité que vous mettez dans nos bouches , les grands et les puissans ; attirez à vous des cœurs dont la conquête vous assure celle du reste des
fidèles ; ayez pitié de vos peuples en sanctifiant ceux que votre providence a mis à leur tête : sauvez Israël en sauvant ceux qui le régissent ; donnez à votre Eglise de grands exemples qui perpétuent la vertu d'âge -en âge , et qui aident jusqu'à la fin à former cette assemblée immortelle de justes qui vous bénira dans tous les siècles.
Ainsi soit-il.