‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 104 sur 116 · EDUCATION DES PRINCES · texte numérisé non relu

EDUCATION DES PRINCES

Quel soin que celui d'être chargé de former la jeunesse des souverains; de jeter, dans ces âmes destinées au trône, les premières semences du bonheur des peuples et des empires ; de régler de bonne heure des passions qui n'auront plus d'autre frein que l'autorité; de prévenir des vices, ou d'inspirer des vertus qui doivent être , pour ainsi dire , les vices et les vertus publiques; de leur montrer la source de leur grandeur dans l'humanité ; de les accoutumer à laisser auprès d'eux à la vérité l'accès que l'adulation usurpe toujours sur elle ; de leur faire sentir qu'ils sont grands, et de leur apprendre à l'oublier ; de leur élever les sentiments en leur adoucissant le cœur; de les porter à la gloire par la modération ; de tourner à la piété des penchants à qui tout va préparer le poison du vice ; en un mot , d'en former des maîtres et des pères , de grands rois , et des rois chrétiens ! Quel ouvrage ! mais quels hommes la sagesse du roi ne choisit-elle pas pour le conduire ! (Orais. funéb. (In Dauphin.)

TATÎLEAU DE I,A COUR.

Les cours surtout sont pleines de délations et de mauvais offices : c'est là où toutes les passions se réunissent , ce semble , pour s'entre-choquer et se détruire : les haines et les amitiés y changent sans cesse avec les intérêts : il n'y a de constant et de perpétuel que le désir de se nuire. Les liens même du sang se dénouent , s'ils ne sont resserrés par des intérêts communs. L'ami, comme parle Jérémic , marche frauduleusement sur son ami , et le frère supplante le frère. Il semble qu'on soit convenu que la bonne foi ne serait pas une vertu, et que l'amitié ne serait plus qu'une bienséance : l'art de tendre des pièges n'y déshonore que par le mauvais succès : enfin la vertu elle-même , souvent fausse , y devient plus à craindre que le vice. La religion y fournit souvent les apparences qui cachent les embûches qu'on nous tend : l'on y doime quelquefois les dehors à la piété , pour réserver plus sûrement le cœur à l'amertume de la jalousie, et au désir insatiable de la fortune : et comme dans ce temple deBabylone, dont il est parlé dans Daniel , en public tout parait pour la divinité, en secret , et par des voies souterraines, on reprend tout pour soi-même. ( Orais. funbb. du Dmqihin.)

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