SECONDE RÉFLEXION
Je dis leur ennui : et c'est une seconde réflexion que me fournit le malheur des grands qui ont abandonné Dieu. Nonseulement les ,'passioiis sont plus violentes dans cet état si heureux aux yeux du monde, mais l'ennui y devient plus iueupporlable.
Oui , mes frères, l'ennui , qui paraît devoir être le partage du peuple, ne s'est pourtant, ce semble, réfugié que chez les grands; c'est comme leur ombre qui les suit partout. Les plaisirs, presque tous épuisés pour eux, ne leur offrent plus qu'une triste. uniformité qui endort ou qui lasse : ils ont beau les diversiQer, ils diversifleut leur ennui. En vain ils se font honneur de paraître à la tête de toutes les réjouissances publiques ; c'est une vivacité d'ostentation ; le cœur n'y prend presque plus de part : le long usage des plaisirs les leur a rendus inutiles : ce sont des ressources usées , qui se nuisent chaque jour à elles-mêmes. Semblables h un malade à qui une longue langueur a rendu tous les mets insipides, ils essayent de tout, et rien ne les pique et ne les réveille : et un dégoût affreux , dit Job, succède à l'instant à une vaine espérance de plaisir dont leur ame s'était d'abord flattée : et spes illoriim ahominatiu animx '.
Toute leur vie n'est qu'une précaution pénible contre l'ennui , et toute leur vie n'est qu'un ennui pénible elle-même : ils l'avancent même, en se hâtant de multiplier les plaisirs. Tout est déjà usé pour eux à l'entrée même de la vie; et leurs premières années éprouvent déjà les dégoiits et l'insipidité que la lassitude et le long usage de tout semble attacher à la vieillesse.
Il faut au juste moins de plaisirs, et ses jours sont \ihi<