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Petit dictionnaire des rimes françaises

L'utilité des Dictionnaires des Rimes a été bien souvent contestée , et , à vrai dire, jamais elle n'a paru aussi contestable que de nos jours. La poésie est morte, dit-on de toutes parts. Pour nous , nous n'en croyons rien; nous croyons seulement qu'au, milieu de préoccupations plus vives, le goût de la versification s'affaiblit et disparait pour un temps. Tourner en jolis vers quelque insignifiante bagatelle, rimer un compliment, une épitre, un couplet , était jadis un délassement fort à la mode, et il n'était guère d'homme du monde qui n'eût , au moins une fois l'an , l'occasion de faire éclore quelques hémistiches : c'est donc aux rimeurs de circonstance plutôt encore qu'aux poêles de profession , que s'adressaient les Dictionnaires des Rimes. Qr, les premiers sont devenus bien rares, et les seconds ont toujours proclamé que l'inspiration n'a besoin d'aucun secours matériel. A qui donc destinons-nous notre livre? Au petit nombre de personnes sérieuses

iv PREFACE.

qui pensent que, pour bien connaître une chose, il faut Tavoir pratiquée; que, pour se rendre un compte exact des difficultés et des beautés de la versification, il faut avoir tenté de triompher des unes et d'atteindre aux autres; en un mot, que le meilleur moyen d'apprécier le mérite et la valeur de nos grands poètes, est de s'exercer dans leur art et d'essayer soi-même quelques pas dans la carrière. Ainsi comprise, la versification devient une étude sérieuse, un travail de conscience , auquel les espérances de l'amour-propre n'ont aucune part. Ceux qui n'ont, en faisant des vers, d'autre but que de former leur jugement et leur goût, nous sauront gré d'avoir fait quelques efforts pour leur présenter sous une forme nouvelle, et que nous avons crue meilleure , la nomenclature des mots qu'admettent à la fois la langue et la poésie.

Nous n'entrerons pas dans de longues explications sur le plan de ce dictionnaire ; il est assez clair par luimême, et il suffira, pour le saisir dans.son ensemble , de lire une seule page du livre. Nous sommes partis de cette donnée , crue tout versificateur, avant à choisir entre plusieurs rimes également bonnes, préférera naturellement la plus riche, celle qui flatte le plus Foreille. Toutes les subdivisions que nous avons établies ont donc pour but de rapprocher les uns des autres, non pas seulement, comme cela se faisait jusqu'à ce jour, les mots qui ont la même voyelle finale, mais ceux chez lesquels la voyelle finale est précédée d'une même articulation. Avec le système que nous avons suivi, un coup d'œil jeté sur quinze ou vingt mots,

PREFACE. v

en moyenne , fera voir tout d'abord si l'on peut espérer une rime riche ; la recherche sera plus prompte et tout aussi sûre , ce qui n'est pas un médiocre avantage lorsqu'il s'agit de séries comprenant de deux cents à douze cents mots.

Nous nous sommes servi également , pour déterminer le nombre des syllabes des mots embarrassants sous le rapport de la quantité, d'un procédé nouveau, mais qui ressortait naturellement de notre plan. Nous séparons par un trait, dans le titre de la série, les voyelles que la quantité poétique sépare :i-a, i-on, a-o, etc.; et il est bien entendu dès lors que pour tous les mots rangés sous le titre , la quantité finale est la même que dans le titre. S'il se trouve, dans le courant de la série, une ou plusieurs exceptions, nous les indiquons par un chiffre placé à côté du mot : diable [2].

Nous n'avons fait de séries à part ni pour les verbes , ni pour les mots qui n'ont pas d'emploi au singulier, comme broussailles , rogations , etc.

Voilà les seules remarques que nous ayons à faire sur le plan de notre dictionnaire. Il nous reste à parler de la nomenclature. Nous avons été fort sobre de noms propres et de noms géographiques ; les plus usités ont été seuls admis. Nous n'avons pas besoin de dire que nous avons rejeté les termes barbares qui surchargent Lemare et Richelet; mais nous avons la prétention d'avoir fait davantage et d'avoir enrichi la nomenclature de noms très-usités en poésie, que nos devanciers avaient omis.

On reconnaîtra sans peine , nous l'espérons , que cet

vj PRÉFACE.

ouvrage n'est pas une simple réimpression des Dictionmires des Rimes les plus récents, que nous aurions reproduits seulement dans un ordre nouveau. Nous avons mis tous nos soins à faire une bonne nomenclature, choisissant les mots de la langue les plus usuels parmi ceux que reconnaît l'Académie, indiquant avec soin par des astérisques (*) ceux qui sont généralement admis dès à présent , bien que l'Académie ne les ait pas encore sanctionnés , et repoussant toutes les expressions techniques, basses ou bizarres qui figureraient difficilement dans un vers, exceptant toutefois certains mots, assez nombreux, empruntés ou à la médecine, ou à l'agriculture, ou à l'astronomie, etc., et qui peuvent trouver place dans des poésies didactiques. Nous donnerons un seul exemple qui puisse servir de terme de comparaison. Ph. de la Madelaine et de Lanneau , dont l'un répète textuellement la nomenclature négligée de l'autre, omettent, dans les mots terminés en AL, quinze noms très-usuels, qui sont les suivants :

Animal, Carnaval, Guttural, Littoral, Marital , Mistral , Monumental, Normal, Oral, Rhumatismal, Sacerdotal, Sentimental, Thermal, Trivial , Végétal '.

Ils donnent, à la place de ces mots , des termes qui n'appartiennent point à la langue, et dont quelques-uns même ne paraissent offrir aucun sens. Ainsi :

Bipédal, Bruinal, Coégal , Décanal, Maniacal, Nerval, Prieural, Stationnai.

1 Deux de ces mois, Littoral et Monumental , manquent môme à îa nomenclature beaucoup plus complète <je Lcmare.

PRÉFACE. y\]

Ajoutez d'autres noms excessivement rares , et que la poésie ne reconnaît point , tels que :

Diurnal, Processionnal, Urinai, etc.

On comprend difficilement , après cette citation , les éloges que s'accordent avec complaisance les deux auteurs , lorsque l'un dit , en parlant des termes qu'il a admis : «Tous ceux qu'emploient la poésie noble ou légère , sérieuse ou badine , ceux que le Dictionnaire de l'Académie a consacrés....;)) et l'autre : «L'auteur s'y est appliqué à renfermer dans le moindre espace possible tous les mots de la langue française admis et consacrés par l'Académie et par les grammairiens les plus estimés. »

Nous aurions pu bien facilement multiplier les citations ; mais nous croyons que celle-ci suffit et au delà pour démontrer que, sous le rapport de la nomenclature comme sous celui du plan général, nous n'avons rien négligé pour faire un ouvrage vraiment utile à tous ceux qui s'occupent de poésie.

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