HUMILITÉ CHRÉTIENNE
Le niéiiio que vous venez de voir monter jusqu'aux cieux, vous l'allez voir descendre jusqu'aux entrailles de la terre : devenu un spectacle digne des anges et des hommes , il se regarde comme le rebut de tous , et l'analhème du monde : il n'est point d'ofdce si vil où il ne s'abaisse; point d'action si humiliante qui lui écliappe; point de nom si méprisable qu'il ne se donne. Les pontifes du Seigneur et les rois de la terre s'empressent à lui offrir des étai)lissements dignes de lui : les honneurs de la pourpre et de l'épiscopat lui sont présentés : mais, comme le prophète, il craint la hauteui du jour, et sa chère vertu ne lui parait être en sûreté c^ue sous les dehors obscurs d'une vie privée. Ordre pieux et austère dont il enrichit l'Église, nouveau bouclier dont il orna la tour de David, asile illustre qu'il ajouta aux villes do refuge déjà établies dans Israël, le nom seul que vous portez annonce d'abord l'humilité de votre saint patriarche. Il n'en trouvait pas à son gré d'assez rampant à se donner : et nous nous donnons si souvent de plein droit des titres que le public nous refuse , et que nos ancêtres n'ont jamais eus ; et l'on voit parmi nous tant de gens parer une roture encore toute fraîche d'un nom illustre , et recueillir avec affectation les débris de ces familles antiques et éteintes, pour les enter sur un nom obscur, et à peine échappé de parmi le peuple ! Quel siècle fut plus gâté là dessus que le nôtre? Hélas ! nos pères ne voulaient éti'e que ce qu'ils avaient été en naissant : contents chacun de ce que la nature les avait faits, ils ne rougissaient pas de leurs ancêtres; et, en héritant de leurs biens, ils n'avaient garde de désavouer leur nom. On n'y voyait pas ceux qui naissent avec un rang so parer éternellement de leur naissance ; être sur les formalités d'une délicatesse de mauvais goût, cl selon l'Évangile, et selon le siècle ; étudier avec soin ce qui leur est dû; faire des parallèles éternels; mesurer avec scrupule le plus ou le moins qui se trouve dans les personnes qu'on aborde, pour concerter là-dessus son maintien et ses pas , et ne paraître nulle part sans se faire précéder de son nom et de sa qualité.
{Punctj. de S. François ik Paulc.)
Jamais prince ne fui plus éloigné de l'ostentalion et de la fausse gloire. Simple, modeste, emiemi des louanges, attentif à les mériter; l'admiration de tous, toujours le même à ses propres yeux; ij;uorant presque seul, comme Moïse , la gloire et la lumière qui brille autour de lui : nous l'avons vu donner à peine à son rang l'éclat extérieur que l'usage y attache; vivant parmi nous comme un citoyen ; accompagné de cette dignité toute seule qui suit partout les grands hommes ; n'empruntant rien de l'appareil et du dehors ; devant tout à lui-même ; plus grand , lorsqu'il parait tout seul , que tant d'autres ne le sont , enflés de tout le faste et de toute la pompe qui les environne.
{Omis, funéb, du prhirc de Conli.)
VERTUS PRIVEES. . .
Rien n'est plus rare pour les grands que les vertus domestiques : la vie privée est presque toujours le point de vue le moins favorable à leur gloire. Au dehors, le rang, les hommages, les regards publics qui les environnent, les gardent, pour ainsi dire, contre eux-mêmes : toujours en s[)cc[acle , ils représentent ; ils ne se montrent pas tels qu'ils sont. Dans l'enceinte de leurs palais , renfermés avec leurs humeurs et leurs caprices , au milieu d'un petit nombre de témoins domesliqueset accoutumés, le personnage cesse , et Thomme prend sa place et se développe.
Ici nous pouvons tirer le voile , et entrer sans crainte dans ce secret domestique , où la plupart des grands cessent d'être ce qu'ils paraissent. Ce qu'il y a eu de privé et d'intérieur dans la vie de Madame, est aussi grand et aussi respectable que ce qui en a paru aux yeux du public.
Diles-le ici à ma place , témoins affligés et fidèles de l'humanité, de la douceur et de l'égalité d'une si bonne maîtresse! Aviezvous h souffrir de son rang ou de ses caprices.^ votre zèle n'étaitil compté pour rien ? vous croyait-elle trop honorés de lui sacrifier vos soins et vos peines.' vous regardait-elle comme des victimes vouées à la bizarrerie et à l'humeur d'un maître.' senticz-vous votre dépendance (]ue par ses égards et ses attentions à vous l'a-
(loïK'ir? en satisfaisant à vos services, pouviez-vous satisfaire à toute votre tendresse pour elle? votre cœur n'aliait-il pas toujours plus loin que votre devoir? et quel chagrin avez-vous jamais senti en la servant, que la crainte de la pertlre et la douleur de l'avoir perdue? L'abondance de vos larmes répond pour vous; et, plus vivement que mes faibles expressions, elle fait son éloge elle vôtre,
(Orais. funéb, de Madame.)