CHAPITRE XVI
Mlle Héloïse marchait, marchait! Si fort qu'elle allât, elle avait couru, la friande, vers les fruits mûrs de M. Philippe Rousseau. Un ^volaille dépouillée de M. Pierre Galibert arrêtait les connaisseurs; un morceau tenu dans les gris fins, un peu froid, juste : — Qui fait mieux? — Personne, a répondu M. Vollon. — Qui fait aussi bien?
La Toilette japonaise, de M. Firmin GP rard. L’artiste avait songé à peindre la toilette française; il n’a pas osé. Je m’arrête pour regarder encore une jolie toile de M. Gustave de Jonghe, un artiste qui, franchement lui, donne ce titre à son tableau : Bibelots; je m’arrête seul.
Le Sabbat , de M. Edouard Brandon*
M. Brandon montre l’Israélite à la synago* gue, non au comptoir : M. Brandon est un peintre idéaliste. Un coup d’œil à un joli de Nittis, et je rejoins Mlle Héloïse, près de la porte de sortie, assez tôt pour lui montrer une jolie aquarelle de M. Guido Gonin : la Grille du Château . Si cet artiste peint une jeune innocente, il lui donne les grands yeux noirs de
TE TI T MANUEL D’A R. T
Mme Guido Gonin, sa jeune femme; si c’est une vieille femme que le peintre représente, à la vieille il donne aussi les beaux yeux de Mme Gonin, ce qui est de nature à amener les jeunes femmes à songer sans terreur à la vieillesse.
Nous partions. Mlle Héloïse dit gaiement •
— Que c’est bête, la peinture !
Ma réplique fut entraînante, passionnée.
Déjà je triomphais, lorsque Mlle Héloïse dit doucement :
— Que c’est bête, un homme!