‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 27 sur 116 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Sire,

L'origine éternelle de Jésus-Christ, sou titre de Fils de Dieu, qui est le titre essentiel de sa sainteté, l'est aussi de sa grandeur et de son éminence. 11 n'est pas appelé grand parce qu'il compte des rois et des patriarches parmi ses ancêtres , et que le sang le plus auguste de l'univers coule dans ses veines; il est grand parce qu'il est le Saint et le Fils du Très-Haut : toute sa grandeur a sa source dans le sein de Dieu , d'où il est sorti ; et le grand mystère de ses voies éternelles , qui se manifeste aujourd'hui , va puiser tout son éclat dans sa naissance divine.

Nous n'avons de grand que ce qui nous vient de Dieu. Oui, mes frères, que les grands se vantent d'avoir, comme Jésus- Christ, des princes et des rois parmi leurs ancêtres : s'ils n'ont point d'autre gloire que celle de leurs aïeux , si toute leur grandeur est dans leur nom , si leurs titres sont leurs uniques vertus , s'il faut rappeler les siècles passés pour les trouver dignes de nos hommages , leur naissance les avilit et les déshonore , même selon le monde. On oppose sans cesse leur nom a leur personne : le souvenir de leurs aïeux devient leur opprobre : les histoires où sont écrites les grandes actions de leurs pères ne sont plus que des témoins qui déposent contre eux. On cherche ces glorieux ancêtres dans leurs indignes successeurs , on redemande à leurs noms les vertus qui ont autrefois honoré la patrie ; et cet amas de gloire dont

ils ont hérité n est plus qu'un poids de honte qui les flétrit et qui les accable.

Cependant la plupart portent sur leur front l'orgueil de leur origine. Ils comptent les degrés de leur grandeur par des siècles qui ne sont plus, par des dignités qu'ils ne possèdent plus , par des actions qu'ils n'ont point faites, par des aïeux dont il ne reste qu'une vile poussière, par des monuments que les temps ont effacés , et se croient au-dessus des autres hommes , parce qu'il leur reste plus de débris domestiques de la rapidité des temps , et qu'ils peuvent produire plus de titres que les autres hommes de la vanité des choses humaines.

Sans doute une haute naissance est une prérogative illustre à laquelle le consentement des nations a attaché de tout temps des distinctions d'honneur et d'hommage ; mais ce n'est qu'un titre, ce n'est pas une vertu : c'est un engagement à la gloire ; ce n'est pas elle qui la donne : c'est une leçon domestique, et un motif honorable de grandeur; mais ce n'est pas ce qui nous fait grands : c'est une succession d'honneur et de mérite ; mais elle manque , et s'éteint en nous dès que nous héritons du nom sans hériter des vertus qui l'ont rendu illustre. Nous commençons , pour ainsi dire, une nouvelle race; nous devenons des hommes nouveaux; la noblesse n'est plus que pour notre nom , et la roture pour notre personne.

Mais si , devant le monde même , la naissance sans la vertu n'est plus qu'un vain titre qui nous reproche sans c«sse notre oisiveté et notre bassesse , qu'est-elle devant Dieu, qui ne voit de grand et de réel en nous que les dons de sa grâce et de son esprit, qu'il y a mis lui-même.^

C'est donc notre naissance selon la foi qui fait le plus glorieux de tous nos titres. Nous ne sommes grands que parce que nous sommes , comme Jésus-Christ , entants de Dieu , et que nous soutenons la noblesse et l'excellence d'une si haute origine. C'est elle qui élève le chrétien au-dessus des rois et des princes de la terre; c'est par elle que nous entrons aujourd'hui dans tous les droits de Jésus-Christ , que tout est à nous , que tout l'univers n'est que pour nous , que les patriar-

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