CHAPITRE XIII
il. S
« — Nous arrivons»
a Un vaudevilliste et un cantatiste s’épanchaient; les petits vers et les alexandrins se répondaient; ils annonçaient le retour de l’Aigle; le cantatiste et le vaudevilliste se tenaient prêts : la cantate était gaie.
« Depuis bien des heures on est en route; il y a un peu de découragement; on murmure^ on se plaint; ce n’est pas là ce que l’on attendait; cela devait se passer autrement ; autre chose avait été convenu.
« Le petit vieillard à lunettes tient la tête du cortège ; il calme les plus ardents, les plus impatients, les plus passionnés.
« On remarque que messieurs les prétendants se sont fait représenter : leur voiture suit la file, ce qui est tout à fait de bon goût.
« A chaque tour de roue on entend des plaintes :
« — N’arriverons-nous jamais !
« — Allons au plus court.
« — Se joue-t-on de nous !
« — Non, dit quelqu'un, on va bien mettre
1 16 VETIT MANUEL D’ART
la République en terre, M. Thiers est avec nous.
« Des demoiselles sont là dans leur robe fripée; un bout de dentelle manque, les fleurs sont jaunies, et la peau de ces belles a la couleur de la cendre; elles ont été aimées si longtemps, incessamment! Pauvres filles!
elles se lamentent, puis se réjouissent. Elles jasent :
a — On maigrissait.
« — On ne trouvait plus à rire.
« — Ça n’allait pas.
« Une d’elles dit :
cc — On a eu encore de bons moments !
« Et un juron lui vient aux lèvres, un juron allemand...
oc Mélancoliques, en traînant leurs pieds lourds, elles longent le trottoir désert.
oc On va. On nJen peut plus. C’est fini, on a été assez loin. Il y en a qui refusent d’avancer; d’autres tombent en route; on n’a plus de courage, la force manque, l’espoir s’en va. Honteux, oui, honteux, on piétine en baissant le nez; et de toutes les bouches