CHAPITRE XXVI l’ouvrier le dimanche
On s’aborde gaiement, on s’offre la main :
— Et "cette cuiller ?
La cuiller, c’est la main ; et l’on rit !
On va à la campagne, on se met à l’aise, on jase, et le lendemain, tout glorieux, on peut dire : J’ai fait mes dix lieues hier, j’ai fumé huit sous de tabac.
Eugène Millet a composé une grande eauforte : des ouvriers jouent au bouchon ; d’autres boivent; il y en a un qui lit. Ces vers commentent le dessin :
RETIT MANUEL D'A RL
Du vin ! — Versez ! — Buvons ! — Demain, rude besogne, A la fonte, bras nus, et le pied ferme au sol,
Verser du lourd creuset dans le moule au long col Le fer en fusion, ce n’est pas jeu d’ivrogne!...
L’Ouvrier (J. D.).
J’allais voir à l’hôpital un fondeur malade ; je le consolais. Baste ! dit-il, quand on est mort, on ne fond plus.
Parlez de quelque peine lourde, et souvent l’ouvrier dit : J’ai passé par là.
Il faut entendre cela de bouche d’ouvrier.
Pour un rien, pour un doigt coupé, on va à Thopital ; on prend la fièvre et l’on meurt : l’ouvrier sait ça.
L’ouvrier a de petites joies. J’étais avec un ouvrier qui venait d’enterrer son fils et rentrait seul chez lui; il me dit : Pour le fils de Henri, le patron est parti après l’église ; il a mené mon petit jusqu’au cimetière.
Ca le flattait, cet homme.
L’ouvrier se console aussi en disant : Quand on est mort.. . quand on est mort, eh bien ! c’est tous les jours dimanche.